Agglo : souffrance au travail

Jean-Luc Boyer, peut-être le connaissez-vous, beaucoup l'ont sans doute rencontré sans le connaître. Il a été embauché à la ville d'Aubagne, au service de ramassage des ordures ménagères, en 1994. Il a ensuite connu la communauté d'agglomération Garlaban-Huveaune-Sainte Beaume puis celle du Pays d'Aubagne et de l'Etoile. Aujourd'hui il est agent de la métrople Aix-Marseille-Provence.

Très touché psychologiquement, en situation d'engager des poursuites judiciaires contre son employeur, il a souhaité rencontrer les médias. Mèfi a répondu présent.

Après 18 ans "aux bennes", des problèmes graves de santé (poumons et dos), l'ont contraint à changer de poste de travail. Il y a 5 ans il s'est retrouvé "Ambassadeur du Tri".

Avec ses collègues de travail, il faisait du porte à porte dans les immeubles, il rencontrait les enfants dans les écoles, il participait à l'animation d'un stand de l'agglo sur les marchés pour convaincre de la nécessité de trier les ordures ménagères. Cela le passionnait.

18 ans aux bennes, puis ambassadeur du tri

Mais très vite, l'atmosphère a changé. Ses coéquipiers, pour diverses raisons, sont partis. Les remplaçants désignés avaient, dit-il, "sans doute moins d'expérience dans ce domaine". Mais il rajoute, "je n'ai pas à juger". Par contre, il affirme que depuis l'ère Barthélèmy/Gazay, il a bien mesuré que la question du tri prenait moins d'importance.

"Je me suis senti dévalué dans mon travail". "Le sentiment qu'en fait, on n'attendait rien de nous, qu'il n'y avait rien à faire", a pris très rapidement le dessus.

"J'avais mal à la tête en permanence, la déprime était là. J'ai été dans l'obligation de m'arrêter pendant 6 mois. La médecine du travail a demandé à ce que l'on me change de poste".

En novembre 2017, le conseil de territoire propose de l'affecter aux Ateliers Thérèse Neveu, à l'accueil et à la régie. Il prend son poste en janvier 2018.

Il n'y avait rien à faire

Même si l'accueil lui pose quelques problèmes pour son dos, il pense que "ce n'est pas un problème". Par contre, pour la régie (il gère, avec une autre personne, le patrimoine santonnier du territoire), il travaille dans un lieu où la température est de 8°C et où la poussière est partout présente avec de lourdes charges à porter. Cela semble complètement incompatible avec les préconisations médicales pour ses poumons et son dos. Mais il fait avec.

Là où le bât blesse, c'est que de nouveau on l'a mis sur un poste inutile. A l'accueil, ils sont trois là où, dit-il, "il y a du travail pour un, peut-être deux, pas plus". En régie, le plus souvent, il n'a rien à faire. 

"On me met face à un travail qui n'existe pas. C'est un peu comme un salarié qui a en charge de compléter les rayons d'un supermarché et qu'on laisse dans ce poste alors qu'il n'y a plus rien à ranger".

Il ne supporte pas cette inutilité. D'autant moins qu'il est très sensible et que la générosité pour le bien commun est dans "ses gènes" et plus sûrement dans sa culture et son histoire.

On veut m'imposer de travailler le dimanche

Une anecdote pour le caractériser : "Ma mère, d'origine italienne, nous a toujours appris à inviter à la maison, les gens qui dans la rue se trouvaient sans repas. Personnellement quand la ville, puis l'agglo, nous offrait le colis de Noël, je ne l'ouvrais même pas, j'allais le donner immédiatement à un SDF".

Les pressions continuent de s'accumuler, fin juin, on lui annonce qu'il va falloir travailler le dimanche, alors que ni son contrat de travail ni sa fiche de poste ne le prévoient. Il refuse sauf si on le rémunère en conséquence. On lui fait alors savoir qu'il devra quitter le service.

Madame Barthélèmy, présidente du territoire, qu'il interroge lui répond avec autorité : "Vous devez vous plier à la règle".

Après avoir fait un malaise et avoir été transporté en urgence par les pompiers, après être resté seul, ce mois d'août 2018, avec une température de 33°C, pendant huit jours, 7 heures par jour, dans les locaux des ATN (il a filmé sa solitude et le thermomètre situé dans le local), une responsable de son service lui demande de venir au siège de l'institution. 

Mais, alors qu'il pouvait espérer un poste où il pourrait retrouver du sens à son travail, on lui propose le 14 août "un emploi provisoire jusqu'au 2 septembre".

Il craque de nouveau : "J'étais au bord du précipice et ils m'ont poussé plutôt que de me faire faire un pas en arrière".

Face à un précipice on me pousse à faire un pas en avant

Même s'il a conservé des mails et divers éléments des échanges avec sa hiérarchie, sans doute une telle rencontre aurait dû être suivi d'autres. Avec ses chefs de services, ses collègues de travail, la direction politique de l'agglo, la médecine du travail, ... , pour vérifier, confronter, mesurer chacun des propos.

La justice, si elle est saisi s'en chargera. Je n'ai ni la vocation, ni l'ambition de devenir juge ou policier, et encore moins journaliste professionnel.

Je ne suis, en l'occurrence, qu'un simple témoin d'une souffrance au travail, totale. Un truc qui me fait demander qu'on l'écoute, qu'on l'entende et qu'on trouve une réponse adaptée.

Une réponse humaine, à la hauteur de la sensibilité de Jean-Luc Boyer, de sa générosité et de son intelligence.

 

Claude Bernardi

 

 

 

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