Quelques mensonges sur la réforme des retraites

quelques mensonges sur la reforme des retraites

Le débat sur la réforme des retraites est essentiel pour gagner l'opinion et permettre de mieux comprendre pourquoi la solution, c'est le retrait du projet et pas seulement son "amélioration".

Quelques arguments pour cette confrontation indispensable :

1) Les retraites ne vont pas baisser.

FAUX. En introduisant un système par points, le calcul de la retraite se fera désormais sur l’ensemble de la carrière professionnelle, et non plus sur les 6 derniers mois (comme aujourd’hui dans la fonction publique) ou sur les 25 meilleures années (comme c'est le cas dans le privé). Les salaires moindres au début de la carrière, les années incomplètes ou les moments d’inactivité sont aujourd’hui lissés par le mode de calcul. Dans le système Macron, ce sera pris en compte dans le calcul et cela conduira mécaniquement à une baisse du montant de la retraite.

2) Le système est universel : c’est le même pour tout le monde.

FAUX. Le gouvernement a d’ores et déjà assuré les policiers, les douaniers, les pompiers, les pilotes de ligne, les surveillants pénitentiaires ou les contrôleurs aériens qu’ils pourraient conserver des régimes particuliers. Il a fait une proposition similaire aux danseurs de l’opéra de Paris qui a été unanimement rejetée. L’universalité n’était donc qu’un élément de communication pour essayer de faire passer une régression pour une mesure d’égalité.

3) Le système est juste : un euro cotisé donne lieu aux mêmes droits.

FAUX. Selon l’INSEE, un ouvrier vit en moyenne, en France, 6 ans de moins qu’un cadre. De même, l’espérance de vie d’un diplômé du supérieur est de 7,5 années supérieures à celle d’un non-diplômé. Par conséquent, un euro cotisé par un cadre lui donnera droit à une pension pendant 6 ans de plus que ce même euro cotisé par un ouvrier. De plus, un système juste doit être analysé en fonction de sa capacité à faire vivre la solidarité nationale et donc à corriger des inégalités dans les parcours de vie. Mais le système par points va au contraire reproduire à l’identique ces inégalités.

4) Le système est plus avantageux pour les temps partiels car chaque heure va compter.

FAUX. Dans le système actuel, il faut avoir gagné l’équivalent d’un tiers temps au SMIC sur l’année pour valider quatre trimestres. Une personne ayant travaillé bien moins qu’un temps plein peut donc valider tout de même son trimestre complet. Avec le système par points, elle ne pourra comptabiliser qu’un tiers des points qu’une personne à temps complet aura pu totaliser avec le même salaire horaire.

5) Le système sera meilleur pour les femmes.

FAUX. La prise en compte de l’ensemble de la carrière pour calculer le montant de la pension va conduire à augmenter l’impact des carrières incomplètes ou interrompues, qui touchent malheureusement davantage les femmes que les hommes. De plus, la fin des trimestres va conduire à la suppression des majorations « maternité » aujourd’hui mise en place pour les femmes qui ont des enfants (4 trimestres par enfant). Le gouvernement prétend compenser en introduisant une nouvelle majoration de 5% dès le premier enfant, puis de 2% supplémentaire à partir du troisième enfant. Mais il se garde bien de préciser que celle-ci sera, AU CHOIX, pour l’homme ou la femme et qu’un couple a tout intérêt à majorer la plus forte pension, c’est à dire généralement celle de l’homme. Le gouvernement ne dit pas non plus qu’une telle majoration existe déjà à partir du 3ème enfant et qu’elle est de 10% pour la femme ET pour l’homme. Le système par point pénalisera donc encore plus fortement les familles nombreuses qui disposaient au total de 20% de majoration et qui pourront désormais se répartir seulement 17%. Enfin, alors que les pensions de réversion sont touchées à 90% par des femmes, le gouvernement veut reporter l’âge à partir duquel il sera possible d’en bénéficier de 55 ans à 62 ans. Le système par points ne sera donc pas une avancée pour les femmes.

