Et si la canicule faisait de la politique ?


Par ces fortes chaleurs caniculaires, la question du réchauffement climatique est dans toutes les têtes. Pourtant, au-delà des interrogations stratégiques et géopolitiques, la nature humaine cherche essentiellement des solutions immédiates pour rendre le climat supportable. Nous combattrons la sécheresse après avoir bu une bonne bière à la fraiche.

Les ventes de climatiseurs et rafraichisseurs d’air ont explosé en France au mois de juin (de +400 % à +600 % par rapport à l’année dernière). Il se vend près de 10 climatiseurs par seconde à travers le monde. En 2050, la planète comptera quasiment autant de personnes que de clims. Certains esprits coquins affirment même que leurs ventes ont un impact direct sur la natalité. D’autres esprits chagrins prétendent qu’elles sont un facteur de plus dans le paysage des inégalités sociales.

On ne « jette la bière » à personne. Mais cette attitude des plus normales, s’appuyant sur un réflexe primaire de mieux-être rapide, s’accompagne bien souvent d’un petit malaise. La clim c’est mal ! Cette petite gêne morale questionne notre rapport à ce que nous appelions encore il y a peu l’écologie. Elle est devenue aujourd’hui une affaire de transition écologique. Il faut changer de modèle mais pour quel autre ?

Les clims sont de droite !

Mises au point aux Etats-Unis en 1902, elles profitent d’abord à l’industrie culturelle qui va équiper les salles de cinémas et de spectacles pour les rendre agréables par tous les temps. Puis, ces appareils vont rapidement entrer dans les entreprises pour apporter plus de confort à leurs salariés, et ce afin d’améliorer leur productivité. C’est donc bien pour répondre à une logique de rentabilité que se développe cet équipement très gourmand en électricité. Pour quelques degrés en moins, c’est la planète qui en fait les frais. D’autant que cela fait 70 ans désormais que les ménages de par le monde s’équipent massivement eux aussi.

Au-delà de ces considérations économiques, les climatiseurs répondent à une réelle logique individualiste là où la protection de l’environnement appelle des réponses collectives. Le principe est simple : le système de refroidissement extrait de la pièce où il se trouve l’air chaud pour l’expulser vers l’extérieur. Certes, les occupants gagnent en confort mais cette externalisation du problème vers « le dehors » contribue essentiellement à aggraver l’effet caniculaire. Pour qu’un foyer de quelques personnes vive au frais, leurs concitoyens voient s’accroître l’effet de chaleur dans les rues. Ce mécanisme que chacun perçoit de façon assez inconsciente est sans doute à l’origine de notre culpabilité susurrée du bout des lèvres quand nous sommes en société. Il fait bien admettre qu’au-dessus de 35°C, ce n’est pas tenable… encore moins durable.

Le business vert

Dans une logique à court terme, celle qui prime pour notre cerveau reptilien (des émotions primaires), quel autre choix avons-nous aujourd’hui ? L’économie de marché nous a offert des solutions rapides et s’est empressée de s’adapter pour devenir durable… pour elle-même ? Le secteur du bio illustre fort bien ces mêmes mécanismes. Malgré la démocratisation de ce dernier, les « géants » de l’agro-alimentaire bio continue de vendre leur produits plus chers. Ces grandes entreprises justifient ces différences par des coûts plus élevés permettant aux producteurs de s’affranchir d’un certain productivisme. Certes, on aimerait y croire si on ne lisait sur les étiquettes qu’une part non négligeable des produits est issue « agriculture bio non UE ». Les normes sanitaires sont moins draconiennes en Afrique ou en Amérique latine, et nous éloigne également des circuits-courts. Le bio ne rime pas avec philanthropie. Il n’est pas non plus en marge de l’économie de marché, il est en plein dedans.

La question des véhicules électriques ou hybrides constitue un autre exemple de cette situation. La bonne conscience de ceux qui ont un pouvoir d’achat suffisant pourrait nous sauver de la catastrophe. Car le marché de l’hybride se porte à merveille. Toyota, premier constructeur mondial en termes de performances financières, est aussi leader mondial sur ce segment. Plus d’une voiture sur 2 vendue par le groupe nippon est un véhicule hybride. Mais là encore, l’écologie ainsi pratiquée dispose d’un ticket d’entrée qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Une Yaris hybride coute près de 40% plus cher que le modèle équivalent à moteur essence uniquement. La pollution automobile a encore de beaux jours devant elle chez les pauvres !

Et Aubagne dans tout ça ?

Derrière ces anecdotes consuméristes, la question est d’abord politique, même si elle trouve ses principales réponses dans un jeu individuel dont les règles sont en partie dictées par le modèle capitaliste. Mais « les gens » attendent des propositions concrètes qui soient à la hauteur des enjeux. Les prises de paroles durant l’atelier organisé par Aubagne la Commune (ALC) sur le sujet en témoignent. Tout comme les assises de l’environnement organisées début Mai à Aubagne illustrent la futilité avec laquelle la ville aborde ces questions. Depuis des années, les constats sont posés, les experts ont parlé, la messe est dite. L’heure est à l’action, pas à l’évènementiel.

Alors que toutes les villes de France envisagent de revégétaliser à court-terme leurs espaces publics pour faire baisser la température en ville, il était encore question il y a quelques mois de couper les arbres du cours Foch. Le salut ne viendra pas des quelques véhicules électriques logotypées aux couleurs de la ville. Ni même des nouveaux ronds-points. Ces mesurettes promotionnelles ne peuvent nous faire oublier qu’Aubagne se replonge tous les ans dans le 19ème siècle de Marcel Pagnol. A l’évidence, son œuvre est baignée de ruralité, pas de préoccupations environnementales. Jadis Aubagne était un village, pas la banlieue de l’une des plus grandes et des plus embouteillées métropoles de France. L’équipe municipale ne s’est pas rendu compte que le monde avait changé. Elle raisonne encore « automobile » contre tramway, ou encore gratuité des transports. Ces thèmes sont trop de gauche, trop de l’équipe sortante, trop collectifs. Ecologie et démagogie ne font pas bon ménage.

Si la transition écologique est selon monsieur le maire une affaire trop sérieuse pour être débattue avec les concitoyens (cf. article dans Méfi ! ici), alors le réchauffement climatique a encore de beaux jours devant lui. Les grandes enseignes peuvent continuer à faire leur chiffre d’affaire estival en vendant des machines à glaçons. Et les clims vont continuer à être de droite ! Une chose est sûre, l’écologie n’appartient à aucun parti et n’a pas de couleur. Le sujet donnera certainement le ton des prochaines élections municipales. A qui sera capable de l’intégrer dans toutes ses dimensions (emploi, transports, culture, santé) dans une stratégie au service du bien-être des Aubagnais-es.

A la vôtre !

José Da Silva

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