Municipales : réponse à Antoine Monticellu à propos de la Démocratie

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Antoine Monticellu a mis le sujet sur la table : démocratie ou démocratie participative, il faut choisir, titre-t-il, que l'on pourrait traduire par : la démocratie participative peut-elle véritablement être une alternative à la démocratie représentative ? Spoiler : oui, à une seule condition. Voyons ça.

La démocratie représentative affiche depuis des mois voire des années ses limites. Les mouvements sociaux en témoignent, le mouvement des Gilets Jaunes le confirme. Les "gens" ne contestent pas pour le plaisir de contester. La durée de la contestation plaide pour celles et ceux qui donnent de leur temps et de leurs émotions pour que leur(s) cause(s) avancent. 

Comme le rappelle Antoine Monticellu dans son article, la démocratie participative a déjà été tentée, promue, pratiquée avec le succès mitigé, pouvons-nous dire, qu'il présente. 

Les raisons de ce demi échec (ou demi succès) ne sont pas à chercher dans les intentions. Celles et ceux qui ont tenté se sont cassés les dents sur deux données qu'ils ont probablement sous-estimées : le temps et l'envie. 

S'il n'y a qu'un noyau dur qui peut "se permettre" d'accorder du temps à des réunions publiques c'est bien que l'immense majorité du peuple est tout entier happé par le torrent de la vie : travail, famille, enfants, (avouez, vous avez eu peur...) loisirs etc. Le noyau dur se constitue parce qu'il est passionné, parce qu'il a l'envie, parce qu'il s'accomplit et s'épanouit dans l'exercice du débat public. Il faut donc s'avouer que l'immense majorité du peuple n'a pas pour priorité la politique, au sens premier du terme. C'est à dire qu'il s'accommode tout à fait de son rôle d'observateur et de commentateur, déléguant sans trop de remords ses prérogatives politiques à celles et ceux qu'il s'empressera de taxer de faire profession de leur engagement politique. 

La démocratie, participative ou pas, ne retrouvera de sens que si elle trouve des solutions à ces deux problématiques : l'envie et le temps.

Autant dire qu'il me semble compliqué de donner l'envie d'avoir envie à quelqu'un qui ne veut pas. En revanche, du temps, il existe des moyens d'en créer !

D'abord, comme le suggère Antoine Monticellu, il est possible d'aménager des temps politiques hors du temps traditionnellement occupé par les activités professionnelles notamment en proposant des conseils municipaux annuels, semestriels ou mensuels le samedi. Mais même si cela peut amener plus de monde, non seulement une partie de la population continue d'être empêchée (beaucoup travaillent le samedi) mais le temps de repos de fin de semaine, pour ceux qui ne travaillent pas, est souvent un temps soit de loisir, soit de repos soit de consommation. Et n'allons surtout pas chatouiller la croissance de notre pays, par pitié !

Par contre, il est possible, non pas d'essayer de convoquer la population, mais de s'inviter chez elle. Via le numérique ! C'est un changement qui a eu du mal, et a encore du mal parfois dans certains domaines ou chez certains personnes, à emporter les foules et les coeurs au nom du sacro-saint "contact humain". Cette image est due à ce que les entreprises, qui ont bien saisi l'intérêt et l'efficacité du numérique, ont fait des moyens de communication et d'interactions numériques : une machine. Des centaines de mails à la journée, une ponctuation réduite à son plus simple appareil, une politesse résumée à quelques formules creuses répétées à outrance, des ordres, des directives, des plans d'action... Pas de quoi éveiller les consciences politiques, nous sommes d'accord. Il n'est donc pas étonnant que l'équipe de Gérard Gazay, qui a pourtant nommé un conseiller municipal au numérique, Monsieur Elyes Ferchichi, se contente de reléguer le numérique en bon dernier et ne le traite que comme un artifice que le vent du progrès a rendu obligatoire. Un peu comme l'environnement, n'est-ce pas Monsieur Gazay...

Il y a tant à imaginer. La sphère publique doit se saisir du numérique, en faire un outil de participation démocratique. Il faut arrêter de réduire les SMS à de simples outils de délation du quotidien ou d'information sommaire et du tout-venant. Le citoyen doit être connecté. Il commence à l'être progressivement pour ses démarches administratives, il l'est complètement du point de vue professionnel mais il ne l'est presque pas du tout dans sa vie politique. De mon point de vue, celle ou celui qui prendra la mairie en 2020, devra avoir réfléchi à cet aspect complètement abandonné de la citoyenneté : un logiciel interactif de partage des données publiques, y compris les comptes rendus (simplifiés) des conseils municipaux mais aussi, l'organisation de consultations qui comptent, la possibilité d'organiser des référendums d'initiatives locales, l'ouverture permanente de cahiers de doléances, la publication de vidéos du maire et tant d'autres choses qui restent à inventer et qui ne pourront fonctionner qu'après une campagne de plusieurs mois pour informer, recenser, collecter et sensibiliser. Les citoyen(nes) pourront être averties par mails ou alertes sms de la tenue de débats, de votes, de réunions à proximité tout en proposant d'y participer, en réservant un temps de parole pour soumettre une problématique évoquée dans l'ordre du jour, ils pourront publier un texte qui sera lu en séance, ils pourront écouter les réunions enregistrées, donner leur avis (constructif) sur les derniers événements municipaux etc.

Pour conclure, il me semble que, contrairement à ce que semble vouloir le préconiser Antoine Monticellu, ce n'est pas dans un retour aux origines que la démocratie trouvera son salut mais dans une projection sans limite ni tabou dans un futur dont le présent dessine à peine les possibilités.

Camille Alexandre

 

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