Chroniques ciné

Un peuple et son roi

un peuple et son roi affiche

Philippe Schoeller avec  L’exercice du Pouvoir, a acquis ses lettres de noblesse. Fort de sa réussite, il s’attaque, avec Un Peuple et son Roi, aux premiers pas de la Révolution Française. La magie qu’exerce le Roi sur son Peuple ; un Peuple qui souffre, prend conscience et se révolte ; une Convention qui hésite et trouve enfin son chemin… Projet ambitieux qui requiert grandeur et simplicité dans l’image, pugnacité et émotion dans les discours.

Et à vouloir trop et bien faire, Schoeller s’enlise, le grand luxe des décors nuit à la réalité, les belles têtes d’acteurs trop connus cachent la misère et l’évolution des pensées. Heureusement, la convention et les interventions aux accents contemporains de Robespierre, Saint Just et Marat ! 

Un Peuple et son Roi manque la marche de la Révolution : C’est dommage.

Antoine Cesano

 

Les Frères Sisters

les freres sisters de Jacques Audiard

Nous sommes en 1850 dans l’Ouest américain, Charlie et Eli Sisters, deux frères tueurs à gages, sont payés pour éliminer un chimiste, chercheur d’or et son accompagnateur. Rien ne les arrête et, à la Tarentino, Jacques Audiard leur fait liquider tout humain qui obstrue leur passage.

L’atmosphère est crépusculaire, les coups de feu éclairent le paysage, les sentiments des tueurs adoucissent l’atmosphère et dans un scénario insolite aux rebondissements permanents, ces deux frères sanguinaires vont finalement retrouver leurs futures victimes.

Nul n’est fondamentalement mauvais, la société américaine est en pleine transformation et le pistolet n’est sûrement pas la réponse à tout.

Brutalité, tendresse, humour et fraternité émaillent le premier film américain de Jacques Audiard, servi par un quatuor d’acteurs remarquables. Les Frères Sisters, un grand western !

Antoine Cesano

 

 

Première année

Première Année de Thomas Lilti

Ils veulent réussir leur première année de médecine. Antoine, milieu modeste entame pour la troisième fois ce concours d’entrée. Benjamin, qui ne se présente que pour faire plaisir à son père, arrive du lycée. Les places sont rares, le redoutable numérus clausus est un couperet impitoyable.

Nous entrons de plein pied dans le monde étudiant, dans l’univers des amphis hyper bondés. Tout se joue à une place près, la compétition efface la solidarité, le bachotage envahit tous les espaces de vie, c’est l’élitisme à n’importe quel prix. C’est dans ce monde remarquablement filmé qu’Antoine (Vincent Lecomte) et Benjamin (William Lebghil) évoluent .

Thomas Lilti, le réalisateur, va faire adroitement surnager l’amitié, dans cette étouffante course à la réussite. Première Année, un agréable film grand public

Antoine Césano

 

 

Shéhérazade

sheherazade

Zachary, délaissé par sa mère, rencontre Shéhérazade, jeune prostituée, il en devient le souteneur et l’amoureux.

L’histoire se passe à Marseille. Jean-Bernard Marlin réalise son premier film, les acteurs ne sont pas des professionnels, ils ont été recrutés dans la rue ou à la sortie de l’établissement pénitentiaire pour mineur. Film choc où les acteurs ne jouent pas, ils racontent leurs vies.

Violence sociale extrême, squats sordides, guerre pour la maitrise des trottoirs du centre ville : tout cela porté par des comédiens exceptionnels, éclairage remarquable, dialogue choc irrigué d’un accent que les spectateurs parisiens ou autres auront du mal à décrypter. Le tout submergé par une onde d’amour difficile à raconter !

Film terrible, limpide, bouleversant.

Antoine Cesano

Burning

Burning, le film de Lee Chang-Dong, auquel beaucoup auraient voulu voir attribuer la Palme d’Or à Cannes, est enfin sur les écrans.

Jongsu, jeune livreur, rencontre Haemi, une amie d’enfance. Celle ci lui présente Ben un garçon fortuné, étrange et intrigant. Ils forment un triangle amoureux dont un des angles, Haemi, va mystérieusement disparaitre.

Dans une Corée du Sud où chômage, précarité, incertitude pour l’avenir sont en toile de fond, Lee Chang-Dong va nous entrainer dans un long thriller envoutant, déroutant, poisseux, laissant libre cours à notre interprétation. 

Burning : ici tout est prêt à s’enflammer et tout s’enflamme, les passions, les serres (….), la Corée. Notre imaginaire va, petit à petit, lui aussi s’enflammer, pendant 2h28, dans un film ou, en apparence, « rien ne se passe ».  Un exploit à ne pas manquer.

Antoine Cesano 

Blackkklansman – J’ai infiltré le KKK

Blackkklansman

Nous sommes dans les années 70, luttes pour les droits civiques et émeutes raciales traversent les Etats Unis.

Ron Stallworth, citoyen noir, est recruté par la police de Colarodo Springs. Il décide, en se faisant passer pour un extrémiste blanc, d’infiltrer le Ku Klux Klan. Histoire vraie, et à peine croyable, que Spike Lee va raconter dans un polar militant où l’humour a une place prépondérante.

Le Pouvoir Blanc, la bêtise crasse et dangereuse du KKK, et le Black Power s’affrontent, nous sommes dans la fin du 20e siècle mais le 21e siècle n’est pas loin. Les dernières et percutantes images du film, les événements sanglants de Charloteville, en 2017, en témoignent. Spike Lee, accompagné d’acteurs et actrices de talent, appelle à la vigilance.

Blackkklansman, un film à voir impérativement pour démarrer en beauté, la rentrée cinématographique.

Antoine Césano

Le monde est à toi

le monde est à toi un film de Romain Gavras

C’est l’histoire de François, petit dealer sans envergure aux prétentions élevées. Il n’a pas de chance : sa mère dépense ses économies, son ex-beau père vit dans un autre monde et sa copine lui donne du fil à retordre.

Romain Gavras a lui aussi des prétentions élevées : à partir d’un tel scénario, réaliser une comédie française où humour noir, dynamisme, innovation seraient les éléments moteurs. Mais rapidement on s’ennuie, les rires, voire les sourires ne sont pas au rendez-vous et ce n’est pas le casting haut de gamme réquisitionné qui va sauver l’entreprise. Isabelle Adjani en fait des tonnes, Vincent Cassel, souvent inaudible, est sous utilisé et François Damien et Phillipe Katerine arrivent bien tard.

Le monde est à toi, une déception donc, mais comme les salles de projection sont climatisées et qu’il fait chaud dehors…

Antoine Cesano

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