L’ère du Vide

Dans l’atmosphère tristounette de la vie politique aubagnaise, certains moments peuvent encore éveiller la curiosité et l’intérêt d’un citoyen engagé. C’est ainsi qu'avec une certaine impatience, j’attendais ce temps de rencontre organisé par la nouvelle équipe municipale en direction des habitants du Charrel dont l'objectif annoncé était la présentation des nouvelles dispositions du Contrat de Ville.

Non pas que le sujet soit très enthousiasmant ni même innovant (il s’agit là d’un énième dispositif mis en œuvre par l’Etat et les collectivités locales pour tenter de réduire les inégalités territoriales) mais le fait que des représentants de la Droite municipale se confrontent au quotidien des habitants d’une cité populaire est suffisamment rare pour ne pas rater cette rencontre.

Me voilà donc en route vers la Maison de Quartier du Charrel, impatient de connaître les orientations de l’Equipe Gazay qui, depuis sa mise en place, considère ce quartier avec un dédain mâtiné de mépris (lire et relire à ce sujet l’excellent article de notre ami José Da Silva, « Le Maire qui n’aimait pas le Charrel »).

Disons-le tout de suite, la curiosité et l’impatience ont rapidement laissé place à la colère face à l’affligeant spectacle proposé ce soir là. Evidemment le nouveau Maire n’a pas daigné honorer de sa présence ce rendez-vous citoyen. Lui qui est si prompt à se ruer sur le moindre loto organisé à Beaudinard doit considérer que le devenir des 6.000 habitants du Charrel ne justifie pas sa noble présence. La petite trentaine de participants s'est donc contentée de la présence de messieurs Schipani et Rusconi, seconds couteaux bien peu affutés, cravatés de frais dans des costumes bien repassés mais qui semblaient aussi étrangers à leur environnement qu’un Léo Mournaud s’essayant à la danse sur glace.

Très vite, cette réunion de travail, censée présenter le futur Contrat de Ville, s'est transformée en ersatz de Conseil de Quartier. Les habitants, légitimement curieux de rencontrer des élus de la nouvelle majorité municipale, ont fait part de leurs préoccupations en sollicitant, en retour, des réponses. Pendant que les cadres municipaux, très représentés dans l’assistance, tachaient sans grande conviction de recentrer le débat, les deux adjoints au Maire sont restés spectateurs, comme étrangers aux échanges qui se développaient. Interpellés sur les orientations municipales pour le quartier du Charrel, les deux compères de l’UMP se sont contentés de balbutiements pour finalement avouer : « Nous n’avons pas d’orientations à vous donner… ». Puis, comprenant que l’argumentaire était un peu court, ils se sont laisser aller à un prévisible mais néanmoins pathétique exercice de démagogie, le premier (Schipani) déclarant qu’il « habitait le Charrel » (ah bon ?) et qu’il « prenait le tramway » et le second (Rusconi) promettant de régler personnellement (avec ses petits bras musclés ?) les problèmes de délinquance sur le quartier.

En guise d’orientations politiques, le contenu est court. En termes de pratiques citoyennes, il est malheureusement édifiant !

Il a parfois été reproché à l’ancienne équipe municipale de trop en faire en matière de démocratie participative : des forums locaux, des conseils de quartiers, des groupes de travail citoyens, des ateliers de veille civique et même une direction administrative en charge de la Citoyenneté. A cette recherche permanente et parfois brouillonne a succédé une nouvelle pratique politique qui fait froid dans le dos : L’ère du vide.

 

David Jame