Privatisation de la cuisine centrale : les réactions se multiplient

Quelques heures après l’annonce de la volonté de la municipalité de privatiser la cuisine centrale, les réactions se succèdent entre incrédulité et prémices de mobilisations. Panorama des réactions chez les salariés, parents d'élèves, syndicats et élus d’opposition.

48 heures après l’annonce, l’atmosphère est lourde et pesante chez le personnel communal. Chez ceux qui avaient vu la manœuvre venir de loin, comme chez ceux qui essayaient de s’accrocher aux paroles rassurantes de la direction de la Ville. Maintenant la gueule de bois est bien commune. Au sein de la direction la plus concernée, celle de l’Education, c’est la stupeur qui régnait. A part les lecteurs de Mèfi ! personne ou presque n’était au courant. Et pourtant c’est tout un pan des politiques éducatives aubagnaises, jugées « rares et exceptionnelles » par le cabinet d’audit, qui menace de s’écrouler.

L’émotion la plus forte était bien sûr du côté des salariés de la cuisine centrale. Convoqués mercredi après-midi à une réunion exceptionnelle, c’est Joël Raffin, Directeur général des services qui leur a brutalement annoncé le passage en délégation de service public (le nom plus politiquement correct des privatisations) dès le mois de juin prochain !

Impossible pour eux de savoir précisément à quelle sauce ils seront mangés, ce qui plonge ainsi des dizaines de familles aubagnaises dans l’incertitude la plus totale.

Pour un agent de la cuisine centrale qui a choisi de témoigner sur Mèfi! « c’est un drame ! Une catastrophe ! Ils nous parlent seulement de dettes, d'économies, de profits. Je me dis que peut-être la privatisation de la Cuisine Centrale sera le déclencheur d'un ras le bol général et d'un refus de voir cette ville devenir "une ville morte" avec le soutien de l'ensemble de la population.»

Manque de courage politique ?

Aucun élu de la majorité (qui pourtant n’en rate pas une pour plastronner) n’a jugé utile d’être présent. Ni le Maire, ni son premier adjoint, Alain Rousset (qui pourtant aurait pour l’occasion parfaitement justifié son surnom d’Hannibal Lecter), pas plus que Bruno Foti l’adjoint à l’Education… Manque de courage politique ou pire désintérêt pour ces salariés sacrifiés sur l’autel d’une rentabilité fictive ?

Gérard Gazay qui la semaine dernière, lors du Conseil municipal, persistait à qualifier de "ragots" les informations sur la privatisation. Espérait-il naïvement que l'information ne sorte pas ou a-t-il choisi de délibérément mentir devant l'ensemble des élus aubagnais ?

En tout cas, au sein du personnel communal on n’entend pas se laisser faire, d’autant que des rumeurs de plus en plus crédibles de privatisation se répandent autour des services chargés du nettoiement des bâtiments communaux ou des aides ménagères à domicile.

Les prémices d'une mobilisation qui inquiète la Direction municipale qui a réunit, jeudi après midi, en catastrophe les responsables des restaurants scolaires pour tenter de les rassurer. Seraient-ils les prochains sur la liste ?

Le riz aux asticots façon Marseille ?

Chez les parents d’élèves, échaudés par la réforme Gazay des cantines, l’inquiétude est aussi de mise. Et l’on craint qu’Aubagne ne calque une fois de plus ses pratiques sur celles de Marseille et de son fameux riz aux asticots.

Sur le groupe Facebook des parents d’élèves en colère on peut lire « au vu des rapprochements pas très "catholiques" de la mairie avec sodexo, les parents d'élèves de Louise Michel se mobilisent. En effet ils sont en train de rédiger une lettre à l'attention de M. le Maire afin de demander un droit de regard sur l'audit déjà fait de la cuisine centrale en espérant que les parents cette fois ne soient pas mis devant le fait accompli mais soient investis dans la réflexion sur un changement "hypothétique".

Raté ! Une fois de plus la municipalité ne concertera pas les premiers intéressés, parions que comme sur la réforme des rythmes scolaires ou du nouveau règlement de la cantine, ils trouveront les moyens de se faire entendre.

Des mobilisations à venir

Pour l'association progressiste Aubagne à Venir " L’avis des familles est méprisé, le personnel municipal est mis devant le fait accompli sans aucune concertation et tout laisse à penser que si, face à ce démantèlement du service public, les réactions ne sont pas à la hauteur, les aubagnais ont du souci à se faire car il ne restera bientôt plus que la police municipale et la vidéo surveillance pour les servir ! Aubagne à venir appelle de tous ses vœux une grande mobilisation contre la casse du service public et la politique antisociale engagées par une municipalité qui privilégie le profit privé au détriment de l'intérêt général."

 

Annie Magin

 

Les réactions du coté des syndicats et des élus d'opposition :

La FSU, qui rappelle son "refus de toute privatisation", ira avec ses militants à la rencontre des agents de la cuisine centrale dans les jours qui viennent afin d'envisager avec eux toutes "les formes d'actions inventives pour empêcher ce mauvais coup".

Pour Daniel Fontaine, ancien Maire d’Aubagne : « La cuisine centrale est quasi neuve, performante, moderne. Elle sert aujourd’hui parfaitement les intérêts de la population. Ceux qui imaginent faire des profits financiers avec cette privatisation ne font que déposséder les aubagnaises et les aubagnais de leur patrimoine. Je serai aux côtés des agents et de tous ceux qui s’opposeront à cet incroyable gâchis. »

Enfin, les élus du groupe Aubagne Alternative Sociale et Ecologiste(1) dans un communiqué adressé à la presse ce jeudi après-midi dénoncent : « avec force ce choix qui casserait notre cuisine centrale. […] en faisant ça, Gérard Gazay et sa majorité répondent aux attentes des multinationales et des banques tout en s'éloignant, une nouvelle fois, des besoins de la population et en créant une colère bien légitime ! »

Les élus du groupe Aubagne Alternative Sociale et Écologiste finissent par un « appel à la mobilisation de tous, usagers, organisations syndicales et associatives, citoyens pour sauver la cuisine centrale et la qualité de nos cantines. »

Des réactions qui laissent à penser que la manœuvre de la municipalité ne passera pas comme une lettre à la Poste et que la bataille de la cantine ne fait que commencer.

 

(1) Le groupe Aubagne Alternative Sociale et Ecologiste est composé de : Magali Giovannangeli, Hélène Lunetta, N'Djima Aït Abbas, Daniel Fontaine et Denis Grandjean.

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