Quartier d'Aubagne #4 - Le Charrel

 quartiers charrel

Camille, Joseph, Antoine, mon Aubagne à moi est assez différent du vôtre et tellement semblable. Petite balade dans le quartier du Charrel à Aubagne

C’est beau une ville la nuit, c’est chaud une ville le jour. Et c’est bien souvent en ces termes que l’on parle du Charrel. Pour quelle raisons ? Serait-ce à cause de la rénovation urbaine qui s’est achevée depuis quelques mois et qui a mis fin aux « passoires thermiques » des bâtiments ? Serait-ce à cause du tempérament latin de ses habitants ? Ca crie, ça court, ça joue, ça gesticule et parle fort... Serait-ce parce que tout le reste de la ville est devenue glacial, gelé dans son immobilisme pagnolesque ?

Mon Charrel à moi est la dernière roue de la charrette, un peu à la traîne. Coincé dans un vallon, presque en cul de sac comme toutes ces voies sans nom qui finissent en impasse. Car ici, on n'habite pas une rue mais un bâtiment. Le Charrel est une ville en soi qui a même l'immense privilège d'avoir son code postal "13400 Le Charrel". Un peu comme si le quartier était aubagnais sans le dire. Il est grand, mais pas tant que ça. Près de 2200 personnes y vivent mais presque tout le monde se connait. Pensé comme un ilôt par le grand urbaniste ou un petit ingénieur, on y trouve tout : des logements - bien sûr - des commerces, une maison de quartier dit Château blanc le bien nommé, un collège, une école, un bureau de poste, l'unique piscine d'Aubagne, un stade, un gymnase et n'en déplaise à mamie Rabelle, un tramway. Comme nous étions nombreux et assez mobiles, le projet est arrivé jusqu'à nous dès la première phase de mise en circulation. On y trouve même un journal de quartier « Salut le Charrel » qui vient de célébrer ses un an.

Mon Charrel à moi fait tellement "urbain" qu'il a droit pour lui tout seul à une politique dédiée : la Politique de la Ville. Quelques centaines de milliers d’euros pour ramener les indicateurs économiques et sociaux vers la moyenne communale. Mon Charrel est un quartier prioritaire, mais personne ne sait exactement à quel carrefour !

Les habitants ont tellement droit de cité qu'on leur demande régulièrement ce qu'ils pensent de leur cadre de vie. C'est une obligation de la Politique de la Ville… que de faire des habitants des sur-citoyens interrogés, diagnostiqués, questionnés en permanence. Comme si nos grands dirigeants et nos petits élus faisaient semblant de ne pas voir la fracture. Une banlieue est d’abord « mise au ban ». On la tient éloignée d’une considération qui lui est due au même titre que le citoyen lambda. Les quelques milliers d’euros qui y sont dépensés ne compensent pas ce qui naturellement devrait être fait sans budget complémentaire mais sur la base de ce qui se fait sur le reste de la commune. Par solidarité, certes, mais surtout parce que les problèmes sociaux s’y concentrent : près de 25 % des familles sont monoparentales, le taux de pauvreté dépasse les 30 %. La cité où vit 5 % de la population de la ville rassemble aussi plus de 11% des allocataires qui n’ont que les minimas sociaux pour vivre. Mais pas que… mon quartier du Charrel a un cœur qui commence à battre dès 5h du matin. La France qui se lève tôt est aussi ici. Et pour celles et ceux estimant qu’il y a trop d’aides pour ce territoire, ils sont les bienvenus il reste quelques logements libres…

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, le Karcher de Nicolas en a froissé plus d’un ! François n’a jamais trouvé les mots justes. Quant à Emmanuel, il ne sait même pas ce qu’est une cité. Les fainéants sont dans la rue, mais pas forcément dans les quartiers populaires. Pas plus que la Poste et ses préposés qui régulièrement supposent que les boîtes aux lettres leur sont interdites. Il n’est pas rare de trouver un bordereau de remise de colis non délivré au motif « insécurité » !? Faut-il une caméra de surveillance derrière chaque boîte aux lettres pour sécuriser les lieux ? De quel danger ? Marianne scotchée sur son timbre est impatiente de savoir pourquoi l’Egalité qu’elle clame à longueur de fronton est ainsi mise à mal. Et qu’on ne lui parle pas du trafic de drogue menaçant le chaland. Il existe bel et bien, sur des secteurs bien précis, pas pire qu’en centre-ville. Mais dans tous les cas, le business a horreur du grabuge et n’a rien à faire du facteur.

Mon Charrel à moi est rempli de bonnes intentions et de belles initiatives. Parce qu’ici comme ailleurs on ne résiste pas à l’appel de la nature toute proche. Depuis quelques temps, les locataires plantent et jardinent les quelques mètres carrés disponibles à l’entrée des bâtiments. Loin des interminables discours sur le lien social, les « gens » se sont entendus pour acheter plantes et végétaux. Le bailleur a quant à lui consenti à fournir l’eau pour l’arrosage. A l’origine, il n’y a aucun dossier de 30 pages pour financer un bac en bois. Juste des bonnes volontés, du bon sens, sur un terreau bien plus fertile qu'il n’y parait.

Ici comme plus loin, on aime les éclaircies, les matchs de foot France – Italie, la morue en accra et les pipes de chicha. On a le verbe haut des bas revenus. On vote plutôt l’insoumission. Mais la bascule vers un bleu très marine n’est jamais très loin. On a beau tourner le problème dans tous les sens, on ne se pose plus vraiment le sens de l’existence. Que le quartier soit traité pour ce qu’il est ne serait rien d’autre qu’une marque de respect.

José DA SILVA

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