6) Cette réforme vise à sauver le système par répartition.

FAUX. Le gouvernement propose de retirer du régime général les salaires au-dessus de 10 000 euros par mois en leur demandant seulement de s’acquitter d’une cotisation de solidarité de 2,8% (qui ne leur donnera aucun droit) au lieu d’une cotisation normale de 28%. Cela a une double conséquence : d’abord, retirer environ 5 milliards d’euros par an au système général, sans jamais préciser comment ils seront compensés alors que le gouvernement prétend faire une réforme pour des raisons financières ; ensuite, contraindre les salariés concernés à se tourner vers des fonds de pension. D’ailleurs, le gouvernement a introduit dans la loi PACTE des dispositifs d’exonérations fiscales pour ce type de fonds, qui coûte environ 1 milliard chaque année au budget de l'Etat. Le gestionnaire d’actifs BlackRock, dont le président en France s’est vu remettre la légion d’honneur, ne s’y est d’ailleurs pas trompé : dans une note de juin 2019, il saluait déjà une loi qui permettait de « combler les lacunes structurelles des régimes d'épargne retraite volontaire existant ».

7) La valeur des pensions sera garantie par la loi

FAUX. D’abord, il faut se rappeler qu’une loi se modifie facilement en s’appuyant sur des éléments de contexte. Ainsi, s’il suffit de changer la valeur du point, il sera facile de le justifier en raison par exemple d’une crise économique. Mais surtout, la garantie de la valeur du point ne veut surtout pas dire que les pensions ne pourront pas baisser. En effet, l’introduction d’un « âge pivot » permet de faire baisser les pensions sans pour autant changer la valeur du point. En effet, si vous disposez d’un total de X points et que l’âge pivot est fixé à 64 ans, vous pourrez disposer d’une pension de Y euros en partant à cet age. Mais si le gouvernement recule l’âge pivot à 67 ans comme le prévoit le rapport Delevoye, ce même nombre de X points ne donnera plus droit qu’à une pension de 85% du même montant (puisqu’il y’aura une décote de 5% par année). Le point n’aura donc pas baissé, mais la pension aura été réduite de 15%.

8) La réforme permettra que personne ne puisse toucher moins de 1000 euros de retraites.

FAUX. Le gouvernement se garde bien de dire que cet engagement ne vaut que pour une carrière complète, sans préciser d’ailleurs ce que serait une carrière complète dans un système sans trimestre de cotisation. Il omet également de rappeler qu’un tel engagement était déjà prévu dans une loi de 2003, et que le gouvernement a rejeté en mai 2018 une proposition de loi du député André Chassaigne sur ce point : il n’y a donc pas besoin d’un système par points pour introduire une telle mesure.

9) Cette réforme est indispensable pour éviter la faillite de notre système.

FAUX. Le dernier rapport du Conseil d’Orientation des Retraites parle d’un déficit possible compris entre 8 et 17 milliards d’euros à l’horizon 2025. Celui de juin parlait lui d'un équilibre atteint en 2040. Lequel doit-on croire ? Surtout, le COR précise que ce possible déficit ne proviendrait pas d’une augmentation des dépenses mais d’une réduction des recettes en raison des baisses de cotisation dues à la suppression de personnels dans la fonction publique. Enfin, le gouvernement feint d’ignorer qu’il existe de nombreuses autres solutions pour augmenter les recettes, par exemple par l’augmentation des salaires, la création d’emploi ou l’augmentation du taux de cotisation des entreprises. Un déficit de cette ampleur, si il était confirmé, peut donc aisément être pris en charge sans détruire totalement l’un des meilleurs systèmes de retraites au monde.

10) Avec le système par points, on peut économiser 8 milliards d’euros sur les régimes spéciaux.

