Dossier Transport : baromètre des villes cyclables, Aubagne en queue de peloton !


piste cyclable

« Très défavorable », c’est résumé en deux mots le résultat du dernier baromètre des villes cyclables de la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB) pour qualifier “le climat vélo” à Aubagne. À ce commentaire pas franchement élogieux est associée la note G. Inutile de chercher plus bas, cela n’existe pas : Aubagne fait bel et bien partie des cancres et se trouve ainsi reléguée en toute fin de peloton dans la catégorie des villes de 20 000 à 50 000 habitants.

 

Ce baromètre inédit mérite quelques explications. Tout d’abord il s’agit d’une enquête qui s’inspire de celles réalisées en général tous les deux ans chez certains de nos voisins européens. Cette enquête a été réalisée sur internet auprès du public fin 2017 sous la forme d’un questionnaire assez précis. Sur toute la France 113 000 réponses ont été comptabilisées, dont 116 sur Aubagne. Ensuite, le but du baromètre est de faire l’état des lieux du développement du vélo comme moyen de déplacement en compilant les réponses des participants.

Aller à l’école, au travail en vélo est-il possible ? Les parents laissent-ils leurs enfants faire du vélo en toute confiance ? Des aménagements facilitant la vie des cyclistes sont-ils systématiquement prévus ? Les cyclistes se sentent-ils en sécurité ?...

Les réponses ont été regroupées en quatre catégories : sécurité / confort / efforts de la commune / services et stationnement.

Avec sa note G, n’espérez pas qu’Aubagne brille dans l’une de ces catégories. D’ailleurs la FUB n’a trouvé aucun point fort à mettre en avant pour la ville. Seuls trois critères empêchent de finir dans la voiture-balai : les conflits entre piétons et cyclistes sont rares... avec peu de cyclistes, c’est plus simple !

Merci à l’association “Action-Vélo” et son atelier (le 2ème dimanche du mois sur le cours Foch de 10h à 13h) qui permettent une note potable à la question 25 : “ un magasin ou atelier de réparation de vélo est-il présent dans votre ville ? ”

Les points les moins bien notés sont les suivants pour Aubagne :

La réponse à la question suivante “est-ce que les parents laissent faire du vélo à leurs enfants ?” - non, sûrement pas ! est symptomatique d’une ville où les conditions pour se déplacer à vélo sont considérées comme très défavorables.

Que se passe-t-il à Aubagne ?

C’est une ville où la voiture est omniprésente, à qui on offre et qui prend une place considérable partout dans la rue, sur les trottoirs... occasionne de nombreux bouchons pour rentrer ou sortir de la zone des Paluds. Mais c’est également une ville qui bénéficie d’un climat méditerranéen : des pluies bien moins fréquentes que dans d’autres régions, hiver doux.

Une zone d’emplois et de commerces aménagée sur d’anciens marécages et donc sans la moindre dénivelée, un pôle multimodal sncf / bus / cars où débarquent de nombreux journaliers qui viennent de Marseille, Aix ou Toulon, autant de potentiels cyclistes qui pourraient effectuer leur(s) dernier(s) kilomètres(s) à vélo.

Une ville à taille humaine, faisant seulement quelques kilomètres dans sa diagonale la plus longue : 7 km entre les extrémités Est/Ouest à Gémenos et La Penne-sur-Huveaune réalisables en moins de 30 minutes.

Aubagne a tous les atouts pour être une capitale régionale cyclable.

Alors que se passe-t-il ? Deux ans avant les prochaines élections municipales, il serait facile de faire porter le chapeau à l’équipe municipale de Gérard Gazay. La réalité est un peu plus complexe et mérite une petite analyse :

Avant 2014

On peut dire que la situation catastrophique actuelle n’est pas nouvelle : les rares aménagements cyclables datent de « l’époque Guérini » avec l’aménagement des bandes multifonctions ocres le long des routes départementales, puis des travaux du tramway avec la création d’une piste cyclable qui se déroule du pont de la Californie à la piscine du Charrel. Cette piste n’est d’ailleurs pas complètement satisfaisante dans le sens où elle disparaît au moment où elle serait le plus utile : au niveau du carrefour de la Tourtelle où le cycliste a vraiment du mal à trouver son chemin.

