La gratuité des transports collectifs : une question nationale

gratuite oui

La rencontre nationale pour la gratuité des transports publics s’est tenue à Grenoble les 14 et 15 Mai dernier. Aubagne y était représentée par Magali Giovannangeli et Antoine Di Caccio, élus largement impliqués dans la mise en place de la gratuité sur l’agglomération aubagnaise en 2012.

A l’origine de cette manifestation, on trouve les collectifs de : l’agglomération grenobloise, Fontaine, Saint-Martin d’Hères, Saint-Egrève, Alençon, Le Mans, Metz, Nancy, Rouen, Saint-Malo. A noter que certains territoires sont déjà (Grenoble le 1er janvier 2015) ou vont devenir (1er juillet 2016) des métropoles. Autre fait marquant, la présence de Tallinn, capitale de l’Estonie passée à la gratuité depuis 2013.

Pendant 2 jours, les débats ont été riches autour de présentations de cas concrets, d’études prospectives, et d’ateliers consacrés au financement, à la fin du « tout voiture », ainsi qu’à la finalisation d’une déclaration commune à l’ensemble des collectifs.

La gratuité, ça existe déjà et ça marche !

En France, ce sont près de 30 territoires qui ont fait le choix de la gratuité des transports en commun. Elle bénéficie aujourd'hui à  plus d’un 1,2 million d’usagers qui pratiquent une mobilité libre de tout ticket. En plus du droit au déplacement, qui compte aujourd’hui parmi les besoins primaires de l’humanité, cette politique des transports urbains étend la question à plusieurs problématiques. D’une part, elle généralise la solidarité aux revenus les plus modestes sans se limiter aux catégories sociales les plus précaires. Nombre de revenus modestes, hors des grilles d’aides publiques, profitent ainsi d’une mobilité urbaine libérant du pouvoir d’achat.

D’autre part, elle offre des solutions à un urbanisme incapable de contenir l’envolée des prix du foncier dans les grandes villes. Le phénomène bien connu désormais de l’extension des zones d’habitat à la grande périphérie constitue la « double peine » de milliers de foyers qui ne peuvent accéder à la propriété qu’au prix d’un éloignement de leur lieu de travail. La conséquence directe est là aussi un appauvrissement des ménages de classes moyennes, dont certains se mettent ainsi en grande difficulté financière.

Enfin, l’amélioration des taux de remplissage des bus et tramway permet d’améliorer le retour sur investissement réalisé en matière d’infrastructures de transport. De la même manière, l’amélioration de la qualité de l’air et la diminution de la pollution sont autant d’impacts indirects que les économistes commencent à peine à mesurer avec précision sur le plan de la santé publique. La diminution des particules fines liées au trafic automobile permettra à moyen terme de diminuer les coûts des soins de cancérologies.

Un choix éminemment politique

Les opposants à l’idée de la gratuité ne manquent pas d’arguments idéologiques à l’assise opérationnelle discutable. Ainsi, la gratuité serait un frein à la croissance, voire contre-productive au développement des territoires. Mais quelle entreprise participant au versement transport pourrait se plaindre d’une amélioration de la circulation et d'une amélioration de la fluidité des échanges ?

Le véritable souci est bien moins idéologique et technique que politique. Une trentaine de villes ont aujourd'hui fait le choix d’assumer pleinement le coût intégral des transports pour une meilleure qualité de vie de leurs concitoyens, et in fine une modernisation d’une ville plus humaine. Et les modes de financement de cette politique existent, bien au-delà de la taxe de versement transport, dès lors que l’on est prêt à y consacrer les sommes nécessaires. Parallèlement, la disparition de la billetterie et la réaffectation des contrôleurs à d’autres tâches permettent des économies conséquentes.

Sans compter que la gratuité des transports constitue une marche incontournable pour les acteurs publics afin de permettre l'accès aux différentes politiques qui sont de leur compétence : accès à l'emploi, à la culture, à la santé, aux services publics ou encore aux commerces qu'ils soient de centre-ville ou dans les zones d'activités à la périphérie. Ce n'est donc pas seulement un choix de solidarité tourné vers les plus démunis, mais un droit universel aux déplacements de proximité qui s'ouvre pour la totalité des usagers.

Aubagne a ouvert la voie, mais la vigilance est de mise.

En décembre 2014, la mission interministérielle pour le projet métropolitain portée par l’Etat afin de préparer la mise en place de la nouvelle institution et de ses principaux chantiers, publiait un livre blanc des transports métropolitains Aix-Marseille-Provence. De son propre aveu, le contexte n’ayant pas permis d’avancée politique sur ce sujet, « le choix a été fait de publier un « Livre blanc », dont le portage n’engage pas les institutions ayant contribué à son élaboration (p.5) ».

Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes à l’échelle de la métropole marseillaise : 6,5 millions de déplacements par jour, 70% concernent des trajets domicile – travail et pèsent pour 66% du budget voiture des ménages. Ces déplacements représentent également la principale source de pollution émise (66% des émissions de CO2).

Le seul point de vue technique ouvre peu de perspectives autres que les choix déjà opérés dans la ville centre depuis des années. Si le manque d’investissements est pointé du doigt, le document souligne également que les recettes tarifaires ne couvrent qu’une faible partie des dépenses d’exploitation. Premier incriminé, le poids important de la tarification sociale et des gratuités ! C’est faire abstraction que cette solidarité a minima, indéniablement nécessaire, n’a que peu d’incidences en matière de fréquentation des transports collectifs. Cela revient à opposer politique sociale et politique de transports. Enfin, cette logique élude totalement les gains économiques, sociaux et environnementaux d’une gratuité totale.

Devant un parti pris technique qui efface le rôle des élus et la capacité de l’opinion publique à prendre part au débat, le collectif pour la gratuité en Pays d’Aubagne et de l’Etoile continue à veiller à la défense d’un acquis dont la population ne saurait se passer maintenant. La question s'est ici largement appuyée sur des valeurs piliers des Droits de l'Homme, et de la République : la Liberté et l'Egalité.

De Cadolive à Cuges les Pins, entre Garlaban et Sainte-Baume, simple question de bon sens, de cohésion territoriale et de modernité.

José Da Silva

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