FAUX. Ce chiffre de 8 milliards d’euros couvre l’ensemble des régimes spéciaux. Or la plupart de ces régimes sont en déséquilibre démographique en raison de la mutation du système économique. Ainsi, le régime des mineurs par exemple est en déficit puisqu’il n’y a plus que 10000 mineurs en France alors qu’il y’a plus de 150 000 mineurs à la retraite. Ou le régime de l'ORTF qui ne comprend plus aucun actif. Même en intégrant ces régimes dans un système par points, le déséquilibre entre les actifs et les retraités devra continuer à être pris en charge par la solidarité nationale. Le système par point ne fera donc rien économiser en l’espèce.

11) Aujourd’hui, avec moins de 150 heures travaillées on n’a rien, mais avec la réforme on crée des droits au premier euro.

FAUX Avec la réforme : 149 heures x 10 € (smic horaire brut) x 28% (taux de cotisation Delevoye) = 417 points.
417 x 0,055 (valeur de service putative) = 22,95 euros de pension annuelle.
Autrement dit, avec ce système plus juste et plus égalitaire, 149 heures au smic, ça donne droit à une retraite de 1,91 euros par mois !!!
Bref, 149 heures ne donnent droit à rien, comme aujourd’hui. Sauf qu’aujourd’hui, si j’arrive à bosser une 150ème heure, j’ai un trimestre plein.

Christiane Leboucher
d’après Manuel Bompard

 

Articles récents

  • Covid-19 : premier décès à Aubagne +

    Hier, 3 avril, le maire, dans une vidéo postée après 18h, nous apprend que le premier décès dû au Covid-19 a été enregistré à Aubagne, après avoir affirmé que la situation était parfaitement maîtrisée dans notre ville. Un post précédant la vidéo nous informait que le 1er magistrat de la Lire la suite
  • Aubagne : redressement judiciaire pour l'entreprise Canavese +

      La fermeture de certains marchés de la restauration collective a aggravé les difficultés que connaît le groupe Canavese depuis presque 3 ans. Son président, Gérard Canavese, a choisi de placer l'entreprise en redressement judiciaire. Ce qu'a accepté le Tribunal de Commerce de Marseille. Lire la suite
  • Covid-19 : mobilisation individuelle et collective +

    La réponse à la crise sanitaire que nous connaissons nécessite une mobilisation individuelle et collective face à un véritable fléau pour l’humanité entière. Marcel Touati, médecin, responsable santé du PCF 13, tente une réflexion à haute voix pour un débat pluriel et pluraliste. Lire la suite
  • Gazay : la honte ! +

    Gazay et son équipe se félicitent de l'arrivée, opportune pour leur survie, du Covid-19. Cela ne sent pas bon mais les bruits insistants venant de la sphère proche du maire semblent bel et bien tirer le positif de cette situation : report des élections, le temps que Gazay se refasse une Lire la suite
  • Et les salariés de la grande distribution ? +

    A Aubagne, la place des salariés de la grande distribution est importante. Il faut penser à eux et les accompagner immédiatement. Depuis le début de la catastrophe sanitaire, et de manière accrue ces tous derniers jours, les "petites mains" du secteur du commerce (caissières et caissiers, livreurs, manutentionnaires, agents d'entretien....) Lire la suite
  • Macron et Gazay confirment le Bricolage +

    Nous avons depuis quelques jours eu l’occasion, au regard de l’amplification de la catastrophe sanitaire (ce n’est déjà plus une crise, c’est pire que cela ….), de jeter un regard lucide sur les réponses nationales et locales qui sont apportées et de faire part de nombreuses propositions complémentaires, à destination de Lire la suite
  • Municipales : Raymond Lloret précise sa position +

    Quelques jours après le 1er Tour des municipales, Ramond Lloret et ses colistiers-ières appelaient à "faire barrage à la droite libérale et à sa politique de privatisation de nos services publics et à l'extrême droite qui restera toujours mon principal adversaire". Dans La Provence du 26 mars, Raymond Lloret précise Lire la suite
  • 1