Gazay court après les poules de Palissy

Pour toutes celles et ceux qui ont un a priori négatif sur le quartier Bernard Palissy à Aubagne, il faut qu'ils/elles aillent se promener autour de la maison de quartier. Vous y trouverez toutes les générations du quartier vivant en parfaite harmonie.

Un jeune, un peu plus d'une vingtaine d'années, nous raconte ce qui ressemble à un conte de fée : "Un jour, un de nos copains a amené des poussins. On pensait qu'il allait les reprendre, mais ils les a laissés pour qu'on s'en occupe collectivement. Ils sont restés, ils ont grandi, ils se sont reproduits. Maintenant, en liberté, nous avons 7 poules, 2 coqs (l'un s'appelle Fontaine, l'autre Gazay) et 8 poussins qui restent dans la végétation autour de la Maison de Quartier".

Et depuis, cette petite basse cour est devenue un lien, un lieu de rencontre "intergénérationnel" comme diraient les politiciens et les "experts".

Nous avons 7 poules, 2 coqs et 8 poussins en liberté

Tout le quartier s'en occupe, s'en préoccupe même. Les jeunes, comme les moins jeunes. Celles et ceux des HLM et les autres. Chrétien ou musulman, juif ou athée, personne n'a même l'idée de faire une différence.

"On dépense de l'argent pour acheter, chacun à notre tour, leur nourriture. Quand des poussins sont malades, certains les amènent chez eux pour les soigner" nous indique un autre jeune du quartier.

Annie, retraitée, que chacun considère comme la porte parole du secteur ("elle parle juste et fort, elle n'a pas peur de dire la vérité à tout le monde" nous précise un jeune salarié) s'exclame : "Dans ce quartier, il y a une ambiance magique. Nous organisons de petites soirées sympa. Les jeunes entretiennent la végétation, ils arrosent, élaguent, plantent des fleurs".

Annie, c'est notre porte parole, c'est la porte parole de tout le quartier

Un trentenaire rajoute : "Jamais on manque de respect à une personne âgée". Et toutes et tous le reconnaissent: "Ces anciens poussins nous ont permis ces rencontres, un autre regard sur l'autre, un but commun qui nous rassemble".

L'idée est donc venue "d'institutionnaliser" la chose. Ils (jeunes et moins jeunes, retraités, chômeurs ou salariés) ont demandé à la mairie l'autorisation de faire une mini-ferme pédagogique. 

La réponse est venue. Vendredi dernier, 2 voitures de la Police Nationale et 2 véhicules de la Police Municipale, une vingtaine de policiers en tout, accompagnés du maire, sont venus pour chasser les poules.

Il paraît que le spectacle valait le coup d'oeil. Les un.e.s et les autres en pleurent encore de rire. Pas un seul animal n'a été pris. L'opération a été renouvelée ce mardi 11 septembre, avec le même spectacle et le même résultat.

Des policiers qui couraient après les poules, c'était comique

Les prétextes invoqués sont de deux sortes (suivant le public). Première version : "Le coq chante trop tôt et cela dérange le voisinage", mais que vaut cette excuse à côté d'un quartier apaisé et réconcilié ?

Deuxième version : "L'odeur des poules couvre l'odeur de la drogue et les dealers se multiplient". Tous les spécialistes interrogés affirment qu'il n'y a jamais eu aucune étude sur le sujet et que si on compare dans le temps sur le même quartier ou si on examine la réalité d'autres territoires, rien de sérieux ne peut être dit sur ces aspects.

Les seuls vrais constats aujourd'hui, c'est que les habitants de la Résidence des Personnes Agées sont ravis et que les automobilistes (pourtant nombreux) s'arrêtent avec le sourire pour laisser passer les gallinacées qui traversent régulièrement les rues du secteur.

Les automobilistes s'arrêtent pour laisser passer les poules et leurs poussins

Les habitantes et les habitants de Palissy sont très en colère, toutes et tous répètent : "Ce maire, il faut qu'il dégage. Celui d'avant, il n'a pas fait grand chose pour nous, mais celui-là, il fait tout contre nous" et ils/elles précisent :"Celui d'avant on pouvait le rencontrer et lui parler, même s'il nous entendait rarement. Mais celui-là, il nous méprise. Il faut être très riche pour lui parler".

En attendant, ils/elles ne veulent rien lâcher. La mini-ferme pédagogique est un objectif sérieux. C'est devenu "l'âme" du quartier. Personne ne peut comprendre que la ville ne s'associe pas a cette démarche qui contribue plus que largement à réconcilier toutes les actrices et tous les acteurs du quartier.

Annie nous le dit : "Ces poules sont devenues le symbole du bien vivre dans ce quartier. Ce n'est pas possible que le maire et la mairie nous les enlèvent".

Claude Bernardi

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