La culture se porte bien… pourvu qu’on s’en occupe

 la culture se porte bien pourvu qu'on s en occupe

Une trentaine de personnes se sont retrouvées mardi 30 avril dans un atelier thématique d’Aubagne la commune pour aborder la question de la culture dans l’activité municipale aujourd’hui. Faire un constat et tracer des perspectives pour retrouver du sens à ce qui s’est considérablement dégradé en cinq ans, faisaient l’objet de l’ordre du jour de cette rencontre.

Un constat : des abandons et des valeurs rejetées

Jusqu’en 2014 l’activité culturelle se singularisait par sa richesse et sa diversité. Ses créations et ses audaces la faisaient rayonner bien au-delà de la ville elle-même. La convivialité qu’elle entretenait à l’occasion des grands rassemblements publics assurait l’indispensable lien social et le bien vivre ensemble. Elle savait inventer des formes d’intervention pour s’adresser au plus grand nombre tout en étant exigeante sur la qualité des propositions. 

Elle n’a pas résisté depuis aux travers de l’entre-soi et du clientélisme, chers à ceux pour qui elle n’est pas vecteur de réunion mais l’occasion de distinguer et de classer. Les exemples d’initiatives proposées aujourd’hui, qui cherchent à se faire une place dans le paysage local, en sont la preuve : Chapiteaux culinaires pour ceux qui peuvent se permettre d’y participer, soirées d’été à la font de mai pour quelques-uns seulement, vernissages des expos à la galerie des pénitents, souvent privés. 

Quand elle se veut « Populaire » elle met en scène des formes passéistes et sclérosées, nous invitant comme avec 1895Aubagne à la belle époque, à faire de la figuration dans un grand album d’images aux couleurs sépia. Le plus souvent elle exclut et tient à distance. Supplément d’âme, selon la définition de la droite, elle est désormais dépossédée de toute mission émancipatrice et fraternelle. L’esprit de fête ne l’accompagne plus. La culture ne fédère plus.

Constat d’ordre général sur lequel se sont accordés les participants à cet atelier, parmi lesquels des acteurs culturels témoignant de leur expérience sur le terrain. 

Encore était-il nécessaire de le développer. 

Un programme fantôme et des acquis malmenés

Déjà, le programme électoral de Gérard Gazay préfigurait une remise en question de ce qui se faisait jusque-là. Nous ne les attendions pas avec impatience mais où sont passés : le musée du santon et de la céramique à côté duquel devait trouver place une « nouvelle » MJC, la salle de spectacles de plus de mille places, la « vraie » médiathèque… ? Pas même le début d’un commencement de réalisation.

L’actuelle équipe municipale a vécu finalement sur les acquis d’avant 2014 - programmations, dispositifs, activités des équipements et structures… - auxquels, bizarrement, elle a trouvé des vertus. Mais, les baisses de budgets d’une part et la méconnaissance des ressorts qui étaient indispensables à la conduite des projets, c’est-à-dire la reconnaissance de l’expérience des agents du service public, négligée aujourd’hui, doublée de l’énergie associative, ont peu à peu éliminé une autre culture : celle des liens, de la réflexion et de l’intelligence collective, qui constituaient l’identité et la force du projet culturel de notre ville.

Des abandons et une réaction allergique à la liberté d’expression

Plus grave, là où la parole s’est faite entendre plus fort, là où la culture s’est défendue pour protéger ces acquis, là où les formes artistiques jouaient un rôle stimulant et vivant, novateur et contemporain - MJC, salle de concerts, Arts de la rue, Festival des Arts singuliers…- ce sont des mesures radicales qui ont été prises : fermeture, fins de conventions, censures et exclusions. 

L’équipe municipale est allergique à la liberté d’expression.

La composante artistique en particulier, irriguait tous les espaces de vie, traversait les manifestations associatives, repérait et accompagnait les talents locaux, se faisait une place sur tout un territoire et pas seulement dans les lieux consacrés. Elle était une sorte de « réflexe » pour être présente partout et ses différentes formes - expressions artistiques, créations, interventions des artistes « locaux » - trouvaient une place dans chaque grande initiative publique. 

