Transports : l'empire des non-sens

« Le bel été d’Aubagne » ! Cette belle promesse laissait augurer de tous les changements de la nouvelle ère politique. Dans les faits, beaucoup parlent d’un été médiocre, et nous savons désormais que nos nouveaux élus n’ont aucune influence sur le climat. Par contre, ils ont bien tenté de lancer une nouvelle politique en matière de transport. Difficile de ne pas regarder tout cela sans une certaine perplexité. Par José Da Silva

Comme toute rentrée, elle s’est accompagnée de son lot de nouveautés. Les vacances ont donc été studieuses du côté de nos gouvernants locaux : les bus se sont drapés de nouvelles couleurs, quelques parkings ont vu leur tarifs baisser, d’autres gratuits sont devenus payants, enfin le tramway si peu désiré et tant décrié circule désormais sur ses 2,5 kms de rails. Il n’y a aucun doute : la question des déplacements et des transports figure parmi les dossiers « show » de cette fin d’été.

Ceux qui n’ont pas quitté le Pays d'Aubagne ont pu voir les bus de l’agglomération se vêtir d’une nouvelle virginité durant quelques semaines, le temps de les recouvrir d’autres couleurs. Les « bus de l’agglo » sont devenus les « Lignes de l’agglo ». Fini la devise de la République du Pays aubagnais "Liberté, Egalité, Gratuité". Les transports seront désormais beaucoup plus sobres, moins dans l’affirmation du service public à la française mais plus design, et plus marketing. La gratuité perdure, mais on ne l’affiche plus haut et fort. Désormais elle sera plus discrète.

Premier acte fort de la nouvelle Présidence de l’agglomération : le "restyling" des bus. Si la démarche peut se comprendre sur un plan politique, elle peut aussi agacer le concitoyen qui constate des dépenses publiques supplémentaires de la part d’équipes qui ont fait de la dette le fer de lance de leur campagne électorale.

Mais il fallait faire peau neuve et afficher le changement… à pas feutrés et sans révolution. Les rumeurs les plus folles ont circulé durant l’été : le Maire d’Aubagne aurait défendu un ticket de transport en commun à 1€, s’opposant à la Présidente de l’agglomération revendiquant un tarif à 2€. Un site internet évoquait même un ticket à 3,5 €. Cet épisode de paranoïa collective a tout de même été l’occasion pour nos dirigeants de réaffirmer le maintien de la gratuité dans les autobus aubagnais.

Parmi les autres changements, les parkings aubagnais ont réduit leurs tarifs. Celui du centre ancien est gratuit la 1ère heure. Les 4 autres sites concernés par la baisse des coûts sont Beaumond, 8 mai, Potiers et Les Défensions. Ces résultats issus de négociations avec le concessionnaire Q-Park se justifient par une volonté de la majorité de « redynamiser » le centre-ville. Mais derrière une volonté louable de redonner vie à un centre-ville moribond, la politique de déplacement menée affirme le retour du « tout voiture » dans le centre-ville. Or cette vision des flux dans les villes datant des années 60 a été abandonnée par la totalité des villes en France (voire dans le monde). Les motifs sont connus de tous : concentration des pollutions sur les centres, engorgements des voiries, coûts énergétiques… L’intérêt général semble ici avoir cédé la place à des promesses électorales… passéistes. A l’échelle d’une agglomération de 105 000 habitants, il y a fort longtemps que l’on sait que la revitalisation des commerces et des centres-villes n’est pas subordonnée à l’usage de la « bagnole » !

La nouvelle politique des déplacements telle qu’elle se dessine entre l’agglomération et la Ville s’annonce d’une grande incohérence

A ce retour en arrière, on peut aussi ajouter la fin de la gratuité de certaines places de stationnement (La Tourtelle). Sans doute est-ce là la contrepartie à la baisse des tarifs en centre-ville. Mais là encore, il s’agit d’un non sens pour quelques places qui auraient pu faire office de parking relais pour les habitants du sud-est du Pays. 

Enfin, dernier changement, et non des moindres, la mise en circulation du tramway au 1er septembre. Des quartiers parmi les plus densément peuplés de la ville (Le Charrel, La Tourtelle) sont désormais desservis par un Transport en Commun en Site Propre (TCSP) qui les place à 10 minutes du Pôle d’échanges. Ce dernier fût en son temps et sous les anciennes couleurs politiques une véritable innovation en termes de transport à l’échelle de… l’aire métropolitaine marseillaise. Et ce n’est pas le changement d’appellation (dites désormais « la gare ») qui effacera le travail entrepris. Tous les modes de déplacement y sont présents pour une intermodalité optimale (piéton, cars13, bus, train, tram, voiture).

