L’histoire du Cercle de l’Harmonie


Du 25 au 27 septembre, le Cercle de l’Harmonie fêtera son 125ème anniversaire (retrouvez le programme ici). Comme promis, nous vous proposons un retour sur cette longue histoire à partir du livre publié en 1980 par Lucien Grimaud : « Cent ans d’Aubagne à travers l’histoire du Cercle de l’Harmonie ». 

 

LA FONDATION

L’Histoire commence un soir du mois de septembre 1889 : le Café du Midi (l’actuel cinéma Pagnol), qu’on appelle parfois le café des « rouges » est plein à craquer. Autour d’Antide Boyer, député depuis 1885 et maire d’Aubagne depuis 1888, se préparent fiévreusement les législatives du 22 septembre. Les « blancs » font de même au café Régis (devenu Noailles ensuite).

Si à l’issue de cette campagne, le plus jeune des premiers députés socialistes de l’Histoire est réélu aisément, ailleurs le socialisme français naissant essuie de nombreux revers (48 sièges perdus). Pour se prémunir du « retour offensif et dangereux de la réaction » à Aubagne, l’idée de la fondation d’un Cercle émerge.

Un Cercle qui ne soit pas simplement un groupement de défense républicaine mais aussi une salle de consommation où l’on peut se réunir sans être obligés de boire (sinon à un prix inférieur à celui pratiqué ailleurs). Comme au même moment, les musiciens aubagnais « rouges » sont à la recherche d’un local pour répéter, ils rejoignent le projet mais à la condition que le groupement à naître se nomme Cercle de l’Harmonie.

Le 11 août 1890, c’est chose faite lors de l’Assemblée Générale constitutive qui réunit 253 membres fondateurs. Le 21 septembre, au son de la Marseillaise, le Cercle ouvre ses portes au 14 de la rue de la République.

 

LES PREMIERES ANNEES

Malgré l’appui de ce tout jeune Cercle, Antide Boyer perd, d’extrême justesse, l’élection municipale de 1892. Le député ne siège pas comme conseiller d’opposition mais il est Président du Cercle et dans le journal « l’Avenir », il « malmenait la bourgeoisie aubagnaise en des articles incisifs » (comme Méfi! aujourd'hui !)Il dénonce aussi les agissements du maire, le Docteur Corsy, qui supprime (déjà !) des subventions qu’accordait précédemment la Ville.

Au conseil municipal, c’est un autre membre éminent du Cercle, Timothée Bonnet qui combat la politique de la municipalité Lafond (celui-ci a remplacé Corsy, décédé en 1893) lorsqu’elle attaque l’école laïque en réduisant les indemnités accordées aux instituteurs pour les études surveillées ou les subventions aux écoles laïques. Il déclare : « Vous économisez sur l’instruction et vous créez un nouvel emploi d’agent de police. Où voulez vous donc en venir ? »

Dans le même temps, fidèle à sa vocation, le Cercle distribue trois cents bons de pain et de viande aux indigents de la commune et fait parvenir des secours aux ouvriers de Carmaux en grève.

 

L’INSTALLATION SUR LE COURS BEAUMOND

Le 1er septembre 1899, le Cercle s’installe sur le cours Beaumond, dans les locaux du Café du Théâtre dont il devient locataire.

Ce nouvel emplacement permet l’apparition des premiers concours de boules ainsi que celle des opérettes sur la scène du théâtre adjacent (le futur cinéma Lido) qui accueillera quelques années plus tard la 1ère séance de cinéma d’Aubagne en projetant les films des frères Lumière et ceux de Méliès.

Dans ces années-là, le Cercle est déjà en pointe dans le combat social et politique local. Comme les licenciements se multiplient dans les tuileries, il organise une fête au profit des « sans-travail » et crée une caisse de chômage pour ceux qui font partie du Cercle (avec extension aux potiers de Vallauris en conflit avec leurs patrons !).

Lorsque le maire tente d’interdire les jeux de boules sur le cours Beaumond et le boulevard de la Vierge (aujourd’hui boulevard Lakanal), il est obligé de faire marche arrière devant les protestations.

Cette intense action locale se concrétise en 1907 par l’élection d’une majorité municipale socialiste avec Fernand Bouisson à sa tête. Cette nouvelle municipalité créera notamment les cantines scolaires et instaurera la gratuité des livres et des fournitures scolaires.

