Rentrée politique : le jour d'après

Qu’en est-il de notre vie à Aubagne cinq mois après l’installation de la droite aux commandes de la ville ? Les élus d’opposition ont invité la presse pour faire un point après la pause estivale.

Premier constat et non des moindres : après cinq mois de gouvernance, la nouvelle majorité aubagnaise ne laisse que peu de place à son opposition et affiche une volonté de faire taire les voix en désaccord avec la mise en place de sa politique. Les élus de l’opposition qui ne disposent d’aucun local pour se réunir ont donc organisé leur conférence de presse de rentrée à la terrasse d’un café-restaurant. Deuxième constat : Entre mauvaise foi et guerre intestine, la majorité UMP-UDI commence à afficher les fissures inhérentes à une alliance de second tour contre nature. Gazay absent à l’inauguration du tram et Barthélémy boudant la Cavalcade… Ça va tenir 6 ans tout ça ?

N’en est-il pas de même pour les élus d’opposition ? L’annonce nous a été faite lors de cette conférence de presse de la création de deux groupes : le premier, « social-démocrate » composé des trois élus socialistes et de l’élu Modem ; le second, « Aubagne alternative citoyenne et écologiste », regroupe les élus communistes, écologiste et société civile. Cette séparation, affirment-ils, n’en est pas vraiment une car les valeurs partagées lors des années de collaboration pour la gestion de la ville et les engagements pris par la liste Arc-en-ciel restent bel et bien à l’ordre du jour. Mais la remarque de Patrick Arnoux (PS) invoquant la nécessité de soutenir le gouvernement n’est pas sans poser des questions : de quelles valeurs parle-t-on ? sont-elles les mêmes que celles défendues par le groupe « Aubagne alternative citoyenne et écologiste » ?

La côte de popularité du gouvernement soutenu par les socialistes est au plus bas : affaires de gros sous et affaires de cœur discréditent l’équipe Hollandiste. Et la mise en œuvre de la politique gouvernementale est décriée par beaucoup comme étant tout sauf une politique de gauche. Les « socialo-démocrates » locaux auront sans doute à cœur de convaincre les Aubagnais de leurs intentions car le gouvernement n’y parvient pas. Encore faudrait-il pour cela que le nouveau maire d’Aubagne laisse une place à l’expression de son opposition. Tel n’est pas le cas : Pas d’expression dans AJJ, aucun moyen matériel et de surcroit pas même un local pour organiser les réunions de ces élus pourtant représentatifs d’une partie non négligeable du corps électoral aubagnais. Cela démontre, pour le moins, une vision très restrictive de la notion de démocratie dans l’esprit de Gérard Gazay. Cinq mois après l’installation de la droite aux commandes de la ville, les élus de l’opposition ont fait un point sur les dossiers les plus chauds de cette rentrée. Quatre points étaient à l’ordre du jour de cette conférence de presse : la rentrée politique et scolaire, la problématique des transports dont le tram, le bilan des animations estivales et le non renouvellement de certains cadres contractuels de la Ville et de l’Agglo.

Les crédits des écoles en chute libre

Les restrictions budgétaires ne font pas bon ménage avec les promesses électorales. Après avoir coupé les subventions aux associations, voilà venu le temps du fonctionnement des services à la population : division par 5 des crédits dans les écoles qui passent ainsi de 350.000€ à 70.000€ ; aucun renouvellement de mobilier, pas de peinture… l’austérité quoi ! Tout ce qui tourne autour de l'école devient payant. L’accueil péri-éducatif, pensé comme le prolongement de l'école par le législateur, passe du gratuit (ère Fontaine) au payant (ère Gazay). C'est la concrétisation du choix de la nouvelle majorité aubagnaise, au contraire par exemple de celle de La Ciotat. Et contrairement à ce que l’on peut entendre, les financements de la Caisse d'Allocations Familiales (CAF) octroyés aux communes pour les activités éducatives du vendredi ne sont pas assujettis à une obligation de paiement pour les familles. C’est bien de la suppression de la gratuité de l'école dont il est question. Les élus d’opposition affirment qu’ils resteront vigilants et dénonceront les choix qui seront faits au détriment des familles dans les années futures.

