Le budget 2015 de la Ville d’Aubagne ou les ravages d’une idéologie indigente (partie 2)


D'où vient la logique austéritaire qui anime Gérard Gazay et la majorité UMP-UDI du Conseil municipal d'Aubagne, en quoi cette politique est inefficace qu'elle soit conduite par Gérard Gazay ou Manuel Valls. Conseil municipal : deuxième partie.

 

Depuis de nombreuses années, les budgets des collectivités territoriales sont confrontés à la baisse des dotations d’Etat sous prétexte de réduction des déficits publics. Dès 1996, Jean Arthuis, ministre de l’économie et des finances du gouvernement Juppé, appelait les collectivités locales à participer à "l’effort de redressement" des finances publiques.

Lors de la crise financière de 2008, l’idéologie libérale a réussi le tour de force de dédouaner le système financier international et les banques en faisant porter la responsabilité de la crise sur la dette publique, source de tous les maux selon les idéologues ultralibéraux.

Lors de l’adoption du budget 2011 de la Ville d’Aubagne, la majorité précédente dénonçait « un retour à l’équilibre des finances publiques que l’on fait payer exclusivement aux salariés du public et du privé, aux collectivités et aux services publics qui ne sont en rien responsables de la crise financière de 2008. »

En 2012, le rapporteur du budget communal disait à propos de la loi de finances : « elle est dans la droite ligne des précédentes : elle vise à contraindre les Collectivités Locales à réduire leurs moyens au détriment des usagers, des services publics et de l’activité économique qu’elles génèrent à travers leurs investissements. »

De 2008 à 2012, alors que Nicolas Sarkozy était Président de la République, M. Gazay, quant à lui, n’a jamais dénoncé les baisses de dotation que subissaient les collectivités. Il a même défendu, en bon petit soldat, la suppression de la Taxe Professionnelle dont on mesure aujourd’hui les ravages sur l’investissement local et, par contrecoup, sur l’emploi dans les territoires : l’emploi que cette prétendue réforme était censée protéger car elle allait, disait-il, freiner les délocalisations !

En 2014 et 2015, les paroles (des représentants locaux de la droite) ont changé mais la musique est restée la même. Les paroles ont changé car M. Sarkozy n’étant plus président, la majorité UMP de la ville s’élève aujourd’hui contre la baisse historique des dotations d’État imposée par le gouvernement Hollande-Valls. Mais ce n’est que de l’opportunisme politique de façade, car la musique libérale est restée la même. Je cite le document de présentation du budget 2015 à propos de la loi de finances : « Pour les collectivités locales, cette loi comporte des mesures visant à les associer à l’effort de redressement des comptes publics et de diminution des déficits. (…) Nous serons attentifs à ces évolutions imposées par les réformes nationales. »

On a connu les représentants de la droite aubagnaise plus véhéments ! Mais comment pourraient-ils dénoncer de manière crédible l’austérité imposée par l’État sous prétexte de diminution des déficits, eux qui la justifient et la revendiquent pour Aubagne en répétant depuis des années : il faut diminuer la dette ! la dette ! la dette !

Diminuer la dette ? Réduire les déficits publics ? Mais alors, Gazay-Valls même combat ? La question mérite d’être posée…

 

Un leitmotiv dogmatique

Diminuer la dette à tout prix quelles qu’en soient les conséquences pour Aubagne et ses habitant-e-s : voilà le leitmotiv dogmatique qui a présidé à l’élaboration du budget 2015.

Cette idéologie qui se prétend animée par le simple « bon sens », celui de la gestion en « bon père de famille », repose sur des messages se parant des vertus de l’évidence ou sur des contre-vérités, j’en ai recensé quelques uns et quelques unes :

  • Dans le budget de fonctionnement, il y a beaucoup de dépenses inutiles (les fameuses charges !), on peut donc les réduire à volonté sans dommages.

C’est faux ! Et c’est faire injure au service public et à ses agents que d’entonner le refrain populiste qui ne voit que gaspillage dans les dépenses publiques. Réduire les dépenses de fonctionnement de la Ville c’est, pour l’essentiel, réduire les services qu’elle rend à tous.

En deux ans, le budget consacré à l’entretien des terrains, des bâtiments, des voies et réseaux, et du matériel roulant a diminué de près de 40% ; les fournitures de petits équipements nécessaires au travail des services de 60% ; les fournitures administratives ont été quasiment divisées par 2 ; la formation du personnel a perdu 40%.

En 2015, la dotation pour les fournitures scolaires diminuera de 10%, celle pour l’achat de livres et de disques à la Médiathèque a été divisée par 2 en 2 ans, le budget pour les transports collectifs (écoles) a été amputé d’un tiers.

