Départementales : avec ou sans union ?


En fait, la question qui taraude les intellectuels de gauche, et plus généralement tous ceux qui militent, c'est la nécessité du rassemblement ou pas lorsqu'une élection pointe le nez. On pourrait poser la question autrement en se demandant si gagner une élection est une fin en soi. Ou, jusqu'où devons-nous nous compromettre pour avoir des chances de gagner ?

 Qui n'a pas été étonné de voir la tête de Le Pen au soir du premier tour des élections présidentielles de 2002 ? "Merde alors me voilà en position de gagner" pouvait on lire sur son visage dépité. Incroyable, le mec est qualifié pour la plus importante des élections et il fait la gueule. Et il s'explique dans le documentaire "Adieu Le Pen" de Serge Moati : "la victoire allait poser des problèmes, qui allait-on mettre aux plus hautes fonctions de l'Etat ?". Se poserait-on ce genre de question si on avait envisagé réellement la victoire ? En fait, l'important ne serait pas de gagner pour faire changer quoi que ce soit, mais de porter de belles paroles pour faire croire aux électeurs que quelque chose va changer. Mais pourquoi ?

Un peu plus près de nous : les législatives de 2012. Dans la dynamique de la victoire d'Hollande, une chance historique pour la gauche de reconquérir la 9e des Bouches de Rhône était à portée de main. Et sans que le Parti Socialiste, tant décrié par la "vrai gauche", ne soit sur les rangs dans cette circo. Vous croyez que cela a changé quelque chose ? Et bien non ! la gué-guerre des "moi je suis plus légitime que l'autre" a eu raison de la possible victoire. Mais l'idéologie est sauve. Et l'électeur est floué. Nous assistons plus à une guerre d'égos qu'à un combat pour le bien de la population. C'est tragique pour la démocratie. D'autant plus que pendant que les Socialistes échouent pitoyablement a redonner espoir à toute une nation, la porte est grande ouverte à tous ceux qui se débinent vers des auspices nauséabonds.

Alors oui, porter des valeurs c'est nécessaire. Mais trop souvent ces valeurs sont à géométrie variable, qui permet l'ajustement en fonction de qui on a en face. Un exemple, toujours près de chez nous : le même candidat aux législatives de 2012 pour le Front de Gauche qui n'envisageait aucun compromis avec les Verts ne s'est pas gêné pour en faire, beaucoup, avec l'UDI depuis que Barthélemy est présidente de l'Agglo. A commencer par son salaire de vice-président. Le chantre de la "vrai gauche" a vendu son âme pour une poignée d'euros. Ce sont ces politiques là qu'il faut écouter ? Ceci dit, le maintien des Verts dans la 9ème n'est guère plus glorieux. Mais cela vaut un autre article.

Les chances de garder le Conseil Général à Gauche sont faibles. Y aller en ordre dispersé équivaut à avoir 100% de chance de perdre. Et cela a besoin d'être dit. A nos politiques, qui fourbissent leurs armes pour les prochaines batailles électorales : ayez la gentillesse de dire que vous n'y allez pas pour gagner mais juste pour vous faire un nom sur le dos des militants. Vous aurez au moins le courage de vos actes.

Pierre Rodeville

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