Municipales : entretien avec Magali Giovannangeli, Aubagne La Commune


entretien avec magali giovannangeli

A l'occasion des futures élections municipales, la rédaction de Mèfi a décidé de rencontrer les principaux acteurs de la vie politique locale. Nous sommes allés interviewer Magali Giovannangeli pour nos lecteurs.

De toute évidence, Magali Giovannangeli est la même personne en privé qu’en public. Donc pas contradictoires mais bien complémentaires : elle est d’une part très réservée, créative, optimiste et courageuse. Et d’autre part, extravertie, souriante, compréhensive et libre.

Mèfi : En ce début de campagne ou les partis politiques essayent de marquer leur territoire, les contenus passent aux oubliettes. Vous avez toujours défendu l’égalité des droits : logement, emploi, participation à la société civile, et le partage comme contre pouvoir aux ultra-riches. On pourrait considérer ça comme un début de programme…

Magali Giovannangeli : Macron et ses fans prennent soin des nantis et des ultra riches. Mon camp, c’est tous les autres.
Ces arrogants ont piétiné cinquante ans de progrès social. Les pires des défauts pour moi, ce sont le mépris et la suffisance. Et on les voit parfaitement illustrés par l’équipe municipale. Ceux-là même qui organisent la destruction du Service Public Territorial. C’est pourtant un garant du lien social, un moteur d’égalité et de facilitation, de résolution de problèmes.
A chacun selon ses besoins, pas ses moyens ! Le Service Public n’est pas conçu pour faire des profits. La gratuité des besoins primaires me semble très importante. Comme les transports, les cantines dans les écoles, les funérailles…
Malgré les compétences générales de la Métropole, il existe un espace politique avec un pouvoir local pour les villes. Le maire est Président du conseil de surveillance de l’hôpital. Malgré la Métropole, il peut intervenir sur la santé comme sur d’autres sujets dont la responsabilité a été confiée à la Métropole.

Etre élue d’opposition après avoir été présidente du territoire d’Aubagne et de l’Etoile, cela n’a pas été difficile pour vous ?

Une expérience difficile, car je travaille à temps plein, mais en fait enrichissante politiquement. Elle a transformé mon regard. Les associations, les collectifs, les citoyens engagés ont su créer des choses nouvelles, investir des espaces nouveaux et politiques autour de l’éducation, l’agriculture, la culture…
Rien ne pourra se faire sans les associations, les gens engagés, en complémentarité avec les services publics.
Faire la ville ensemble, sans clinquant, veiller à un travail d’entretien, pour une ville agréable à vivre, sans laisser se détériorer les bâtiments. Restaurer les lieux laissés à l’abandon.
En ce moment, les jardins partagés, les hôtels à insectes sont des éléments d’une ville hospitalière… Et bien d’autres choses encore, dont les gens sont porteurs.
Être Maire selon moi, c’est changer la vie des gens, avec eux !

Qu’elle est votre ambition pour Aubagne ?

Qu’elle devienne une ville coopérative, vivante, ouverte à tous. Une vraie belle qualité de vie pour chacun, en fonction de ses besoins, pour les enfants et les adultes.
Les valeurs de gauche, ces trucs devenus mystérieux par la force des hypocrites et des manipulateurs mais qui sont parfaitement l’antithèse des Barthélémy, Gazay, Melin et d’autres encore. Ceux qui croient que tout est pareil, que rien n’est possible.
La gauche, c’est la révolution française. Le rôle d’un élu, c’est moins de représenter que de travailler avec la plupart des gens pour que la ville progresse avec la responsabilité de tous. Je n’ai jamais été le porte-parole de qui que ce soit.
Je réfléchis avec les autres, je suis sensible aux arguments, mais je ne fais que ce que je crois être bon pour l’intérêt général, celui du vivant, celui qui ouvre de nouveaux droits et de nouvelles libertés. Ce qui me pousse à me battre ce sont les situations injustes, inégalitaires dans le corps social. Le patriarcat qui ne donne pas aux femmes une parole à valeur égale, pourtant nous sommes plus nombreuses… Nous pouvons y arriver.

