Covid-19 : et si on en profitait pour échanger et confronter ?

Un grand nombre de voix (trop peu à mon sens) s’élèvent depuis de nombreuses années pour déclarer, à juste titre, que le capitalisme est en crise. Ce qui essentiel, c'est de bien comprendre la signification profonde de ce diagnostic.

Derrière les mots, il y a la réalité d’une situation : en vérité, nous vivons, depuis des décennies, un moment historique caractérisé par le fait que la production et la reproduction du système capitaliste est fragilisée à tel point que la question de sa pérennité est posée… au sein des cercles dominants (et malheureusement pas dans le corps social inconscient qu’il est de  cette réalité).

Plus l’inquiétude grandit parmi les forces du capital, plus les faiseurs d’opinion font en sorte de faire croire aux populations que « le capitalisme est la fin de l’histoire » au sens où il ne peut y avoir de système supérieur.

Loin de moi l’idée naïve consistant à penser que ce système est en train de rendre son « âme » alors qu’il dispose de forces considérables et qu’il n’est pas prêt de disparaître de sitôt. Pour autant, il faut bien voir que le maintien du niveau du taux de profit n’est même plus assuré… sans intervention des Etats et des banques centrales, soit par des mesures réglementaires, soit par des mouvements colossaux de capitaux.

Depuis des décennies désormais ce système est sous perfusion. Les exemples de cet état de choses sont légion et soulèvent une question majeure : la signification réelle de l’existence des Etats et des institutions supranationales et internationales. Contrairement à une idée très largement reçue, les Etats et les banques centrales n’ont jamais été, ne sont pas et ne seront jamais porteurs de l’intérêt général dans le cadre de ce système. Ce ne sont rien d’autre que des appendices des forces du capital assurant hégémonie politique, militaire et idéologique indispensables à la poursuite de son existence.

Cela a toujours été vrai historiquement, cela l’est encore plus aujourd’hui du fait de la crise profonde du système. Il faut arrêter d’attendre des Etats la prise en compte des intérêts de leur population. Ils ne sont pas là pour ça.

La situation de crise sanitaire que nous connaissons, et que nous traverserons je l’espère, devrait nous inciter à faire partager cette analyse. A faire comprendre à nos concitoyens que l’Etat n’est ni incompétent ni imprévoyant.

L'Etat n'est ni incompétent ni imprévoyant

Bien au contraire. Il est au service d’une stratégie capitaliste et il le fait très bien à tel point qu’il arrive à nous faire croire qu’il est à la poursuite de l’intérêt général alors qu’il fait le contraire. Il faut montrer que ce n’est ni par incompétence ni par imprévoyance que les mesures prises sont trop tardives et insuffisantes car la première chose qui compte vraiment pour les gouvernants est de protéger… les entreprises.

Ce n’est pas par indétermination que ce pouvoir ose nous dire : « Restez chez vous mais allez travailler », c’est tout simplement l’expression d’une volonté de retarder le plus possible le moment de l’arrêt des activités non essentielles – qui arrivera plus tard après avoir provoqué malheureusement de trop nombreuses victimes dans la population.

La seule limite qu’ils rencontrent est l’obligation qu’ils ont de maintenir, au lendemain de l’épidémie, un niveau global de force de travail dans le pays en dessous duquel les taux de profit seraient sérieusement atteints.

Car en effet, à quoi serviraient ces milliers de milliards déversés dans les caisses des entreprises, des banques, des financiers, si l’effectif global des salariés était sérieusement atteint ?

Ce qui conduit à penser que des mesures drastiques pour lutter contre l’épidémie seront finalement prises, mais le plus tard possible. En attendant, des millions de salariés continuent d’aller travailler « la peur au ventre ». Mais la peur n’est pas que de ce côté. Elle s’est également installée dans le camp du capital. Peur, non pas d’être atteint par l’épidémie, mais celle de voir disparaître des pans entiers des forces économiques et financières.

Et comme l’on sait que les forces du capital ne sont pas un conglomérat homogène nous n’avons pas de mal à imaginer la guerre intestine se déroulant au sein de ces forces.

