La Gratuité c’est dangereux !

Si vous êtes un spectateur fidèle des séances du conseil municipal aubagnais et si vous ne goûtez que modérément les interventions affligeantes de certains élus de la nouvelle majorité, vous devez attendre comme moi avec impatience celles de M. Bruno Foti, adjoint à l’éducation, avec l’espoir que son statut d’enseignant-chercheur à l’Université d’Aix-Marseille lui permette de remonter le niveau !

Lors du conseil du 2 décembre, nous avons été gâtés, l’universitaire a présenté plusieurs délibérations dont celle fixant à 1,7% l’augmentation des tarifs des activités d’éducation et de restauration. Et le niveau s’est en effet élevé de plusieurs crans quand l’adjoint au maire s’est risqué à assortir ses propos d’une citation de haute volée (car Monsieur a des lettres !) : « La Gratuité c’est dangereux ! »[1].

Cette sentence imparable venait en réponse à une intervention de Denis Grandjean, élu d’opposition, qui pointait le fait que rendre payantes les activités péri éducatives du vendredi après-midi c’était rompre la gratuité de l’école publique instaurée en 1881 par les lois Ferry (Jules pas Luc !). Faut-il alors déduire de la réponse de M. Foti que celui-ci considère l’école publique gratuite comme dangereuse ? Etrange point de vue pour un universitaire du XXIème siècle…

Mais l’idée n’est pas nouvelle. Voilà ce que disait, en 1880, Monseigneur Freppel, évêque et député d’Angers, lors des débats sur les lois Ferry à l’Assemblée Nationale : « Les hommes n’apprécient guère ce qu’ils ne paient pas ; ils cesseront d’avoir de l’intérêt pour une instruction donnée à leurs enfants sans sacrifice pécuniaire de leur part ».
Plus de 130 ans plus tard, l’Histoire a tranché : l’attachement, jamais démenti, du peuple français à l’école publique gratuite, laïque et obligatoire a démontré combien ce point de vue était erroné.

Monseigneur Freppel disait aussi : « … Ne craignez-vous pas, qu’après avoir réclamé pour les enfants le droit de recevoir gratuitement le pain de l’intelligence, on ne finisse par réclamer pour eux, le pain du corps, qui, après tout, ne leur est pas moins nécessaire ».

Et là, Monseigneur avait raison ! C’est bien de ça qu’il devrait s’agir aujourd’hui. De l’extension de la gratuité, non de son recul ! De son extension à tout ce qui est indispensable à la vie des humains en société : l’eau, la santé, les transports en commun, la restauration scolaire, les services culturels, le logement social…

« Une gratuité construite » comme dit Paul Ariès, « économiquement, politiquement, socialement, culturellement construite» car rendre gratuit un service, ce n’est pas nier son coût, mais seulement se débarrasser de son prix. Et l’on sait dans le pays d’Aubagne que ce type de construction est possible, l’Agglo l’a démontré en 2009 lorsqu’elle a rendu les bus gratuits.

Cela voudrait-il dire que la gratuité peut devenir une arme redoutable pour transformer notre société fondée sur le profit ?

En effet.

C’est pourquoi elle fait si peur aux conservateurs.

Et ce depuis plus de 130 ans… de Mgr Freppel à M. Foti.

Olivier Bosch

 

[1] Si le haut niveau de cette maxime ne fait aucun doute, son origine reste néanmoins sujette à caution. Est-elle tirée d’un livre de Daniel Picouly comme annoncé ou des « Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio ?

Compte rendu alternatif du Conseil municipal

EN DIRECT DU CONSEIL MUNICIPAL - Séance du 2 décembre 2014

 

L’heure étant à l’austérité, je me contenterai d’un seul papier pour vous conter cette séance du mardi 2 décembre. Et laissant le soin de l’analyse de fond à d’autres camarades bien plus qualifiés que moi, je ne résiste pas à la facilité de vous proposer un nouveau « casting » et un verbatim (avec les vraies phrases des vrais élus).