Vers la fin de la gratuité des transports ?

Le tramway a été mis en service le 1er septembre. La conférence de presse annonçant l’événement s'est déroulé en l'absence de celles et ceux qui l’avaient conçu et mis en œuvre. Mais l’absence du nouveau maire, elle, reste inexpliquée. La nouvelle présidente de l'Agglo a quand même réussi un tour de force : faire du tramway d’Aubagne le trajet le plus court de monde. Mais au pays de Pagnol, craint-on encore le ridicule ? Il restera à expliquer à quoi vont servir les financements (état, région et département) des 3 lignes car administrativement, ils ne peuvent être utilisés pour autre chose que le tram. Et le financement pour la ligne Charrel - Les Paluds a bien été versé. En outre, l’abandon des travaux n’est pas fait pour arranger les chiffres du chômage sur le territoire.

Comme à Tours, la droite, surfant ainsi sur le mécontentement provoqué par les travaux, a abandonné le tram initié par la gauche. Même stratégie que le Front National qui se contente de critiquer sans apporter d’autres solutions que l’austérité. Pour l’élue de l’opposition Hélène Lunetta (PRG) « Si aujourd'hui l'ancienne majorité a bon dos, demain ça sera la faute à la métropole nous dira Barthélemy ». Car l’Agglo prépare déjà ses agents à intégrer la Métropole. Quand cela sera effectif, les Aubagnais paieront le tram de Marseille. Un comble. De son côté, l'ancien maire d'Aubagne, Daniel Fontaine, ne cache pas sa colère : « Le projet de Valdonne est une supercherie qui n'était pas prioritaire avant notre défaite et ne le sera pas plus après, dixit le préfet. Tout ça c’est fait pour amuser le citoyen ».

Basculer le financement sur Valdonne est impossible juridiquement. Par contre l’Agglo continue à dépenser inutilement. Combien a coûté le nouvel habillage des « lignes de l’Agglo » qui remplace désormais la devise "Liberté, Egalité, Gratuité" ? Cette dépense était-elle bien utile et ne prépare t-elle pas la fin de la gratuité des transports ? Si rien ne permet d'affirmer que la future métropole supprimera cette gratuité, la nouvelle majorité UMP-UDI brouille les pistes en prétendant d’un côté qu’elle l’a toujours défendue et de l’autre que la gratuité n’existe pas comme l’a affirmé de manière sentencieuse Bruno Fotti, adjoint délégué à l’enseignement.

Un été pourri

Hélène Lunetta, spécialiste des phrases couperets, est sans ambigüité : « Pleurez, vous êtes à Aubagne… l'augmentation des tarifs de parking fait fuir les gens et les places de parking sont désertes ». Il est vrai que la fréquentation des animations estivales a été en berne. Même les commerçants, dont beaucoup comptent au nombre des soutiens de Gérard Gazay, déplorent les mauvais résultats des soldes (cf. article de La Provence paru en juillet). Ne se sont-ils pas aperçus que la droite était passée ? Ses ténors ne s’étaient-ils pas engagés à redynamiser le centre ville ? Le projet du tram, objet de tous les reproches, enterré ?

Les soirées Pagnol sont en chute libre, le petit train a disparu, les Pénitents Noirs fermés et le Festival d’Art Singulier censuré et annulé a entrainé une chute de 5000 visiteurs potentiels. Les marchands ambulants sur les grands événements (14 juillet, fête de la musique…) se morfondent. Seules les soirées-spectacles proposées sur le site de la Font de Mai entrent dans le chapitre des nouveautés mais pas encore des succès populaires car pour y assister il fallait débourser la somme de 20 euros par personne et 15 euros de plus pour combler un petit creux avec une assiette… de charcuterie. Cette nouvelle initiative a couté quelque 40.000€ à la collectivité, les recettes ayant été quasi nulles.