Quelques centaines de mètres de bande cyclable ont aussi été créés dans la montée vers le collège Nathalie Sarraute.
Des stationnements vélo plus ou moins bancals en ville, mais aucun devant les cinémas, les cafés, le théâtre, les écoles et autres équipements publics, très peu devant la gare, et aucun box vélo sécurisé. En conclusion, le niveau zéro du stationnement vélo pour la FUB.

L’agglo d’Aubagne avait aussi mis en place un système de prêt de vélo, difficile de savoir s’il était fonctionnel ou pas, mais il ne devait pas concerner grand monde vu les rares vélos orange croisés.
Telle était la situation en 2014 avant que Gérard Gazay ne prenne la mairie et Sylvia Barthélémy l’Agglo d’Aubagne.

Aucun doute : si le baromètre de la FUB avait été fait en 2014, la note d’Aubagne n’aurait pas été très loin de « G, ville défavorable au vélo ».

Et depuis 2014 ?

Gérard Gazay et Sylvia Barthélémy avaient tous les deux dans leurs programmes respectifs de grandes ambitions pour le vélo :
Sylvia avait « à cœur de développer les pistes cyclables et subventionner les vélos électriques » et souhaitait « développer les déplacements doux, par exemple les pistes cyclables ».

Gérard, plus factuel voulait qu’Aubagne devienne « ville amie du vélo », en développant « 30 km de bandes et pistes cyclables en 5 ans, en multipliant les arceaux et parkings à vélo, en créant des garages à vélo dans tout nouvel immeuble », et - cerise sur le gâteau : « en développant la maison du vélo à proximité de la gare ».


Extraits du programme de Sylvia Barthélémy - Municipales 2014

 

Extrait du programme de Gérard Gazay - Municipales 2014

A deux ans de la fin de leurs mandats respectifs, force est de constater que ces promesses n’ont absolument pas été mises en œuvre et pire, elles seront probablement remises au pot de la prochaine campagne pour les municipales de 2020.

La seule mesure tangible est l’installation par l’Agglo d’un box à vélos sécurisé à l’arrêt multimodal Agora aux Paluds.

La sécurité, pourtant une des compétences revendiquées par l’équipe municipale semble être complètement laissée de côté quand elle concerne les cyclistes. Les détails du baromètre de la FUB sur le sujet sont sans appel !

Il suffit d’ailleurs de quelques coups de pédale en ville et hors agglomération pour se rendre compte de cette insécurité prégnante : dépassement de cycliste effectué sans visibilité, non respect des distances de sécurité, franchissement des bordures centrales du boulevard de Verdun et circulation voie de gauche : le vélo gêne et les automobilistes s’autorisent cette conduite très dangereuse pour gagner quelques secondes.

Voitures quotidiennement garées sur les rares pistes et bandes cyclables au niveau du quartier Rousselot, “arrêt minute voire quart d’heure” sur la bande cyclable devant le collège Nathalie Sarraute, chaussée défoncée de nids de poules... La liste est trop longue !

Et pourtant, la solution vélo semble particulièrement adaptée à Aubagne. Les atouts d’Aubagne sont nombreux nous l’avons vu. La dette qui peut empêcher la réalisation des projets les plus dispendieux ne devrait pas être un frein pour le développement de la solution vélo, souvent peu onéreuse et nécessitant “seulement” beaucoup de volonté politique pour que ce mode de déplacement trouve toute sa place au même titre que les autres modes.
Si la gratuité des transports devait être remise en cause par la Métropole, le nouveau mode de déplacement gratuit est tout trouvé !

Par quoi commencer ?

Une mesure simple, efficace et quasiment gratuite serait de créer des double sens cyclables (DSC pour les intimes) dans toutes les rues à sens unique où la vitesse est suffisamment limitée. Cette mesure est d’ailleurs aujourd’hui imposée par la loi dans les zones et rues à 30 km/h, et c’est le fait de ne pas créer le DSC qui doit faire l’objet d’un arrêté.

