Chroniques ciné

Les Gardiennes

Magnifiques portraits de femmes qui, pendant la première guerre mondiale, poursuivent leur inlassable labeur pour que survive la ferme.

Remarquables photographies qui rythment les saisons, la vie des champs, les labours, les semailles, les moissons.

Saisissants visages, extraordinaires mains, torturés, qui marquent l’attente, l’inquiétude, la détresse de ceux qui viennent en permission, de celles qui les accueillent, de celles que l’on informe de la disparition de ceux qui ne reviendront pas.

Lucidité devant la boucherie de 14-18, abominable face à face mortel entre hommes qui se ressemblent tant.

Les Gardiennes, 7 ans après Des Hommes et des Dieux, prend une place de choix dans le cinéma français. Xavier Beauvois, le réalisateur a su s’entourer de collaboratrices hors pair : la directrice de la photo, Caroline Champétier, des actrices et des acteurs que l’on ne découvre pas ou que l’on découvre comme Iris Bry, superbe Francine dans le film, la jeune paysanne au pair, symbole de la vie et de l’espoir.

Après Le Sens de la fête, Au revoir là haut, La Villa, Les Gardiennes est un beau moment à passer dans les salles obscures.

Antoine Cesano

La Villa

La Villa - un film de Robert Guédiguian

Un petit village niché au fond d’une calanque, en hiver, près de l’Estaque ; une villa construite il y a longtemps, orgueil de la famille et des voisins ; l’omnibus de la Cote Bleue qui rythme la vie des habitants : le décor de La Villa est planté. Guédiguian entre en scène.

La fin de vie d’un père rassemble les enfants et leur entourage. Nostalgie du passé chez les uns : où sont passées solidarité, simplicité, joie du vivre ensemble. Ou envie d’un autre monde chez les autres, à l’étranger si possible. Le naufrage de trois jeunes réfugiés va ressouder ce petit monde, la fraternité est toujours à l’ordre du jour ! La Villa, c’est du vrai Guédiguian, amour, nostalgie, solidarité, générosité, espoir.

Les acteurs fétiches de Robert Guédiguian sont fidèles au rendez vous, pour certains, ils ont vieilli, bien vieilli (voir ce magnifique flashback sur Ki lo sa tourné en 1986), pour les autres, les jeunes, ils nous deviennent familiers. Merci à toutes et tous pour ce moment de bonheur avec une attention particulière pour Jean-Pierre Darroussin, remarquable.

La Villa, un film fraternel, à ne surtout pas manquer !

Antoine Cesano

Jalouse

Jalouse, c’est l’histoire d’une professeure de lettres qui, en permanence au bord de la dépression, est atteinte d’une jalousie maladive. Jalouse de la beauté de sa fille, jalouse du bonheur de ses voisins, de la réussite familiale de sa meilleure amie, jalouse de la jeunesse d’une de ses collègues de travail, en un mot, jalouse de tout ce qu’elle rencontre.

Scénario peu inspiré, humour au compte goutte, comédie grinçante, Jalouse n’est de justesse sauvée que par la performance de Karine Viard, à l’aise dans l’omniprésence qui lui a été proposée.

Un film à voir quand il sera diffusé, un soir, à la télé

Antoine Cesano

Au revoir là haut

Au revoir là-haut d'Albert Dupontel

Il fallait oser adapter l’extraordinaire roman de Pierre Lemaitre, Albert Dupontel s’y est essayé et il a magistralement réussi.

Au revoir là haut ne peut pas être résumé, il faut aller le voir et on en ressortira effrayé, bouleversé, écœuré, intrigué, émerveillé, conquis. 

L’horreur des tranchées, la beauté, la poésie et la magie des masques qui cachent les gueules cassées, l’inventivité et la candeur des deux poilus héros de cette épopée, l’analyse pertinente d’une société corrompue annonciatrice du futur, tout se côtoie et s’entrechoque.

Comédie, drame, Au revoir là haut l’est tout à la fois. Dupontel a bénéficié de la complicité de Lemaitre dans le scénario. Réalisateur et acteur, il a su s’entourer de comédiens et comédiennes exceptionnels.

Film enthousiasmant et spectaculaire, il est incontournable et l’antidote des trop traditionnelles cérémonies du 11 Novembre. La séance terminée, on lira ou relira Au revoir là haut, on rejoindra ainsi les cinq cent mille personnes qui ont fait de ce roman un événement littéraire de ces dernières années.

Antoine Cesano 

 

Coexister

Coexister de Fabrice Eboué

Pour une motivation commerciale, un producteur à la dérive décide de rassembler un curé, un imam, un rabbin pour monter un spectacle autour du « vivre ensemble ». On pourrait craindre le pire, la bande annonce et les premières minutes du film le confirment.

Mais rapidement les craintes se dissipent. La mayonnaise prend, nos trois religieux nous entrainent dans des situations plus que cocasses, on rit équitablement de tout, des religions en particulier. Les joutes verbales des trois compères font mouche, elles défendent avec beaucoup d’humour et de dérisions les points de vue de chacun. Les acteurs et actrices campent de manières remarquables leurs personnages (avec une mention pour Guillaume de Tonquedec).

Merci à Fabrice Eboué de nous faire passer un bon moment et de nous rappeler que Coexister est possible et surtout souhaitable.

Antoine Cesano

Le Sens de la Fête

Le sens de la fête un film d'Eric Toledano et olivier Nakache

Humour, tendresse, humanité : Eric Tolédano et Olivier Nakache, une fois de plus, nous enchantent.

Le Sens de la Fête, c’est l’histoire de Max et de son équipe, cuisiniers, serveurs, plongeurs, photographe, maitre de cérémonie à qui est confié de servir un mariage dans un château du 17e siècle. Et pendant 120 minutes, nous allons suivre chaque personnage dans les moindres dédales de ce château. Les dialogues sont succulents, l’humour est roi, le casting remarquable. Bacri est le patron de cette belle équipe et, comme d’habitude, il fait mouche. Bourru, râleur, généreux, sa voix, ses mimiques enthousiasment le public et chaque spectateur, en lui, se reconnait un peu.

Le Sens de la Fête, remarquable comédie humaine où humour, poésie, beauté font de Max et sa bande, des amis que l’on ne voudrait pas quitter.

Courez vite voir ce film, vous en ressortirez heureux !

Antoine Cesano

Faute d'amour

Faute d’amour, un film bouleversant, une œuvre magistrale !

Andreï Zviagintsev, après avoir dénoncé dans Léviathan la corruption du pouvoir russe, nous plonge, avec Faute d’amour, dans le quotidien glaçant de la Russie d’aujourd’hui. 

Alyocha est l’enfant dont le père et la mère ne veulent plus entendre parler jusqu’au jour où, à la sortie de l’école, l’enfant disparait. La police n’en a rien à faire, c’est une association citoyenne qui part à sa recherche. L’hiver pétrifiant, la forêt à l’abandon, un bâtiment fantôme de l’ex URSS, un plan d’eau glacée sont autant d’obstacles dans la recherche.

La caméra de Zviagintsev va nous faire vivre de manière sobre, dépouillée cette lente agonie ; désespérance de l’enfant (sa détresse quand il apprend qu’on va le placer), affrontement dramatique de ses parents, effondrement de la société russe (image parlante de la sportive russe s’effondrant sur son vélo d’appartement).

Le réalisateur russe va nous saisir à la gorge, dès ses premières images, et ne pas nous lâcher jusqu’à la dernière, émouvante et prévisible.

Surtout ! Surtout à ne pas manquer !

Antoine Cesano

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