Angèle : les «Cartouns» tournent le film sur la scène du Comœdia


 

Les comédiens de la Compagnie Cartoun Sardines s'amusent à jouer sur scène le tournage d'Angèle, le film de Marcel Pagnol de 1934 adapté du roman de Jean Giono, Un de Baumugnes.

Un rail de travelling encercle une plateforme mobile. L'ensemble deviendra tour à tour les différents décors du film : la maison, la colline et le chemin, la cave ou la chambre d'hôtel... Dans de vertigineux tours de « manège », les comédiens sur le « chariot » jouent l'équipe de tournage, caméra et perche-micro simulées, pendant que d'autres, au centre, sur la plateforme, jouent les scènes du film. Puis on alterne, on se redistribue les rôles, on passe de celui de machiniste à celui d'acteur, on commente, on inverse les plans, on galèje,  le rail du travelling surmonté de son chariot devient soudain le chemin et la charrette tirée par le cheval de Clarius...

Pris dans le tourbillon du jeu des acteurs et de la scénographie, on se laisse posséder par ces mouvements combinés et incessants et, curieusement, on se pose une question : l'illusion, au cinéma -le vrai- produite par cette technique de prise de vue que l'on appelle : caméra contrariée - qui nous donne à voir des seconds plans qui changent de dimension pendant que le premier plan lui ne bouge pas- est-elle ici fortuite ou préméditée ?

Du « Cartoun Sardines » comme on aime

Les six comédiens prennent un malin plaisir à déjouer les codes, à vivre le théatre comme une joyeuse débandade dans une cour de récréation. Ils jouent des personnages certes mais aussi un arbre, une porte, un objet ou un animal de la ferme. La partition musicale du spectacle, écrite par Pierre Marcon, sublime le jeu. On retiendra cette transposition délirante de la scène dans le film où Albin appelle Angèle au son de son harmonica. Ici, c'est par un show endiablé, à la Elvis, sous des lights trépidants. Bref, du théâtre à la Cartoun Sardines. Décalé. Comme on aime.

Un style, une époque, une région, une poésie

Cette parfaite alchimie entre jeu des comédiens et dispositifs scéniques, cette « mécanique  théâtrale » bien huilée, pourrait n'être que ludique et accessoire et ce serait déjà du spectacle, mais l'intention ne s'arrête pas là. Avec beaucoup d'humour et de la distance par rapport à l'oeuvre originale mais dans un très grand respect du genre, du texte et des ressorts du drame, la pièce mise en scène par Patrick Ponce [1] attire notre attention sur d'autres aspects.
En 1934 nous sommes au début du cinéma parlant et c'est l'ambiance d'un tournage que la Compagnie nous fait partager, le tournage à La Treille et dans le décor naturel des barres de Saint-esprit. Les acteurs et les équipes techniques participaient alors à une aventure commune et découvraient ensemble les possibilités nouvelles offertes par le cinéma pour transmettre des émotions et raconter une histoire.

La pièce pointe le doigt sur ce qui aujourd'hui est pour nous banalisé et ce à quoi on ne prête plus attention : le gros plan, la contre-plongée, le travelling… Autant de techniques nouvelles qui étaient sur les plateaux à l'époque des découvertes cinématographiques et à l'origine d'un enthousiasme et d'une convivialité forte chez les acteurs et les techniciens.

« Avec Angèle, nous pénétrons dans l'authenticité d'un style, d'une époque, d'une région, d'une poésie » nous confie Patrick Ponce.

Un émotion intacte avec quand même un « parti pris » de résistance

Et puis il y a les thèmes : le déshonneur, l'autorité du chef de famille… Les Cartouns s'affranchissent et rafraichissent certaines scènes pour leur donner, avec humour, une résonance plus en phase avec les valeurs de notre époque - On retient cet « écart » de la compagnie, par rapport à l'oeuvre originale, qui dans cette création émancipe Philomène, la mère d'Angèle, de sa soumission au pouvoir du mari -

On préserve également l'émotion de certaines scènes du film. La truculence scénique se met alors en pause pour mieux focaliser sur l'intensité de certaines séquences, en particulier celle de la visite de Saturnin à Angèle, dans la chambre d'hôtel à Marseille ou encore ce moment où Clarius, fusil en mains, cède à la demande d'Albin «Je prends la fille et l'enfant » et « Quand il aura fini de grandir, au milieu de ses frères et sœurs, on ne saura pas lequel c'est » dit Albin. Moments clés de la pièce, selon moi, comme preuve de fidélité à l'oeuvre de Pagnol.

La création (c'était une première) d'Angèle au Comoedia samedi dernier par la Compagnie Cartoun Sardines, vient, après une résidence de 3 semaines sur place, un peu comme il y a quelques années avec la trilogie de la compagnie belge Marius (certains s'en souviennent encore) nous dégourdir joyeusement d'un rapport et d'un regard peut-être un peu trop ankylosés par un film, vu, revu, diffusé, rediffusé, jusque sur les places publiques les soirs d 'été.

Une oeuvre salutaire donc aujourd'hui à Aubagne.

  

Jean-Luc Dimitri

  

[1] Patrick Ponce est directeur de Cartoun Sardines. Il a réalisé la conception, l'adaptation et la mise en scène de la pièce.

 

Séances de rattrapage pour ceux qui n'étaient pas au Comoedia :

Vendredi 5 octobre 20h30 Théâtre Jean Le Bleu à Manosque
Jeudi 18 octobre 20h Théâtre Jacques Coeur de Lattes (Près de Montpellier)
Samedi 8 décembre 20h30 Théâtre de Fos sur mer
Du mardi 5 au samedi 9 février 2019 à 20h Théâtre des Bernardines Marseille.
Mardi 14 mai 2019 à 20h Théâtre de la Chaudronnerie La Ciotat 

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