L’idée est simple: autoriser les vélos à prendre le sens unique en sens contraire, évidemment en avertissant les automobilistes avec un panneau en entrée de rue et du marquage au sol.
Dans quel but ? gagner du temps, faire moins de distance ou permettre l’évitement d’une artère moins agréable pour le cycliste. Effet collatérale bénéfique : l’automobiliste est obligé de ralentir et de respecter la vitesse réduite, ce qui crée une ambiance plus sécurisée, sereine pour tous les usagers.

Autre mesure, à peine plus chère : créer du stationnement cyclable de qualité aux endroits stratégiques, équipements et lieux publics, au plus proche des portes d’entrées.
Tous les lieux accueillant des enfants (écoles, stades, gymnases, écoles de musique ...) doivent être équipés. Un enfant allant à une activité génère souvent 4 déplacements d’adulte en voiture, il est donc urgent de leur proposer des solutions à l’instar de ce qui se fait aux Pays-Bas où des véritables hordes de jeunes cyclistes se déplacent dans une liberté étonnante et enviable.

Un traitement particulier doit être réservé pour le pôle multimodal : des vélos de journaliers peuvent y passer la nuit, leur sécurité doit être garantie.

Comme nos enfants n’ont pas l’habitude de se déplacer à vélo, il deviendrait utile de développer des vélos-écoles. Les nombreux clubs sportifs ou les associations telle Action-Vélo pourraient apporter leur savoir faire en la matière. Une fois les bases acquises, pourquoi ne pas voir plus loin en démocratisant les déplacements des scolaires en vélo par exemple lorsqu’ils vont à la piscine ou à une exposition ? Cette mesure d’apprentissage n’est pas facultative : inculquons les bons comportements à nos enfants le plus tôt possible, ils deviendront des citoyens attentifs à ces questions.

Les mesures proposées jusqu’à présent sont peu onéreuses. La suite peut le devenir, même si tout est relatif comparé au coût des investissements pour refaire du bitume :
A un moment donné, il sera question des infrastructures dédiées. Sur certaines rues, un coup de peinture sera suffisant pour délimiter une bande cyclable. Il faudra une volonté à toute épreuve pour supprimer si besoin quelques places de stationnement, ou utiliser les dernières possibilités du code de la rue pour créer des voies partagées.

Il faudra compter sur les aides des collectivités compétentes pour envisager le niveau au-dessus : la création de pistes cyclables séparées des flux de voitures. Et pourquoi ne pas envisager la création du “must” de la piste cyclable : la voie express pour vélo, par exemple pour relier en quelques minutes (3 km en 12 minutes) le pôle d’échange à la zone des Paluds avec une passerelle dédiée pour traverser l’autoroute.

Une voie express à dimension métropolitaine qui permettrait de rejoindre Marseille depuis le nord de l’Agglo d’Aubagne serait une alternative aux bouchons sur l’A50. Grenoble, vient d’ouvrir à la circulation les premiers kilomètres de son réseau “ Chronovélo ”, sachons reprendre les bons exemples.

Une dernière mesure, à impact financier positif et ayant vocation d’exemple serait que le personnel politique local abandonne les courts déplacements en voiture, et se mette au vélo de fonction, pourquoi pas électrique.
Martine Vassal, présidente du Conseil départemental a récemment montré dans une vidéo qu’elle était capable de suivre les pros du « Tour de Provence », elle ne devrait avoir aucun problème à l’utiliser quotidiennement quand c’est possible évidemment.

Les agents et personnels des administrations aubagnaises pourraient être intéressés par la mise en place de l’indemnité kilométrique vélo (IKV) dont le but est simple : récompenser financièrement les personnes utilisant le vélo pour leurs trajets domicile - travail.

Conclusion ?

La route est longue et la pente forte, mais en changeant de braquet, en préférant les actes aux promesses politiciennes dopées à l’EPO, et en restant exigeant face aux politiques quels qu’ils soient, nous allons y arriver !
Nous n’avons d’ailleurs pas le choix, l’attractivité et le rayonnement de notre ville nous attendent à l’arrivée.

D’autres villes mal parties dans la course ont réussi en quelques années à renverser la vapeur, nous saurons le faire. 

Nicolas Mathian

 

Baromètre des villes cyclables de la FUB: https://www.parlons-velo.fr

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