11 novembre : le discours de la honte


11 novembre le discours de la honte

Depuis toujours peut-être circule l'idée selon laquelle les hommes et les femmes politiques prennent les gens pour des idiots. Bien sûr, il y a ceux qui se montrent fidèles à cette idée et il y a ceux qui s'en éloignent. Gérard Gazay a choisi son camp visiblement. A l'écoute et à la lecture de son discours prononcé lors de la cérémonie du 11 novembre, on ne peut qu'être effaré par cet alignement d'idées reçues et ce pilonnage de contrevérités censés entretenir le sentiment patriotique de la population prise à la gorge par la lame de l'émotion.

Commençons par le début. Le maire y va dès les premiers mots de ces formules médiatiques qu'il doit prendre plaisir à prononcer à la manière des répliques hollywoodiennes qui font mouche dans les bandes annonces : "4 années de feu ininterrompu", "le monde avait basculé dans l'enfer des tranchées", "sous les pluies d'acier"...

Le quotidien d'un soldat était surtout fait d'ennui et d'attente. Les pluies d'acier et le feu ininterrompu relèvent des fantasmes issus du cerveau de Monsieur Gazay gavé de films de guerre et de documentaires qui se doivent de montrer le plus spectaculaire et le plus effarant en quelques dizaines de minutes.

Notre premier édile poursuit : "il faut tenter de s'imaginer ce que représenta l'annonce de l'armistice". On y dépeint les familles "dans l'angoisse quotidienne" qu'on leur apprenne qu'un fils, un frère, un père est "tombé au champ d'honneur". Etonnant qu'un homme du 21ème siècle reprenne à son compte de pareils propos. Ces propos finissent un peu plus de salir les mutins fusillés pour l'exemple sous couvert d'exacerber la bravoure des autres, résignés ou convaincus. Y a-t-il mis les pieds Monsieur Gazay sur le champ d'honneur fait de boue et de barbelés, de merde et de boyaux ? Un langage bien militaire que l'on devine destiné à flatter les droitiers aubagnais. Une gloriole dont se gargarisent les survivants ou leurs soi-disant héritiers pendant que les morts, eux...

Dans le paragraphe qui suit, Monsieur le Maire lâche les lions : "la juste fierté patriotique des vainqueurs" (heureusement que l'on célèbre la paix et non la victoire), la reconnaissance éperdue envers le sacrifice des uns pour la liberté des autres" (#bisounours). Il faudrait qu'une homme charitable, (un ancien combattant ?) lui explique le concept de mobilisation générale avec ce sympathique paragraphe en italique au bas de la page qui dit "pas le choix".

Pour rester dans l'idée reçue la plus générale, voilà une phrase qui en dit long sur la paresse intellectuelle et/ou la méconnaissance de l'Histoire de ceux qui s'en drapent à l'envie pour se réclamer d'une idéologie ou d'une figure. Pour rappel, la première guerre mondiale, c'est un peu moins de 20 millions de morts.

"Ce conflit mondial avait connu une échelle et une intensité que l'humanité n'avait encore jamais connues". Pourtant, en 1206, Gengis Khan lance ses troupes dans un conflit qui fera 50 millions de morts.

Pourtant, entre 1850 et 1864, 30 à 40 millions de personnes (selon les estimations) perdent la vie dans la guerre civile chinoise qui verra les Taipings finalement être terrassés par la dynastie des Qing... L'Humanité, Monsieur Gazay, n'est pas que l'homme blanc européen.

Et puis, voilà que notre maire se lance dans une affirmation qu'il n'a bien sûr pas pris la peine de vérifier : "Aucun village, aucune région n'échappa à cette sinistre comptabilité et au deuil de sa jeunesse".

Ah bon ? Et Soulce-Cernay, petit village du Doubs qui ne déplore aucune victime pendant le conflit ? Et le petit village de Charray en Eure et Loire qui ne compte aucun Mort pour la France ? Et Morville dans les Vosges ? Et Fay ? Et Montovilliers ? Et Montmirat ?...

Le coup de grâce nous est donné lorsque Gérard Gazay affirme que les soldats de 14/18 étaient surnommés les Poilus par "humour", parce que "les gens savaient rire et vivre malgré l'horreur de la guerre"... Peut-être que Monsieur le Maire ne devrait pas se contenter de parler des sujets des expositions qu'il met en exergue à Aubagne et s'y intéresser de plus près : le "poilu" veut dire homme courageux, et homme brave et viril. Cela n'a rien à voir avec leur apparence... #cliché

Sans doute que l'inspecteur d'académie a su lui glisser à l'oreille qu'il avait commis un certain nombre d'erreurs dans son discours, à moins qu'il ait été endormi par les compliments distribués par-ci par-là...

Du coup, on apprend qu'il a nommé la voie qui longe le cimetière "avenue des Poilus" sans même savoir ce que signifiait ce terme. En même temps, il est bien administrateur de 13Habitat sans connaître certains quartiers que le bailleur social gère.

Libre à vous d'avaler cette guimauve insipide. Libre aux Aubagnais de continuer d'écouter un charmeur de serpents même dans les moments où la décence invite à l'honnêteté et au respect. Libre aux autres de ne plus se laisser berner par des clones libéraux aux discours creux récités sans conviction.

Camille Alexandre

 

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