La conséquence de la baisse de ces dépenses, ce sont aussi les activités périscolaires du vendredi rendues payantes, les tarifs et l’organisation de la restauration scolaire (voir ici) modifiés contre l’intérêt des familles, les budgets et les missions des services travaillant pour le vivre ensemble (maisons de quartier, prévention) mis à mal…

Et il faudrait voir dans tout ça une victoire contre le gaspillage ?

  • Les subventions aux associations sont maintenues.

C’est faux ! De quel maintien parle-t-on quand l’année dernière, la plupart de ces subventions ont été amputées de 20% ? Ce qui est maintenu, c’est l’austérité ! Pour la MJC, elle s’aggrave même avec une diminution de près de 70.000 euros par rapport à 2014 : une paille…

  • Réduire la dette de 5 millions d’euros, ça n’a que des effets positifs.

C’est faux ! Si cette réduction permet une diminution des charges financières d’environ 150.000 à 200.000 euros, mesurons l’impact négatif qu’elle a sur la ville. Pour atteindre un tel objectif, il a fallu ramener l’investissement à un niveau indigent : 3M€. Par comparaison, en 2013, la réduction de la dette n’était certes que de 2M€ mais les investissements nouveaux s’élevaient à 8,3 M€, permettant à la fois d’accroitre le patrimoine de la Ville, de maintenir celui existant et de soutenir l’activité économique du territoire. Rien de tout cela, ne sera possible en 2015.

  • L’investissement de la ville est faible en 2015 mais c’est normal en début de mandat.

C’est faux ! Lors du mandat précédent (il suffit de se reporter à la page 28 du document transmis lors du budget 2013 pour le vérifier), les investissements nouveaux se sont élevés à 9M€ en moyenne chaque année. En 2008, pour la 1ère année du mandat, ils étaient de 7,6 M€ soit 1M€ de plus que pour les années 2014 et 2015 réunies !

  • L’entretien du patrimoine de la Ville est assuré.

C’est faux ! Et c’est la note de présentation du budget 2015 qui le démontre : 166.000€ seulement pour toutes les écoles et crèches de la ville, 46.000€ ( !) pour les équipements sportifs et culturels, 120.000€ pour la propreté, la voirie et les espaces verts… Avec des sommes pareilles, le patrimoine aubagnais est en danger !

  • Les engagements pris devant la population sont tenus.

C’est faux ! La baisse promise des impôts (15%) a commencé par une augmentation de 1,8% par rapport à 2013, comme les Aubagnais pourront le constater sur leur avis d’imposition.

Quant à celles et ceux qui ont cru aux promesses mirobolantes faites pendant la campagne : construction d’un zénith, d’un complexe sportif, d’une médiathèque, d’un musée… Ils et elles devront se contenter en 2015 d’une étude de 50.000 euros portant sur les travaux d’embellissement du cours Foch.

  • Réaliser 2,4 million d'Euros de cessions immobilières pour équilibrer le budget, rien de plus normal.

C’est faux ! Presque autant de cessions immobilières que d’investissements nouveaux, nul doute que cela doit constituer un record historique en France.

Quand la note de présentation nous apprend que cette somme importante doit provenir de la vente de terrains communaux, on est surpris et on s’interroge : de quels terrains peut-il s’agir ? Pour quels projets ?

Mais quand la note précise que ces terrains ont été recensés par l’Agame (en fait il s’agit de l’AGAM : Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise), on s’interroge un peu plus ou plutôt on a peur de trop bien comprendre… La présidente de cette agence n’est autre que Mme Caradec, adjointe au maire de Marseille en charge de l’urbanisme et du projet métropolitain. Vous avez bien lu : projet MÉTROPOLITAIN. Si la comptable en chef aubagnaise ne sait pas orthographier correctement le nom de cette agence, nul doute qu’elle va apprendre rapidement à le faire car la Métropole ne tardera pas à poser sa grosse main sur notre territoire… M. Gazay a déjà ouvert la porte.

Lors de son intervention, Denis Grandjean, co-président du groupe « Aubagne alternative citoyenne et écologique » résumait ainsi la situation : « En réalité, ce budget est celui de l'appauvrissement de la démocratie locale, de l'appauvrissement des Aubagnais qui devront payer plus pour avoir moins de qualité de service public, de l'appauvrissement de notre ville dont on vend le patrimoine sans en construire et en faisant si peu d'entretien, de l'appauvrissement de notre économie locale dont les entreprises ne pourront pas compter sur les investissements locaux. »

Je conclurai à mon tour en rajoutant que ce budget 2015, en faisant primer la logique comptable sur les besoins humains, menace le vivre ensemble dans notre ville, et ce au moment où il est déjà bien fragile dans le pays.

Il faudra être nombreux et rassemblés, ici et ailleurs, pour inverser cette logique mortifère.

Olivier Bosch

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