L'Insoumis à La Penne


 

Le 15 mars à l'Espace de l'Huveaune de La Penne sera projeté "L'Insoumis" le film réalisé par Gilles Perret (La Sociale, Les Jours Heureux) autour de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. La soirée est organisée par le groupe d'appui de la France Insoumise Aubagne Garlaban, l'Assemblée des Insoumis d'Ici et d'Ailleurs (AIIA) ainsi que par les groupes d'appui d'Auriol, de La Bouilladisse et de Roquevaire. Avant de revenir sur le déroulement de cette soirée dans un prochain article, nous vous proposons ci-dessous l'interview du réalisateur.

 


 

Décider de suivre un candidat à la présidentielle pendant trois mois n’est pas un choix anodin. Quel a été le déclic ?

A l’origine de presque tous mes documentaires, il y a une rencontre marquante avec un personnage qui déclenche l’envie d’un film. Je ne connaissais pas personnellement Jean-Luc Mélenchon avant que je fasse son interview pour les besoins du film Les Jours heureux et qu’il vienne voir La Sociale. J’ai tout de suite été frappé par sa personnalité et le ton très direct qu’il a donné à nos discussions. C’est un affectif. Dès les premiers échanges, on sent qu’on a affaire à quelqu’un qu’on peut aimer ou détester, mais qui ne laisse surtout pas indifférent. Et, en ce sens, c’est un vrai personnage de cinéma.

Par ailleurs, j’ai toujours été un passionné de politique et avoir la possibilité de me glisser à l’intérieur d’une campagne électorale, c’était un rêve qui trouvait là l’occasion de se réaliser.

On n’imagine pas Jean-Luc Mélenchon accepter facilement d’être filmé à tout instant d’une campagne si importante. Comment l’avez-vous convaincu ?


Nous nous sommes donné rendez-vous un matin dans un bistrot proche de chez lui. Je lui ai fait part de ma vision du tournage : être partout avec lui, ne pas rester à la porte comme les journalistes qui s’apprêtaient à le suivre. J’ai précisé que je travaillerais seul, au plus proche, pour être vraiment dans l’intimité de sa campagne.

Pas facile pour lui d’accepter de se faire filmer de cette façon à un moment où tout est exacerbé et où les enjeux sont énormes. Il fallait une confiance réciproque et un respect mutuel. Il a commencé par me lister tout ce qui allait mal se passer : les complications qui naîtraient, sa difficulté présumée à me consacrer du temps, son caractère, etc. Devant mon indifférence face à ces faux problèmes, il a fini par me dire : « Puisque c’est toi, d’accord ! » — mes films et mon point de vue assumé semblaient lui convenir. J’ai conclu en promettant que si ça ne se passait pas bien lors du tournage j’arrêterais et que ce ne serait pas très grave. Et finalement tout s’est très bien passé, au-delà de mes espérances.

Le candidat, ou son équipe, vous ont-ils malgré tout fixé des limites, ou certaines règles se sont-elles spontanément imposées à vous ?


Tout d’abord, il était clair qu’il n’y aurait rien sur sa vie privée. Il ne rigole pas avec ça. Ensuite, il ne fallait pas que je l’entrave dans son travail, dans ses moments de réflexion. Nous étions convenus que je passerais par Sophia Chikirou, sa conseillère en communication, pour savoir si je pouvais ou non venir le filmer. Mais, très rapidement, nous avons eu un rapport beaucoup plus direct, et j’ai pu être présent, sans filtre, à tous les moments importants de cette campagne.

Vos précédents films ont fait resurgir des pans méconnus de notre Histoire contemporaine — l’action du Conseil National de la Résistance dans Les Jours heureux, la création de la Sécu dans La Sociale. Filmer l’Histoire en train de s’écrire vous a-t-il procuré une excitation nouvelle, en tant que cinéaste ?


Je crois que j’avais besoin de faire un film « ici et maintenant », de filmer moi-même, sans archives, sans musique. C’était d’ailleurs ce que j’avais fait sur certains de mes films précédents, moins connus que ceux que vous citez. A fortiori, filmer l’histoire politique en train de se faire était une formidable occasion qui s’offrait à moi.

Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, parmi les principaux candidats, me semblait être celui qui portait le plus haut les questions sociales et environnementales, qui sont au cœur de ma filmographie. J’y voyais un prolongement logique de mon travail de documentariste.