Des lieux dédiés du cœur de ville aux lieux de vie des gens plus éloignées, dans les quartiers, dans les écoles, des médiations portaient la lecture dans tous les écarts. Des réseaux artistiques patiemment organisés : les Scènes d’Aubagne,les dispositifs permettant le repérage et le soutien aux groupes de musiques actuelles, les attentions et l’accompagnement portés à la jeune création, il ne reste que quelques traces que l’on exploite abondamment à l’occasion d’une information communiquée dans les médias locaux et autres rendez-vous publics, afin de tenter de dissimuler un évident déclin. 

On a mis un terme à ce foisonnement fertile, on a court-circuité les réseaux. Les postures de mépris et d’ignorance de la vitalité artistique sont devenues la règle.

Abandons, contrôle, cloisonnement mais aussi une certaine forme d’inculture des décideurs, sont les nouveaux caractères ou principes de pilotage des responsables politiques et hautes directions municipales. 

L’équipe municipale a peu à peu anesthésié une culture vivante et populaire. 

L’engagement des acteurs culturels

Que penser alors des manifestations comme le festival Impulsion, le Carnaval, Festimôme, le FIFA, Place aux compagnies, le festival d’avant la pluie et autres Grains de sel, qui restent un héritage ayant résisté aux désengagements de la municipalité de Gérard Gazay et qui continuent de rencontrer une large fréquentation publique ? 

Contredisent-ils ce qui est écrit plus haut ?

Tout d’abord, les déconstructions ne sont pas terminées - Le festival Grains de sel, divisé par deux l’an dernier, en est le plus récent exemple - et on doit bien davantage la poursuite de ces manifestations, au seul engagement de leurs directions ou responsables directs.

Loin d’encourager toutes ces initiatives, les décisions et les procédures, les « labyrinthes » administratifs qu’il faut obligatoirement emprunter, multiplient les obstacles : baisse des budgets et subventions, délais de validation qui n’en finissent plus, tracasseries administratives… Ils sont devenus le lot quotidien des acteurs culturels aujourd’hui. Il suffit de leur poser la question pour en prendre la mesure. 

L’enfumage autour de Pagnol

Alors… il y a Pagnol et les différentes initiatives s’affichant comme les marqueurs de la nouvelle politique culturelle de la ville.

Mais, même à cet endroit, n’assistons-nous pas à un - Enfumage - ?

Qu’est-ce que cette municipalité a apporté de nouveau dans ce domaine ? Des manifestations comme 1895, la belle époque ? Souvenons-nous des initiatives lors du 100ème anniversaire, en 1995, de la naissance de Marcel Pagnol. Les créations au théâtre ? Souvenons-nous de celle de Merlusse avec Michel Galabru. Les soirées cinéma l’été sur la place ? On utilise encore les chaises longues rouges sur lesquelles est toujours imprimé - Le Bel Eté - des années 2000, à l’origine de ces rendez-vous.

L’année 2019, quant à elle, se résume à quelques activités sans ambition dans lesquelles on s’installe désormais sans ne plus y croire vraiment : une dictée, l’accueil d’un auteur, la projection d’un film et… 1895, la Belle Epoque.

Finalement,  l’omniprésence de « Nicolas », le petit-fils, symbolise seule ce que l’on n’ose plus nommer : Aubagne, capitale Marcel Pagnol.

Restent les Nuits Flamencas du mois de juillet, seule proposition de cette équipe que l’on retiendra. Mais observons quand même que du Parc Jean-Moulin de la première édition avec barrières et contrôle, billetterie et autres espaces VIP, au modèle gratuit, ouvert à tous et en cœur de ville aujourd’hui, l’influence dans le traitement des grandes manifestations publiques d’avant 2014 a été fort heureusement contagieuse.

Des perspectives pour un programme

Pour les participants à cette rencontre thématique le constat est largement partagé. Pour autant il ne suffit pas à définir les orientations d’un nouveau projet s’il ne s’accompagne pas d’un regard sur les lignes fortes des valeurs et des pratiques à réanimer. Si l’on n’examine pas également ce qui a bougé dans le mouvement associatif et culturel depuis 5 ans.

L’atelier aura l’occasion de se réunir à nouveau, mais il a pu, lors de la rencontre du 30, envisager déjà quelques perspectives et quelques fondements pour construire une nouvelle politique culturelle.

