Au service de Tapie et de Gazay

 

Certes, on n'avait pas gardé un souvenir impérissable de son premier passage, lorsqu'il se disait socialiste, voici quelques années, à la direction de l'agence d'Aubagne et La Provence avait déjà affiché ses préférences lors de la campagne des municipales.

Certes, on savait qu'Eric Espanet ne figurait pas parmi les journalistes du quotidien qui ont refusé l'orientation libérale et la soumission professionnelle imposées par Bernard Tapie et préféré partir plutôt que de s'humilier au service d'un marchand de soupe. Mais, avouons-le, on ne s'attendait quand même pas à ce que son retour à la tête de la rédaction locale coïncide avec un alignement aussi spectaculaire sur la nouvelle municipalité UMP !

Effet du zèle militant propre aux néoconvertis ou volonté d'être apprécié des nouveaux maîtres de l'Hôtel de Ville ? Les deux sans doute, mais pas seulement. A peine avait-il signé son premier billet sous le titre "Ruptures", début juin, que nous étions  prévenus : Espanet n'a pas été choisi au hasard par ses patrons. Honte aux Aubagnais qui ne se couchent pas devant le tandem Gazay-Barthélémy ! Et de pointer courageusement les agents municipaux et communautaires "dogmatiques", sommés d'en finir avec "d'ancestrales pratiques" (lesquelles?) héritées des années de joug communiste. Aubagne martyrisée, mais Aubagne libéréeeee !

Ce serait risible si cette jubilation malsaine devant la défaite de la moitié de la population aubagnaise n'accompagnait les mises à l'écart dans les services municipaux où la presse "mal-pensante" (Libé et L'Huma) a disparu au profit du Figaro des droites et du MEDEF. Sans oublier les mesures de rétorsion à l’encontre du confrère La Marseillaise !

Ce serait acceptable du strict point de vue de la liberté du journaliste, si Espanet n'y ajoutait pas une caricature quotidienne des opinions contraires et un commentaire ému et enthousiaste sur la moindre décision de l'équipe UMP. Tout est bon pour convaincre les lecteurs de La Provence des bienfaits du changement : des contorsions douloureuses pour préparer le virage en cours de Barthélémy sur le dossier des Gargues ou celui de Gazay sur la métropole, à la flagornerie grotesque pour justifier la création du poste de "chef du protocole", cire-pompe officiel de monsieur le maire...

Espanet lui consacre une page, à l'occasion du 14 juillet, fête du refus des servitudes !

Mais c'est sans doute normal pour un journaliste domestique...

Dominique Palmi