Aubagne la Commune : urgence sociale, économie et gratuités en débat


  

Inaugurés par une premier séance consacrée aux finances locales (voir notre article ici), les ateliers thématiques d’Aubagne La Commune se poursuivaient mardi dernier par une réunion-débat sur les thèmes de l’urgence sociale, de l’emploi et de l’économie avec en filigrane, et dans la perspective des municipales de 2020, les gratuités possibles sur la ville. Ce focus sur l’extension possible des gratuités n’étonnera pas pour un territoire dont l’expérience de celle des transports a eu, au delà de son incontestable succès local, un retentissement national voire international.

Loin de la traditionnelle (et respectable) conférence d’expert, les ateliers d’Aubagne La Commune confirment leur vocation de partage de la parole le plus large possible. Celui de mardi dernier a donné l’occasion de s’exprimer à un grand nombre des personnes présentes.

C’est Denis Grandjean qui avait fait l’introduction du premier atelier consacré aux finances locales, c’est Magali Giovannangeli et Serge Staquet qui se sont chargés de lancer les échanges pour cette 2èmeséance en posant une question : quel état des lieux social à Aubagne et quelles perspectives d'économie et d'emploi localement pour faire retrouver sa place à Aubagne et surtout (re)donner leur place aux Aubagnaises et aux Aubagnais ?

Ils lançaient aussi quelques pistes de réflexion pour cet atelier :

  • Travailler à une économe locale revivifiée (économie sociale et solidaire, circulaire)
  • Reprendre la main sur l’économie autour des secteurs et filières locales : argile, formation aux métiers liés aux entreprises sises sur la zone…
  • Proposer la gratuité des cantines et du service des pompes funèbres qui retourneraient dans le giron du service public.

Des pistes pour lesquelles « les moyens financiers sont à rechercher dans les choix budgétaires possibles pour la ville mais aussi auprès des partenaires institutionnels (État, Région Département tant qu’il existe ou autres grandes structures telles que la CAF, la Sécu…) ».

Des échanges riches

S’en sont suivis des échanges riches dont nous reproduisons quelques extraits, d’abord sur l’état des lieux social et économique à Aubagne et ailleurs :

« Il y a urgence sociale quand on sait que le taux de pauvreté à Aubagne est de 15,83% et qu’il est au-dessus de la moyenne du département », dans un contexte mondial d’inégalités croissantes où « les revenus de 26 milliardaires sont équivalents à ceux de 50% de la population du globe ».

« Il y a un lien entre emploi, mobilité et logement et le rôle du politique c’est de proposer des solutions ».

« Sur Aubagne, tout se détériore : le nombre d’heures de travail liées à la clause d’insertion des marchés publics a été divisé par 3 en 5 ans et les personnes concernées n’habitent pas Aubagne ! »

« L’aide aux projets personnalisés du CCAS (bus, panier) a été supprimée ; l’aide au permis de conduire, c’est terminé ; les associations qui travaillaient dans le domaine de la politique de la ville ne sont plus financées ». Un intervenant s’insurge : « Jusqu’à la Maison Paule Abric (NDLR : habitat d’urgence pour les femmes victimes de violence) dont la ville a supprimé le personnel d’entretien ! »

La gratuité débarque

A Aubagne, la gratuité, ou plutôt les gratuités, s’invitent rapidement au débat avec un rappel : à ceux qui disent « y a toujours quelqu’un qui paye ! », le sociologue Paul Ariès répond : « La gratuité libère le service du prix, pas du coût ». Il utilise aussi l’expression « ilots » de gratuité en faisant remarquer que certains existent déjà : voirie, routes, éclairage, école publique… sans que cela paraisse extravagant. A Aubagne, d’autres ilots ont été créés dans le passé : les transports publics, la médiathèque ou ont existé : les animations ou spectacles dans l’espace public, les activités périscolaires... L’enjeu est alors de « multiplier des îlots de gratuité dans l’espoir qu’ils forment demain des archipels et après-demain des continents. »

Sur la gratuité des transports, il est rappelé que c’est à la fois une mesure en faveur du pouvoir d’achat (60 euros d’économie par mois pour une famille de 4 personnes), une mesure écologique (moins de véhicules donc moins de pollution) et un gain pour la santé des habitant-e-s.


