Le non grec un espoir pour une Europe enfin solidaire ?

Dimanche 5 juillet, 61,3% des électeurs Grecs ont dit OXI (Non) à l’austérité. Un Non, avec 22 points d’avance sur le oui, net et sans appel. Un résultat d’autant plus exceptionnel après une semaine de fermeture des banques, un matraquage pro-oui en continu des médias institutionnels, de la technocratie européenne, du patronat, du PS et de la droite grecque…

Un Non qui ressemble aussi à un appel au secours d’un peuple qui vit dans sa chair l’austérité depuis 2008 : doublement de la pauvreté en 5 ans, hausse de presque 50 % de la mortalité infantile, un tiers des entreprises fermées, un million d’emplois détruits…

Alexis Tsipras, le jeune Premier ministre de Gauche radicale, élu en janvier de cette année, déclarait vendredi à deux jours du scrutin, lors d’une manifestation monstre dans les rues d’Athènes : « Nous célébrons aujourd'hui la victoire de la démocratie. Nous sommes déjà victorieux, quelle que soit l'issue du scrutin de dimanche, car la Grèce a envoyé un message de dignité, un message de fierté ». Il a également présenté l'enjeu du scrutin de dimanche : « Nous ne laisserons pas l'Europe entre les mains de ceux qui souhaitent soustraire l'Europe à sa tradition démocratique, à ses conquêtes démocratiques, à ses principes fondateurs, aux principes de démocratie, de solidarité et de respect mutuel. »

Dans une allocution télévisée dimanche soir, le Premier ministre donnait un sens à cette victoire politique : « le non au référendum en Grèce ne signifie pas une rupture avec l'Europe mais le renforcement de notre pouvoir de négociation avec les créanciers ». Il a redit que son gouvernement était « prêt à reprendre la négociation avec un plan de réformes crédibles et socialement justes » et que « cette fois la question de la dette (publique) sera sur la table ».

La balle est donc aujourd’hui dans le camp des chefs de gouvernements et des dirigeants de l’Union Européenne. Choisiront-ils la voie de la solidarité européenne et d’une autre politique économique ou s’enfermeront-ils dans cette logique austéritaire qui tue à petit feu l’économie européenne au seul profit des banksters et des actionnaires des multinationales.

Depuis dimanche soir, le gouvernement grec n’est plus seul à se battre contre cette politique, il a avec lui son peuple et une bonne partie de l’opinion publique européenne. Depuis Athènes un vent nouveau s’est mis à souffler sur l’Europe, un vent du sud qui peut redonner confiance en une construction Européenne qui redeviendrait démocratique, respectueuse des choix des peuples et de leurs besoins. Un Non qui peut se transformer en Oui à une Europe des solidarités.

Cette semaine s’annonce donc décisive pour notre continent. Serons-nous solidaires comme l’Europe le fut en 1953 en allégeant d’un trait de plume 50% de la dette allemande ? Ou basculerons-nous définitivement du côté du règne des comptables façon Merkel, Moscovici ou Gazay ?

Gabi Monnier