Vous êtes une féministe engagée ou enragée ?

Un peu facile comme formule, non ? Je suis une résistante aux inégalités. Une fervente du vivre ensemble grâce à tous les moyens possibles de libération et de réflexion. Éducation populaire, culture, arts vivants, alternatives… Il faut compter avec et sur les femmes ! Sur leur courage, leur sens de la vie. J’ai confiance en elles, en leur capacité à penser et à faire de grandes choses.
Je suis une enseignante, prof d’Espagnol, une mère et une fille. Une pédagogue, et une pédagogue se doit d’être à l’écoute. J’ai la chance d’être en prise directe avec la jeune génération. Elle est pleine de surprises, de nouveaux mots et de nouvelles idées. On peut vraiment échanger des savoirs différents. Ils sont drôles, même si le cadre du collège ne les protège pas assez de la violence.
Mes enfants sont maintenant des adultes. Ma principale préoccupation… qu’ils soient heureux.

Vous avez toujours porté un fort intérêt aux échanges internationaux, à la culture. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Mon grand-père a été résistant. Mon pire cauchemar, c’est l’oppression et l’hostilité.
Je suis amoureuse de l’Amérique hispanique, je ne peux qu’être sensible aux indigènes méprisés, exploités par la colonisation. La langue espagnole est tissée de plein de mots de tous les pays d’Amérique du sud. Comme le rock qui varie en fonction des pays où il est joué.
J’aime la musique… et surtout les voix. Je chante dans des chorales depuis des années. Je n’oublierai jamais la tournée musicale de musiciens chiliens, en 73, j’avais 7 ans, après le coup d’état contre Allende. Un souvenir fait de souffrances, de musiques émouvantes et d’espoirs.
J’adore les gens, je suis perméable à leurs émotions, je n’ai jamais supporté l’injustice. Dans ma famille, on ne suit pas de recette, ni en cuisine, ni en couture, ni en politique. C’est du reste pour ces raisons que j’ai adoptées, que je ne fais pas de pâtisserie… Le rire de Magali est une explosion de sons !!! (NDLC). Mais les traditions existent et on ne peut pas les pervertir. Mais… sans recette !

La logique politique aujourd’hui c’est faire faire des économies, dépenser moins, et bien sûr diminuer les effectifs de la fonction publique. Aubagne peut-elle se permettre de dépenser plus que ce que fait Gazay aujourd’hui ?

Une ville ce n’est pas fait pour rapporter de l’argent. C’est fait pour que les gens y vivent bien. Tout n’est pas qu’une question d’argent.
Il faut garder et enrichir les racines qui font que les Aubagnais ne soient pas des villageois en dehors du monde. Un mélange de traditions de la terre et d’innovations sociétales.
Je crois à la force des sourires qui marquent la reconnaissance, la complicité, la confiance, l’amitié… Le plaisir d’être ensemble, de faire société.
Le combat contre le libéralisme est une des luttes à gagner, comme plein d’autres à mener ensemble. La ville c’est nous, les gens et les agents du service public.
Nous devons reconstruire la qualité de vie au travail pour les agents du Service Public Territorial : chercher ensemble des solutions pour améliorer le service rendu aux Aubagnais et les conditions de travail des agents ; mettre en œuvre des actions concertées pour diminuer le plus possible les risques psycho-sociaux ; adapter l’intensité et le temps de travail pour qu’il puisse s’harmoniser avec la vie personnelle.
Il est possible de faire baisser la pression sur les employés communaux. Nous nous devons d’améliorer les rapports sociaux entre les agents eux-même et leur hiérarchie. Il est tout à fait possible d’augmenter les marges de manœuvres des agents et l’autonomie des services. Ce sont eux qui connaissent le mieux le travail et ses exigences. Le tout-contrôle les prive du sens des actions…
Je suis convaincu qu’une autre ville est possible. Il faut que nous la bâtissions ensemble, tous ensemble.

propos recueillis par Doum Douyé

 

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