Service réanimation de l'hôpital : le personnel, les syndicats et la population ne veulent rien lâcher

Beaucoup de monde dans le hall de l'hôpital ce jeudi 4 mai à l'occasion de la conférence de presse donnée par les organisations syndicales, Sud, CFDT, CGT, UNSA, FO déterminées et unies.

D'entrée le ton était donné par une syndicaliste de Sud qui s'exprimait au nom de l'intersyndicale :"Nous refusons de nos soumettre, nous ne lâcherons rien, nous allons nous battre, ensemble, pour gagner".

L'ARS (Agence Régionale de Santé), qui est l'organisme de tutelle qui fait appliquer les orientations gouvernementales, a, en effet, annoncé il y a quelques semaines que le service de réanimation de l'hôpital devait être transféré à la clinique privée de la Casamance.

Ce service est neuf, il en a coûté 4 millions d'euros aux contribuables sur des fonds uniquement publics. En décembre 2016, l'ARS a renouvelé l'autorisation de continuer pour 5 ans. Le taux d'occupation est de 100%. La directrice de l'hôpital nous le confirmera plus tard, le personnel a reçu une formation de très haut niveau. On ne peut pas trouver mieux en matière de compétence. Une syndicaliste de la CFDT insiste "s'il y avait un classement, nous serions dans le tiercé de tête".

D'où la conclusion unanime de l'intersyndicale : "il s'agit d'un choix politique".

Le service public de santé en grand danger

On entendra :"On va transformer les patients en clients ... sous prétexte de création d'un pôle public/privé, on veut donner de la valeur ajoutée à la Casamance : pourquoi faire ? On vous laisse deviner ... on va faire passer de l'argent public dans les poches du privé ... dans le public, l'essentiel, c'est le patient ... pendant longtemps la Casamance a refusé le rapprochement avec l'hôpital, aujourd'hui, il y a des difficultés, et on vient nous chercher ... ici, le patient, c'est notre mission ... à l'hôpital, tout le monde est reçu, riche ou pauvre ..."

Le médecin responsable du service, monsieur Heisel, confirme que son unité "c'est le bon élève" et qu'il travaille avec l'administration de l'hôpital pour faire mesurer les graves conséquences sur l'ensemble des activités hospitalières qu'aurait ce transfert.

En effet, la suppression de la réanimation, c'est moins d'accueil aux urgences, c'est une diminution importante des activités dans tous les autres services hospitaliers. En conséquence, un membre du personnel, dans le public, dira : "les aides exceptionnelles de l'ARS vont être annulées. On veut nous mettre le pied sur la tête".

D'autant plus que le budget du service public de santé est maintenant soumis à "la tarification à l'acte". Moins d'activité, moins de moyens. Les critères financiers, dans ce domaine aussi, ont pris le dessus sur les critères humains.

A ce sujet, un syndicaliste de la CFDT fera observer que la tarification à l'acte est, en fait, une arnaque. Il cite l'exemple des examens IRM où l'état paie l'acte de moins en moins cher en fonction du nombre : "Plus vous en faites, moins l'acte est rétribué".

La volonté unanime de ne rien céder

Une déléguée syndicale CGT résume en affirmant que les conditions de travail se dégradent, que la précarité des contrats se développe, que dans tous les services on travaille plus pour gagner moins, et qu'avec la disparition de la réanimation c'est tout le service public de santé qui est en cause.

Un autre de la CFDT ajoutera : "Il s'agit de coûts et de coups. Des coûts supplémentaires pour l'hôpital et un coup social immense".

Tous ont insisté sur le fait "qu'ils n'étaient pas anti-privé, mais déterminés à défendre le service public". L'intersyndicale dénonçait un audit qui a permis de lancer la procédure, particulièrement insuffisant puisque, par exemple, seul le service de réanimation de la Casamance a été visité, pas celui de l'hôpital. Cela ressemble à l'audit organisé par le maire d'Aubagne pour privatiser la restauration scolaire.