Un projet pour le territoire

Au cloisonnement et à l’isolement des acteurs culturels et des équipements, au traitement clientéliste, il faut opposer une démarche de service public, repensée. Donner de la capacité d’action à ses agents, imaginer un projet culturel à l’échelle d’un territoire sur lequel vit une population, riche de savoirs faire, de structures, avec une histoire faite d’expériences et d’engagements. Un projet qui cultive des liens et des visées partagées, en les revisitant, entre acteurs culturels, artistes, structures et dispositifs locaux tels que la MJC (ex), les maisons de quartiers, les scènes d’Aubagne… dans le but d’élargir  la rencontre entre la population et les créations culturelles. Tout en faisant de la mixité sociale et de la lutte contre l’exclusion des objectifs indispensables.

Une relation municipalité/artistes

Si l’expression artiste municipal a été utilisée - et fait débat -, c’est bien plus pour pointer le lien entre la ville et l’originalité et l’attention à porter à la fragilité du « Geste » artistique. Artiste, qui, au même titre que n’importe quel autre métier, doit être considéré pour ce qu’il est et reconnu par une forme de statut local.

L’artiste, et c’est ce qui ferait l’audace d’un projet culturel, doit être associé aux décisions qui concernent, plus que ses interventions, sa présence, dans tous les espaces de vie. Il doit accompagner avec sa singularité et sa liberté de création, la vie municipale.

Il ne doit plus être seulement, comme aujourd’hui, un prestataire occasionnel de services culturels, mais se transformer en « compagnon » permanent dans « l’aventure » de la cité.

Considérer les nouvelles dynamiques

Il ne s’agit pas de reproduire ce qui s’est fait dans le passé. En cinq ans, on l’a dit, le paysage culturel s’est transformé. Si d’un côté il s’est obscurci, par réaction et naturellement, car nous sommes là dans le champ du vivant, de nouveaux élans ont été pris.

Des lieux associatifs ont occupé le vide qui s’était installé en déployant et initiant de nouvelles activités, de plus en plus fréquentées par les gens, les artistes, le mouvement associatif. Le Cercle de l’Harmonie en est un exemple.

D’autres espaces, ont mis au cœur de leur efforts, la création artistique, le théâtre, en renforçant leurs démarches de rassemblement sur des projets qui pour certains ont atteint une reconnaissance régionale. Sur le plan local, ils ont fait bouger les repères jusque-là établis. La Distillerie en est un autre exemple.

Des associations, privées des moyens dont elles disposaient jusque-là, n’ont pas laissé s’éteindre leurs activités pour autant. Le Festival d’Avant la pluie est encore un des exemples.

Des acteurs culturels continuent de porter des formes d’expression jusque là en marge en les imposant chaque année davantage dans la ville. Le Slam et son micro de bois en font la démonstration chaque année au mois de juillet.

D’autres artistes initient des formes nouvelles de rapprochement entre des populations loin des pratiques culturelles et des créations artistiques. Au secours l’Art est là, avec le Secours Populaire.

Ces exemples ne sont pas exhaustifs. Ils indiquent simplement qu’une nouvelle politique culturelle devra prendre en considération tous ces mouvements.

La Gratuité tape sur l’épaule de la culture

Traversant la réflexion dans tous les secteurs de l’activité municipale, la gratuité d’accès à certains services interpelle aussi les modalités de fréquentation des propositions culturelles. Si la médiathèque est déjà concernée par cette mesure, il s’agit de réfléchir aujourd’hui à la question, dans le cadre de l’atelier thématique chargé de construire un programme. Des exemples de gratuité d’accès au spectacle vivant dans d’autres villes, où les théâtres ont pratiqué cette règle en l’adossant à des programmations exigeantes et non pas pour simplement faciliter la simple « consommation » de spectacles, peuvent être source d’inspiration.

Une conclusion temporaire…

Un programme doit être maintenant élaboré sur la base d’un début d’ossature imaginée dans cette première séance d’atelier. Il doit être construit avec le plus grand nombre et avoir la force d’une œuvre créée grâce aux intelligences et  aux passions ; dans le monde des gens de l’art et de la culture ce sont des « vibrations » qui ne cessent jamais. Ce qui nous fait dire que malgré les régressions en tous genres depuis 5 ans : la culture se porte bien… pourvu qu’on s’en occupe.

Jean-Luc Dimitri

 

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