 

LE CASTING

  • Gérard Gazay :

Très inspiré dans son interprétation d’Ubu Roi (sans l’humour de Jarry…), il a présidé la séance au gré de ses humeurs. Et visiblement, la cyclothymie le guette. Tour à tour agressif puis mielleux, excité puis somnolant, démonstratif puis lénifiant, il semble toujours aussi peu à l’aise dans sa fonction de Maire. Il a tendance à « surjouer » le personnage comme s’il n’arrivait pas à l’habiter. Notons un progrès cependant : il a laissé les rapporteurs présenter leurs délibérations (cf. notre chronique du 26 septembre). Peut-être un lecteur attentif de Mèfi ?

  • Sylvia Barthélémy :

Une suggestion au responsable du Protocole municipal, le distingué Philippe Mémoli* : Installez Madame Barthélémy sur une mezzanine ou sur un fauteuil d’arbitre (style tennis). Elle ne semble pas avoir compris qu’elle était Conseillère Municipale de la Majorité. Est-ce parce qu’elle n’est pas associée au fonctionnement de la Ville ? Ou parce que ses relations avec M. Gazay sont glaciales ? Ou peut-être tout simplement le spleen d’une 3ème défaite municipale en qualité de tête de liste ? Toujours est-il que Mme Barthélémy commente, juge, distribue les bons et les mauvais points en toute extériorité… et dans le vide.
(*Je vous conseille son site internet, cela donne une idée du personnage.)

  • Alain Rousset :

En voilà un pour qui le Conseil Municipal se joue davantage avec les yeux qu’avec les mots. D’une discrétion absolue (ses prises de paroles sont rares… et laborieuses), il scrute les faits et gestes de la salle, à l’affut de la possible compromission d’un employé municipal ou d’un représentant associatif avec les «socialo-communistes». Son regard panoramique nous offre à imaginer ce que sera Aubagne lorsque les caméras de vidéosurveillance seront installées.

  • Joelle Melin :

Obsédée par la tutelle budgétaire, qui tend à remplacer la peur de l’immigré dans les propos de l’élue FN, elle a voté la quasi-totalité des délibérations avec la droite locale. Ah si, quand même, une saillie contre le prochain concert de l’Orchestre National de Barbes organisé par la MJC. Pour le reste, le discours «décomplexé» de M. Gazay et de ses affidés est tellement proche des «standards» du Front National, que Mme Melin semble avoir du mal à se positionner. Pas vraiment dans l’opposition, pas tout à fait dans la Majorité.

  • Gérard Rampal :

Absent du Conseil Municipal, l’élu socialiste a donné procuration au représentant du MODEM Jean-Marie Orihuel. Elle doit être sympa l’ambiance à la section locale du PS….

  • Giovanni Schipani :

Le jeune (ou présumé tel) élu UMP est visiblement très heureux de siéger en Conseil Municipal. Clins d’œil permanents à ses amis dans la salle, intervention qui se veut cinglante à l’égard de l’ancien Maire, il pratique la politique comme on pouvait l’imaginer dans sa version caricaturale il y a cinquante ans. « Qu’on ait 20 ans, qu’on soit grand-père, quand on est c… »

  • Vincent Rusconi :

Il ne peut pas s’en empêcher… Vertement repris par la Directrice de cabinet après ses écarts lors du dernier Conseil municipal, il a joué la sobriété dans son intervention préliminaire en présentant la convention entre la Police Municipale et la Police Nationale. Et puis voilà que, sans prévenir, il dérape de nouveau, en indiquant qu’il avait eu accès à des mails de la Police Nationale critiques à l’égard de l’ancienne majorité municipale. On savait que M. Rusconi aimait bien jouer le rôle de sheriff, on ignorait qu’il s’essayait à celui d’agent secret…

  • La Direction Générale :

Nouveauté dans l’organisation du Conseil Municipal, la Direction générale de la Ville est désormais tenue d’assister au grand complet et derrière les élus aux séances dudit conseil. Les mines tristes et les regards absents de mes anciens collègues ne trahissent pas un enthousiasme débordant pour ce privilège…

  • Laurent Colombani :

