Violences conjugales : un témoignage


violences conjugales

Elle a voulu témoigner "parce qu'il est temps de briser le silence, parce que si je ne dis rien c'est que j'accepte ce qu'il m'arrive, parce qu'il est nécessaire que d'autres femmes puissent, aussi, dire leurs souffrances". 
"J'ai été victime de violences conjugales. Après des mois où j'ai subi, j'ai décidé de quitter ce que l'on appelle le domicile conjugal et qui était devenu, pour moi, un lieu de tortures".

Elle poursuit avec de l'émotion qui lui étrangle la voix et lui fait rougir les yeux : "Un jour j'ai reçu des coups devant mon enfant. C'est lui qui m'a incité à dire stop. Je crois qu'il m'a sauvé la vie".

Elle tient à préciser : "Mon ex-mari (NDLR : ils sont en instance de divorce) m'affirmait que j'étais folle. Quelques un.e.s de mes ami.e.s essayaient souvent de me convaincre que sans doute j'étais aussi responsable de ce qui m'arrivait".

Elle a même fini par s'en convaincre jusqu'à consulter dans un pôle psychiatrique. Le diagnostic est tombé : "Madame vous n'avez rien à faire chez nous".

"J'ai vécu une double injustice : victime et accusée. J'ai entendu les faux pardons, les je ne recommencerai plus. J'ai accepté les violences physiques et morales, la progressivité des coups et des insultes. La conviction qui finit par gagner que l'on n'est plus rien, que l'on ne vaut rien, que j'étais certainement folle".

Double injustice : victime et accusée

Jusqu'à ce jour où elle décide de partir sans penser un seul instant que "trouver un hébergement c'est un chemin de croix. Et pourtant c'est vital".

Elle a fait le tour des diverses structures d'accueil (MDS, CCAS...), des associations (SOS Femmes...). Partout une excellente écoute mais la même conclusion : "il faut être patiente. Pour l'instant nous n'avons rien à vous proposer". La galère qui suit pendant près de deux mois : chez des ami.e.s un soir, d'autres nuits dehors "sur le goudron, la peur au ventre, dans le froid, avec la faim en prime".

Enfin, au bout de plusieurs semaines d'enfer, un hébergement lui est proposé à Aubagne. "Le premier soir j'ai dormi comme si j'avais retrouvé le bonheur de vivre. Le lendemain je suis allée à l'église Saint Sauveur et j'ai pleuré de soulagement".

Aujourd'hui, elle est allocataire du RSA. Elle loge dans une résidence sociale à La Ciotat. Elle vient régulièrement à Aubagne. Elle a besoin de dénoncer : "Dans le domaine des violences conjugales, les politiciens et les politiciennes ne font que du blabla.

Chaque année et à chaque événement médiatisé sur cette question, on nous fait des annonces, on nous parle des droits des femmes. Mais, en fait, il n'y a rien de concret, aucune prise en charge réelle, quasiment pas d'hébergement d'urgence, aucun suivi, pas de budget, ni pour les institutions concernées, ni pour les associations.

On nous parle d'un nouveau départ mais il n'y a pas départ du tout. On est ballotté d'un endroit à l'autre. On n'est pas vraiment accompagné pour faire valoir nos droits".

Violences conjugales : "les politiques ne font que du blabla"

Elle rajoute : "j'ai porté plainte. J'ai eu le sentiment d'avoir eu à faire à un personnel sans formation. Il aurait fallu que je fasse constater les coups par des médecins, par des visites à l'hôpital. Je n'en ai pas eu le courage. J'étais lasse, avec l'impression d'être considérée comme un rat de laboratoire".

Puis elle évoque son père qui ne réside pas en France et son visage se détend : "Il ne m'a jamais laissé tomber et n'a cessé de me soutenir".

Elle tient à inviter tout le monde à venir à la projection du film "L'Emprise", le 14 novembre, au Cercle de l'Harmonie à Aubagne. Elle y sera, déterminée à "militer" pour que de vrais moyens soient mis en œuvre pour les femmes victimes de violences conjugales.

"C'est difficile de se reconstruire" dit-elle, "Il faut beaucoup de temps, franchir de nombreux obstacles et passer de nombreuses étapes". Pour l'instant, c'est encore la fragilité qui domine.

Claude Bernardi

 

 

 

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