C'est la première fois en France, et cela se passe à Aubagne, qu'un pôle public/privé est envisagé en transférant un service de réanimation. Douze médecins et 48 personnes, infirmiers-ères et aides soignant-e-s sont concernés, mais il semble que tout le personnel hospitalier est bien décidé à ne pas laisser faire.

Un groupe de travail est en place pour faire des propositions à l'ARS et pour faire mesurer l'impact pour toute l'activité de l'institution hospitalière.

Au delà, chacun et chacune à leur tour, l'intersyndicale, les organisations syndicales départementales, le personnel présent, le maire honoraire d'Aubagne ont crié leur volonté de ne rien céder, comme pour l'IRM hier.

Des manifestations avec la population sont prévues, une demande de rencontre est demandée au Directeur Général de l'ARS, tous les candidats aux législatives vont être interrogés. Sachant que, pour l'instant, du côté du maire et de son adjoint à la santé, c'est silence radio.

Avant de se quitter, tous les présents ont repris en coeur : "Avec la population, on ne lâchera rien".

Claude Bernardi

 

Rencontre avec la directrice de l'hôpital d'Aubagne

Après la conférence de presse donnée par l'intersyndicale de l'hôpital, la directrice de l'hôpital, madame Florence Arnoux, a fait savoir qu'elle souhaitait rencontrer les médias présents.

Les journalistes de Mèfi.tv, de La Provence et de La Marseillaise, se sont retrouvés dans son bureau pour écouter le point de vue de la direction de l'hôpital ou plus exactement celui de l'ARS (Agence Régionale de Santé).

De ce point de vue donc, la décision se justifie pour au mois trois raisons principales :

- la "fuite" des patients du territoire vers les structures médicales marseillaises par manque d'un "plateau" médical suffisamment performant ici. Plus de la moitié des malades concernés, adultes et enfants, vont se faire soigner dans la capitale régionale.

- la nécessité de renforcer de façon très sérieuse la qualité et la sécurité des soins.

- un regroupement nécessaire des deux services face à une démographie médicale trop faible dans ce domaine.

Nécessité de renforcer la qualité et la sécurité des soins

La directrice y rajoute que l'activité de l'hôpital Edmond Garcin ne cesse de se dégrader et qu'il faut travailler à associer le public et le privé pour tenter de réduire les déficits chroniques. Nous lui faisons observer que les organisations syndicales et le personnel nous ont affirmé exactement le contraire : "Dites bien que l'hôpital va très bien, que l'activité ne cesse de croître".

Elle n'a pas d'explication à cette appréciation aussi différente : "A toutes les réunions depuis trois semaines, j'ai expliqué dans quel état se trouve l'outil hospitalier".

Elle précise que le projet de pôle public / privé est en phase de finalisation depuis un an. Que c'est une condition pour améliorer toutes les filières médicales. Que c'est une orientation nationale depuis 2012 et que c'est toujours gagnant-gagnant pour le public et pour le privé (quand on lui demande de nous donner des exemples, elle nous renvoie vers les services de l'ARS).

Le pôle public /privé, c'est une orientation nationale depuis 2012

Elle rajoute qu'ici, le rapatriement du pôle maternité vers l'hôpital est en bonne voie et que pour le service réanimation, il faudra avoir les réponses au mois de juillet.

Elle affirme : "Il y a la nécessité de recomposer l'hôpital et il faut avoir une vision positive d'un partenariat public / privé qui peut fonctionner".

Elle souligne que "le maire de la ville (l'actuel, précise-t-elle, pas celui qui a parlé tout à l'heure) est très clairement à fond pour un site unique public / privé". La directrice nous conseille d'ailleurs d'aller l'interroger : "C'est lui qui gère la ville". C'est lui qui décide ?

Le maire est à fond pour

Elle termine en reconnaissant des "maladresses" concernant l'audit et assure qu'il s'agit là d'une expérimentation et que les décisions ne seront prises qu'au bout de toutes les phases de travail.

Il y a donc encore des espaces pour faire entendre la voix de la raison, de l'efficacité et surtout, la volonté de la population de ce territoire.

Claude Bernardi

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