La bonne surprise de la soirée ! Inconnu au bataillon (pour moi en tout cas), il a présenté avec pédagogie et sans outrance une délibération relative à l’aménagement du territoire. Souhaitons que ce compliment dans Mèfi ne le conduise pas à être convoqué dans le bureau du Premier adjoint pour intelligence avec l’ennemi…

  • Léo Mournaud :

Pas chanceux Léo ! La Ligue de Football prend un malin plaisir à fixer les matches de l’OM les soirs de Conseil Municipal. De fait, il a rarement décroché ses yeux de son Smartphone. Circonstances atténuantes, même lorsqu’il n’y a pas de foot, Léo Mournaud ne semble pas concerné par les débats…

  • Les Commerçants :

Un «esprit boutiquier» planait autour de ce Conseil Municipal. Imaginez Mmes Pellen, Rampal, Pretot philosophant sur le devenir du centre ville à partir des prismes respectifs de leurs commerces et de leurs chiffres d’affaires. Quelque chose a changé à Aubagne. Et ça fait un peu froid dans le dos….

  • Albert Novarino-Villecroze :

Un témoin digne de confiance m’a indiqué que le numéro 2 du FN local avait répondu à l’appel de son nom lors de l’ouverture de la séance. Il n’est donc ni fantôme ni momie. Dans un monde parallèle peut-être ?

 

LES MOTS POUR LE DIRE

  • Jeanine Levasseur, à propos de la vente d’une partie du patrimoine immobilier de la Ville à des opérateurs privés : « On vend à des gens qu’on a eu l’occasion de faire travailler ». C’est censé nous rassurer ?
  • Jeanine Levasseur toujours, répondant à une intervention de Stéphanie Harkane : « Vous êtes une ancienne élue… ». Quelqu’un peut-il expliquer à Mme Levasseur qu’en démocratie, le fait d’être dans l’opposition n’empêche pas d’être élu(e).
  • Gérard Gazay au moment du décompte des voix de la délibération 5 : « Mon compte est bon ! ». Pas tout à fait, mais on y travaille…
  • Gérard Gazay justifiant le recrutement de M. Raffin comme Directeur Général des Services : « le précédent DGS n’a pas souhaité rester ». Je confirme Gérard, je confirme…
  • Sylvia Barthélémy, participant au débat sur la décision budgétaire modificative : « Si je comprends bien, en six mois tout s’est effondré ? » Il n’est donc pas interdit à Mme Barthélémy de bien comprendre….
  • Gérard Gazay à Joelle Melin : « Vous avez des représentants dans votre Groupe, ils peuvent participer aux Commissions ». Pas sympa de se moquer de M. Novarino-Villecroze…
  • Gérard Gazay à propos de la baisse de subvention au CCAS : « Je félicite la directrice du CCAS pour avoir économisé 75.000€ ». Pas sûr que les ménages aux ressources modestes, auxquels cet argent public est destiné, s’en félicitent aussi…
  • Gérard Gazay toujours sur le même sujet : « Les 75.000€ de baisse du CCAS ne signifient pas que nous diminuons nos action à l’encontre des personnes défavorisées ». A ce stade là, ce n’est même plus du lapsus révélateur…
  • Joelle Melin à Gérard Gazay : « Le mépris ne remplace pas l’autorité ». Et au FN, l’autorité on connaît…
  • Philippe Amy lors de son intervention sur une délibération relative à des évènements culturels : « Moi, je suis un élu satisfait ». On est content pour lui ! Les acteurs culturels d’Aubagne eux, sont au mieux angoissés, au pire désespérés….

 

David Jame



L’Arc-en-Ciel se transforme en Aubagne à Venir

Chez ceux qui ont participé à la campagne municipale 2014 la volonté est toujours forte de continuer à faire vivre le large rassemblement citoyen, politique né à cette occasion. L’assemblée générale des forces de l’arc-en-ciel qui s’est tenue, samedi 8 novembre, a donc décidé la création d’une association politique et citoyenne d'opposition "Aubagne à Venir".

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Ben Ladett sort comme un Polichinelle de sa boite

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