Quelles perspectives pour 2020 ?

Le débat rebondit ensuite sur les perspectives envisageables dans la construction du projet municipal pour 2020. « Peut-on imaginer d’autres gratuités sur la ville ? Celle de la cantine ? Celle des obsèques ? Celle de l’eau vitale ? Des événements culturels ? ». « Ces gratuités doivent-elles être pleines et entières ou réservées aux habitant-e-s les plus en difficulté ? » Pour la restauration scolaire, il est rappelé que la fin de la délégation de service public à la SOGERES (DSP dont Mèfi vous a souvent parlé : voir ici ou ici) est fixée à 2023. « Faut-il attendre cette date pour envisager la mise en place d’une éventuelle gratuité ? »

Il est souligné que s’il est nécessaire qu’Aubagne La Commune soit force de propositions dans ce domaine des gratuités, il est indispensable que celles-ci et leur calendrier soient « mises en débat dans la population au cours du mandat, dans de nouveaux espaces démocratiques à inventer ».

Certains anticipent les débats de la campagne municipale à venir : « On est là pour préparer un programme qui sera forcément critiqué, il faut aussi se préparer à répondre à ces critiques. On est pour la gratuité mais il faut affuter nos arguments ». « Il faut démontrer que de nouvelles gratuités sont possibles. »

La méthode de travail pour construire le projet municipal est évoquée : « il faut associer les associations caritatives et de solidarité pour travailler sur l’état des lieux social et pour imaginer les réponses qui peuvent être apportées par la ville ».

Une autre piste est proposée : relancer les dispositifs et les actions que la municipalité Gazay a supprimé ou mis en sommeil. « Il faut une vraie politique de proximité : de la présence humaine. On est passé de 50 agents du service public (prévention, maisons de quartier…) présents sur le terrain à moins de 20. »
«  Il faut transformer les voisins vigilants en voisins solidaires ! ». « Il faut un suivi des jeunes non insérés : l’emploi des jeunes est un sujet crucial ! »

Comment y parvenir ? En faisant « d’autres choix politiques que ceux faits aujourd‘hui : en réorientant le budget consacré au personnel communal mais aussi en redonnant du sens au travail du service public, à enveloppe égale. » Parce que, comme le rappelle un intervenant : « Le service public c’est le patrimoine de ceux qui n’ont pas de patrimoine !»

Dans le domaine économique, une autre intervention pointe la nécessité de « mettre l’accent sur l’innovation : il y a de belles entreprises sur la zone. Pourquoi ne pas créer un pôle innovant, écologique ou une pépinière autour de l’écologie et de l’économie sociale et solidaire ? »

C’est un « changement de paradigme » qu’il faut opérer, en phase avec les revendications « des citoyens qui portent gilet jaune », en allant vers « un changement de logique qui dise stop à la marchandisation de tout » et qui « redonne à l’action des élu-e-s son véritable sens : faire du bien aux gens. »

« Et après, on continue comment ? »

En conclusion,  les participant-e-s proposent qu’Aubagne La Commune lance un groupe de travail sur la gratuité de la cantine : doit-elle être partielle ? totale ? Quand et comment la mettre en place ? Avec quel financement ?
Ils et elles souhaitent aussi que soit organisé un temps de partage avec les associations caritatives et solidaires sur l’état des lieux de l’urgence sociale et sur les propositions à mettre en œuvre pour y remédier. Un nouvel axe politique pour 2020 est avancé : la mise en place de nouvelles gratuités pourrait être mise en débat dans la population tout au long du mandat.

Enfin, un groupe de travail est mis en place pour faire l’inventaire des dispositifs qui n’existent plus ou qui ont été altérés sur la ville dans les champs du social, de l’économie et de l’emploi afin d’imaginer comment ils pourraient être réactivés en 2020.

L'atelier se conclue par l'annonce de la prochain séance. Elle aura lieu le mardi 23 avril à 18h au Cercle de l'Harmonie et le thème en sera le Service Public.

 

 Redha Romani

 

 

 

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