En vérité c’est la panique à bord, ce que reflètent les acteurs des marchés financiers. Ce qui explique les positions prises par les différents Etats et institutions internationales.

Restez chez vous mais allez travailler

Comment comprendre autrement les 750 milliards de la BCE, les 822 milliards de l’Allemagne comme premières mesures ? – et il y en aura d’autres. Et cette peur engendre « en même temps » un déploiement sans précédent de la stratégie du choc que Naomi Klein a si bien analysée.

Ils n’ont de cesse de profiter du moment de sidération des populations pour mettre en œuvre cette stratégie en prenant des mesures violentes sur les plans économique et social et sur celui des libertés, sur lesquelles ils espèrent bien ne pas avoir à revenir, la crise passée. Car il s’agit bien pour les gouvernants « chargés de mission du capital » de profiter de la sidération pour accroître sans attendre la déréglementation permettant aux grandes entreprises d’aller encore plus loin.

Plus loin dans l’exploitation des salariés qui est la seule source de leurs profits. Plus loin également dans la soumission à leurs intérêts des PME, des artisans, des commerçants, au travers notamment de la chaîne de sous-traitance et de leurs positions hégémoniques en matière de formation des prix.

Que faire face à ce constat ? Ignorons pour commencer les propos totalement irresponsables et démobilisateurs de ceux qui, s’appuyant sur les propos mielleux de Jupiter, annoncent purement et simplement la mort du système.

Contrairement à ceux qui prétendent que l’heure n’est pas à la polémique, il faut au contraire se souvenir que la démocratie ne peut exister sans le dissensus.

Devrions nous mettre la démocratie entre parenthèses du fait de l’épidémie ? Soulever la question revient à y répondre. Il faut bien au contraire tout faire dès maintenant pour éclairer la conscience de nos concitoyens.

Aussi bien sur le plan sanitaire que sur le plan économique et social. Il faut montrer qu’on cherche à nous faire payer « en même temps » les conséquences de cette crise non seulement du point de vue sanitaire mais également du point de vue économique et social, et à renforcer ce faisant la position d’un capitalisme en crise. Il est bien clair que si ce travail n’est pas fait dès aujourd’hui, il sera à réaliser après dans des conditions où l’ensemble des forces vives risquent de se retrouver exsangues.

La démocratie ne peut exister sans le dissensus

Certes, on nous dira que les gens ont autre chose en tête, pour autant il ne faut pas, il ne faut plus avoir peur d’être à contre-courant. Il faut affronter ce moment de face et avec l’énergie indispensable si l’on veut agréger des forces pour le moment de la sortie de crise. C’est à ce prix, et à ce prix seulement que nous aurons peut-être demain une chance de défendre nos intérêts.

Il faut être très clair sur l’existence des Etats et des institutions internationales en tant qu’appendice du capital. Montrer que leur raison d’être est la poursuite des intérêts du capital et non le bien-être de la population. Il ne faut surtout pas parler d’incompétence ou d’imprévoyance mais mettre en avant au contraire le pourquoi et le comment de la poursuite d’une stratégie des Etats dont le Français (j’ai du mal à écrire le nôtre) cherchant à profiter de la sidération ambiante.

Il nous revient d’expliquer ce qu’est la stratégie du choc, en général et en l’occurrence. Il faut montrer avec force que l’absence de protection réelle de la population s’accompagne de manière machiavélique d’une série de mesures réactionnaires prises aujourd’hui sur les terrains des libertés, de l’économie, du social, avec l’intention de ne pas les abroger par la suite.

Il convient en conclusion d’accroître, pour ceux qui le peuvent, les actions solidaires en direction des plus démunis, sans oublier l’indispensable travail de conviction dès maintenant afin de préparer la riposte qui sera indispensable demain.

Pourquoi ne pas profiter, pour ce faire, du temps de confinement afin d’échanger pour conforter l’analyse, faire des propositions, dégager des pistes pour la riposte, maintenir en un mot un travail collectif indispensable ?

Jean-Philippe Izquierdo,

responsable du mouvement Ensemble! (Clémentine Autain), militant de la France Insoumise

 

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