Aviez-vous en tête quelques fillms fameux sur des candidats à la présidentielle : Une partie de campagne, de Depardon, par exemple, sur Valéry Giscard d’Estaing en 1974 ?


Bien sûr que j’avais en tête ce documentaire, tout comme Le Président d’Yves Jeuland. Pour ce qui est du film sur Giscard, il s’est fait à une période où il n’y avait pas de communicants. Aujourd’hui, la communication politique est partout. Les caméras sont encadrées, surveillées et les responsables politiques très contraints dans leur façon d’être. Je crois que Jean-Luc Mélenchon sort du lot. Dès qu’il accorde sa confiance, c’est « open bar ». Il fonctionne beaucoup à l’affect, si bien que, finalement, je pense m’être souvent retrouvé dans la même proximité que celle que pouvait avoir Depardon avec Giscard. Sauf que Jean-Luc Mélenchon ne gagne pas à la fin...

Malgré le rythme très soutenu de la campagne, il se dégage de votre film une impression de relative sérénité. Avez-vous choisi de gommer les moments de stress ou avez-vous été vous-même surpris par cette « force tranquille » ?


Lorsqu’on me parle de ce film, la première question qu’on me pose en général, c’est « Alors, il s’est énervé ? Ça a clashé ? Et ses colères ? ». Je suis désolé de décevoir mes interlocuteurs, mais dès que je suis passé de l’autre côté de la barrière médiatique, j’ai eu le sentiment d’avoir affaire à une équipe incroyablement soudée et sereine. Les seuls moments de tension que j’ai filmés sont tous dans le film. Peut-être cette sérénité s’explique-t-elle par la dynamique qui a toujours été bonne durant ces trois mois, et parce que les sondages n’ont cessé de monter : c’était propice à l’instauration d’une bonne ambiance. Jean-Luc Mélenchon disait lui-même que c’était la campagne la plus tranquille qu’il ait eu à mener.

Quelle distance peut-on garder quand on est embarqué au côté de l’un des protagonistes d’une campagne ? Est-ce surtout au montage que s’impose cette question ?


Il est vrai qu’une campagne, vécue de l’intérieur, a quelque chose de grisant, mais j’ai toujours essayé de garder une distance par rapport à mon sujet.

Le propos de ce film est de montrer ce que j’ai vécu de l’intérieur avec le maximum de sincérité et sans artifice. J’ai volontairement choisi au montage de n’utiliser ni voix off, ni musique, afin de laisser vivre les images brutes. Le résultat, je pense, c’est que ceux qui aiment Jean-Luc Mélenchon vont le trouver formidable et ceux qui le détestent vont continuer à le détester. Par contre, je pense que tous vont découvrir des facettes du personnage qui ne sont pas celles que l’on voit habituellement dans les médias.

Votre film montre à quel point Jean-Luc Mélenchon s’était convaincu qu’il allait gagner. Etait-ce intimidant ?

C’est vrai qu’à force de filmer un homme et son équipe au travail dans des lieux plutôt populaires et loin des dorures de la République, j’en oubliais un peu les enjeux. 
Mais parfois, en prenant du recul, je me disais effectivement que j’étais peut-être en train de filmer le prochain président de la République. Ça n’a pas été le cas mais pour faire un film avec du relief, des affects, de l’ambiance et du suspens, je crois que j’ai choisi le bon personnage et la bonne campagne...

Vous avez évoqué l’aspect clivant de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Quel impact pensez-vous que cela puisse avoir sur la sortie du film ?

Je m’en rends compte quand je parle du film autour de moi ou sur les réseaux sociaux, ça « fighte » entre les « pro » et les « anti » ! (rires) Et ce, avant même que les gens aient vu le film.

Certains visages se ferment et des paroles pas très sympathiques sont parfois prononcées. Le plus incroyable est que cela se dirige aussi contre moi. Comme si j’avais l’habitude de faire des hagiographies ! Je ne m’y attendais pas à ce point... Ce que j’espère, c’est que le public fera la part des choses, et verra la différence entre le film, le personnage filmé, et moi. Mon rêve serait d’ailleurs que le film soit vu aussi bien par des gens de gauche que de droite.

Ce qui est certain, c’est que je n’ai pas choisi un personnage lisse, et il me semble que c’est ce qui fait aussi un intérêt fort du film.

 

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