Le tram lui-même entre dans la catégorie des innovations technologiques, au point d’être exposé par Alsthom au Salon Mondial du matériel ferroviaire de Berlin le 21 septembre.

Lors du voyage inaugural du tant décrié TCSP le 30 août, la Présidente de l’agglomération farouchement opposée au projet a finalement « assumé totalement cet héritage ». A l’inverse, le Maire d’Aubagne, unique commune desservie par le tram, brillait par son absence. Pourtant, la suppression des phase 2 (vers les Paluds) et 3 (vers la Penne-sur-Huveaune) laisse à penser sans ambiguïté que cet équipement d’agglomération structurant ne profitera qu’à la commune centre.

La nouvelle politique des déplacements telle qu’elle se dessine entre l’agglomération et la Ville s’annonce d’une grande incohérence. Le coup de frein au projet du tram a cassé la logique d’ensemble qui s’appuyait sur l’extension et l’usage massif des transports collectifs. Les choix effectués ces quatre derniers mois risquent de présenter des coûts indirects bien plus élevés que les économies réalisées. La voie de Valdonne est devenue le contre-projet de la nouvelle majorité. Mais qu’en sera-t-il du taux de remplissage de cet équipement, les communes desservies disposant de densités de populations assez faibles ?

Ces interrogations et les contradictions flagrantes illustrent en réalité le pacte de non-agression conclu entre le Maire d’Aubagne et la Présidente de l’agglomération. Les transports sont une compétence intercommunale, et l’exécutif communautaire entend bien mener sa barque seul malgré les discours de collaboration et les sourires de façade.

Les faits parlent d’eux-mêmes : chacun fait sa sauce de son côté, sans suivre aucune recette. Mais l’addition risque d’être tout de même (trop) salée !

 

Articles récents

  • Covid-19 : premier décès à Aubagne +

    Hier, 3 avril, le maire, dans une vidéo postée après 18h, nous apprend que le premier décès dû au Covid-19 a été enregistré à Aubagne, après avoir affirmé que la situation était parfaitement maîtrisée dans notre ville. Un post précédant la vidéo nous informait que le 1er magistrat de la Lire la suite
  • Aubagne : redressement judiciaire pour l'entreprise Canavese +

      La fermeture de certains marchés de la restauration collective a aggravé les difficultés que connaît le groupe Canavese depuis presque 3 ans. Son président, Gérard Canavese, a choisi de placer l'entreprise en redressement judiciaire. Ce qu'a accepté le Tribunal de Commerce de Marseille. Lire la suite
  • Covid-19 : mobilisation individuelle et collective +

    La réponse à la crise sanitaire que nous connaissons nécessite une mobilisation individuelle et collective face à un véritable fléau pour l’humanité entière. Marcel Touati, médecin, responsable santé du PCF 13, tente une réflexion à haute voix pour un débat pluriel et pluraliste. Lire la suite
  • Gazay : la honte ! +

    Gazay et son équipe se félicitent de l'arrivée, opportune pour leur survie, du Covid-19. Cela ne sent pas bon mais les bruits insistants venant de la sphère proche du maire semblent bel et bien tirer le positif de cette situation : report des élections, le temps que Gazay se refasse une Lire la suite
  • Et les salariés de la grande distribution ? +

    A Aubagne, la place des salariés de la grande distribution est importante. Il faut penser à eux et les accompagner immédiatement. Depuis le début de la catastrophe sanitaire, et de manière accrue ces tous derniers jours, les "petites mains" du secteur du commerce (caissières et caissiers, livreurs, manutentionnaires, agents d'entretien....) Lire la suite
  • Macron et Gazay confirment le Bricolage +

    Nous avons depuis quelques jours eu l’occasion, au regard de l’amplification de la catastrophe sanitaire (ce n’est déjà plus une crise, c’est pire que cela ….), de jeter un regard lucide sur les réponses nationales et locales qui sont apportées et de faire part de nombreuses propositions complémentaires, à destination de Lire la suite
  • Municipales : Raymond Lloret précise sa position +

    Quelques jours après le 1er Tour des municipales, Ramond Lloret et ses colistiers-ières appelaient à "faire barrage à la droite libérale et à sa politique de privatisation de nos services publics et à l'extrême droite qui restera toujours mon principal adversaire". Dans La Provence du 26 mars, Raymond Lloret précise Lire la suite
  • 1