En entrant à la Mairie


Le génial Prévert, a écrit le poème "En sortant de l'école"[1]. Un de nos lecteur (M. Préssec), nous fait parvenir ce détournement intitulé "En entrant à la Mairie". 

En entrant à la mairie
Nous avons abandonné 
Un très grand projet 
Qui devait moderniser
La ville dans sa totalité
Dans mon bureau doré
Tout seul j’ai décidé
De ce qui était mauvais

J’ai décidé de tout arrêter
Le beau tramway
Et ses nouveaux arrêts
Et ses futurs tracés 
Ça aussi j’ai tout stoppé
Pourtant tout le monde le voulait
Ce transport et sa gratuité

J’ai même rebaptisé 
Un tram-train en tramway
Quelle fausse bonne-idée !
C’était pour camoufler que je veux recycler
Les rames déjà achetées
Tout cet argent public gaspillé
Parce qu’avant de savoir j’ai décidé
Personne ne m’a éclairé

Faut dire que je suis mal entouré
Mêmes par les nouveaux fonctionnaires
Que j’ai embauchés
Et qui nous ont coûté si cher !
Mais je n’ai pas gagné 
L’élection pour être un grand maire
J’ai juste réussi à tout rater
Quatre ans et demi pour constater
Qu’il me faut un tramway 
Et même un técé-èspé !

Sylvia, elle voulait sur les rails se coucher
Pour ne plus le faire avancer
Alors j’aurais dû l’écraser
Et réaliser le tramway
Faire avancer l’autre projet
Voie de Valdonne c’était 
Un vrai tram train ç’aurait été
Pas l’hersatz que j’ai commandé
Celui que je défends sans bonne idée
Celui que je vends sans même la gratuité

Je suis un élu mauvais
Et maintenant je le sais
Comme tous les Aubagnais
Cynique affable et entêté 
J’voudrais encore me présenter
Faudrait oser !
Mais comme j’ai tout échoué
J’vais quand même pas mettre les voiles !

Préssec

 

[1] Voici le poème original de Prévert :

En sortant de l'école
Nous avons rencontré
Un grand chemin de fer
Qui nous a emmené
Tout autour de la terre
Dans un wagon doré
Tout autour de la terre
Nous avons rencontré
La mer qui se promenait
Avec tous ses coquillages
Ses îles parfumées
Et puis ses beaux naufrages
Et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
Nous avons rencontré
La lune et les étoiles
Sur un bateau à voiles
Partant pour le Japon
Et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
Tournant la manivelle d'un petit sous-marin
Plongeant au fond des mers
Pour chercher des oursins
Revenant sur la terre
Nous avons rencontré
Sur la voie de chemin de fer
Une maison qui fuyait
Fuyait tout autour de la terre
Fuyait tout autour de la mer
Fuyait devant l'hiver
Qui voulait l'attraper
Mais nous sur notre chemin de fer
On s'est mis à rouler
Rouler derrière l'hiver
Et on l'a écrasé
Et la maison s'est arrêtée
Et le printemps nous a salué
C'était lui le garde-barrière
Et il nous a bien remercié
Et toutes les fleurs de la terre
Soudain se sont mises à pousser
Pousser à tort et à travers
Sur la voie de chemin de fer
Qui ne voulait plus avancer
De peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
À pied tout autour de la terre
À pied tout autour de la mer
Tout autour du soleil
De la lune et des étoiles
À pied, à cheval, en voiture et en bateau à voiles.