La métropole s’installe à l’Hôtel de Ville

On licencie à gauche, on recrute à droite. On voit là se dessiner la Métropole. Elle prend la maîtrise de la ville : le directeur général des services est un transfuge de la Communauté Urbaine de Marseille (CUM), le directeur financier vient de La Ciotat et le directeur de cabinet du maire est l’ancienne attachée parlementaire de Bernard Deflesselles. Mais le plus tragique à l'inverse de ces recrutements à grands frais c'est le non renouvellement de contrat de cinq cadres dont les compétences ne souffraient aucun doute. Chasse aux sorcières ?

Aubagne change. Les Aubagnais aussi. Ils ont majoritairement choisi la droite. Naturellement cet électorat se félicite de l’abandon du tramway et des coupes budgétaires dans le service public municipal au nom du dogme de la résorption de la dette. Pourtant l’investissement public, l’innovation et l’audace sont des ressorts primordiaux pour relancer la machine et redonner confiance en l’avenir. Là où le bât blesse, c’est que ce sont toujours les mêmes qui sont sacrifiés sur l’autel de l’austérité, celles et ceux parmi les ménages français qui sont les plus en difficultés et qui paieront demain la facture de choix faits aujourd’hui par une majorité de l’électorat recroquevillée sur elle-même pour tenter d’échapper à l’orage. Ce sont hélas souvent les mêmes.

Sans un sursaut de la conscience collective des Français, avec une volonté farouche de tendre la main à tous ceux qui en ont besoin, les égoïsmes ne feront que grandir et entraineront notre nation dans les égarements les plus tragiques.

TEAM MEFI II

 

Articles récents

  • Gazay : la honte ! +

    Gazay et son équipe se félicitent de l'arrivée, opportune pour leur survie, du Covid-19. Cela ne sent pas bon mais les bruits insistants venant de la sphère proche du maire semblent bel et bien tirer le positif de cette situation : report des élections, le temps que Gazay se refasse une Lire la suite
  • Et les salariés de la grande distribution ? +

    A Aubagne, la place des salariés de la grande distribution est importante. Il faut penser à eux et les accompagner immédiatement. Depuis le début de la catastrophe sanitaire, et de manière accrue ces tous derniers jours, les "petites mains" du secteur du commerce (caissières et caissiers, livreurs, manutentionnaires, agents d'entretien....) Lire la suite
  • Macron et Gazay confirment le Bricolage +

    Nous avons depuis quelques jours eu l’occasion, au regard de l’amplification de la catastrophe sanitaire (ce n’est déjà plus une crise, c’est pire que cela ….), de jeter un regard lucide sur les réponses nationales et locales qui sont apportées et de faire part de nombreuses propositions complémentaires, à destination de Lire la suite
  • Municipales : Raymond Lloret précise sa position +

    Quelques jours après le 1er Tour des municipales, Ramond Lloret et ses colistiers-ières appelaient à "faire barrage à la droite libérale et à sa politique de privatisation de nos services publics et à l'extrême droite qui restera toujours mon principal adversaire". Dans La Provence du 26 mars, Raymond Lloret précise Lire la suite
  • Menteurs ! +

    Depuis le début de la crise sanitaire, on nous appelle à l'union nationale pour combattre le virus. Cet appel est juste et justifié. Le combat pour la vie, pour la santé de toutes et tous passe au-dessus de toutes les autres contingences, de toutes les divergences et oppositions, même les Lire la suite
  • Covid-19 : et si on en profitait pour échanger et confronter ? +

    Un grand nombre de voix (trop peu à mon sens) s’élèvent depuis de nombreuses années pour déclarer, à juste titre, que le capitalisme est en crise. Ce qui essentiel, c'est de bien comprendre la signification profonde de ce diagnostic. Lire la suite
  • Covid-19 : lettre ouverte au maire d'Aubagne +

    Magali Giovannangeli, au nom de la liste, "Rassemblé·e·s pour Aubagne", a fait parvenir aux médias locaux une lettre ouverte au maire d'Aubagne et à son équipe. Vous pouvez en trouver le texte intégral ci-dessous. Lire la suite
  • 1