Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson


 
 
Sylvain Tesson est communément présenté comme un écrivain aventurier, qui est "atteint" de cette passion extravagante de monter sur les toits et de les parcourir pour le simple plaisir de voir l'horizon et de sentir le danger qui n'est pas loin sous ses pieds.
 
Sylvain Tesson, c'est aussi un amoureux de la nature, un dégoûté du système, un affranchi des valeurs urbaines d'Europe de l'Ouest, un contemplateur. A travers ses voyages, il a frôlé la vérité du monde et à intervalle régulier, il ne peut pas résister à l'appel de la forêt comme l'a écrit Jack London en son temps.
 
Dans ce livre de presque 300 pages, au format poche, il tient un journal quotidien de ce qu'il voit, de ce qu'il ressent, de ce qu'il pressent. Son aventure n'est pas faite de danger recherché, d'adrénaline espérée ni de choix aporétiques. Il ne dépasse aucune limite, il ne franchit aucun cap, il se contente d'aller au plus simple : revenir à ce qu'est l'Homme, c'est à dire un être de nature. 
 
Le temps lui échappe parfois ou le retient tout entier dans les périodes d'ennui. Il en devient un peu sauvage lorsqu'il reçoit la visite de touristes, d'autres ermites russes qui débarquent sans crier gare. Il redécouvre le cycle du temps, que chaque chose vient lorsque son moment est venu, il décrit un paysage parfait où tout a sa place, sans que l'homme n'intervienne pour agencer tout ça.
 
Le soleil n'illumine plus une journée, il la rythme, il la fait tout simplement. La pêche n'est pas un loisir, c'est une nécessité, une activité de survie. Le lac Baïkal, au pied duquel il a élu domicile pendant 6 mois, dans une cabane au confort sommaire, est un compagnon comme un autre qui l'accueille figé en février et qui se découvre au fil des semaines pour s'offrir à lui le printemps venu et élargir son horizon et ses voyages. 
 
Parce que Sylvain Tesson ne s'enterre pas dans sa cabane. Il décrit très bien ce sentiment de liberté qui l'anime, celui de pouvoir simplement savourer l'ennui d'une heure, d'une demie journée ou d'une journée entière pour entrer finalement dans une nouvelle période d'action intense où l'on débite le bois, où l'on pêche, où l'on marche une vingtaine de kilomètres dans la journée, où l'on projette de grimper un sommet voisin en plusieurs jours...
 
Après avoir lu ce livre, j'ai tout simplement l'impression que Sylvain Tesson nous montre ce que la vie aurait dû rester pour nous autres et qui passe aujourd'hui comme une lubie d'excentrique en mal de sensations fortes. 
 
Camille Alexandre
 

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