 

HISTOIRES D’UNIONS ET DE DIVISIONS

En 1909 commencent quatre années de divisions et de crise au Cercle, ponctuées de nombreuses démissions et exclusions. C’est l’adhésion de Bouisson à la SFIO alors qu’il avait été élu député comme socialiste indépendant contre un candidat SFIO (Crémieux que Jaurès était venu soutenir à Aubagne) qui provoque le démarrage de cette crise. Elle conduit inévitablement à l’élection de Joseph Lafond qui redevient maire en 1912.

En 1913, lors d’une Assemblée Générale houleuse, l’amnistie pour les membres exclus est votée ainsi que la réintégration de Timothée Bonnet. La section SFIO revient au Cercle et « l’unité des gauches se reconstituait » ; celui-ci compte à nouveau plus de six cents membres.

Aux premières heures de la guerre, le Cercle offre ses services au maire (à Aubagne aussi c’est l’« union sacrée »), cela se concrétisera notamment tout au long de la guerre par l’accueil de soldats blessés, le cantonnement de troupes et l’envoi de colis aux prisonniers.

En 1919, le cours Legrand devient cours Maréchal Foch et l’avenue Arnaud-Mathieu devient avenue Georges Clémenceau. Quelques années plus tard, ces nouvelles appellations feront l’objet de polémiques. C’est cette même année que le Cercle devient propriétaire de ses locaux.

Un an plus tard, c’est la scission de la SFIO au Congrès de Tours. À Aubagne, Timothée Bonnet crée la section communiste mais la majorité des membres du Cercle reste fidèle à Léon Blum.

 

LA VICTOIRE DE L’UNION

L’Union des Gauches emporte la mairie en 1925 et le radical Louis Sénez est élu maire. Le doyen Timothée Bonnet prononce un discours resté fameux lors de l’installation du nouveau conseil municipal :

«  Notre élection a, paraît-il, épouvanté le monde catholique… je tiens à (les) rassurer et à leur déclarer que, respectueux de toutes les confessions, nous n’aurons jamais à nous immiscer dans des affaires de croyance ou de foi, qui sont du domaine pur de la conscience humaine individuelle.
Mais, sur le terrain économique, nous ne saurions donner semblable assurance aux sociétés capitalistes puissantes, exploiteuses de la classe ouvrière et à quelques rares gros possédants de notre commune. Malheureusement, nous sommes enserrés dans des lois antidémocratiques qui nous empêchent d’atteindre par des textes les privilégiés de la richesse. Les édilités municipales sont toujours, hélas, jugulées par des lois inexorables aux pauvres et clémentes aux riches. Les communes sont mineures. Elles sont sous la tutelle de l’Etat bourgeois.
En attendant, les syndicats ouvriers, les organisations politiques peuvent compter sur tout notre concours et notre absolu dévouement à leurs justes causes ; les pauvres, les déshérités de ce monde, sur notre fraternelle sollicitude ; et tous nos administrés, sur notre impartiale justice. »

Fidèle aux principes énoncés par son doyen, cette municipalité rétablit les cantines scolaires supprimées par les élus précédents, créé une caisse de retraites pour le personnel municipal, relève l’allocation de chômage, vote des secours aux grévistes. La Bourse du Travail est créée, elle s’installe au 2ème étage des Halles (au-dessus de la mairie annexe d’aujourd’hui).

Quant à l’avenue Clémenceau, elle n’est pas entièrement débaptisée, comme le demande Timothée Bonnet mais sa partie basse (notamment devant la mairie) est renommée Jean Jaurès.

 

D’ECHECS EN RECONQUETES

Les élections municipales de 1929 sont précédées d’une campagne électorale d’une rare violence. L’opposition de droite, menée par Marius Boyer, diffuse un tract intitulé : « La tuberculose aux portes d’Aubagne ! ». Il s’agit de dénoncer la construction, près de l’Hôpital, d’un pavillon pour les malades pulmonaires mais surtout de jouer sur les peurs de la population et de les instrumentaliser (selon un procédé encore utilisé au 21ème siècle par la droite locale !). Qu’importe si, une fois élu, le nouveau maire, loin de supprimer ce pavillon en augmente le nombre de lits…

Lorsqu’en 1932, Marius Boyer, déjà maire et conseiller général, devient député, la Gauche, ébranlée par ce nouvel échec électoral, se rassemble au Cercle de l’Harmonie et prépare la reconquête de la mairie.

Ce qui est fait en 1935, avec l’élection de la liste du Cercle issue du Front Populaire et conduite par Célestin Espanet.

 

LA 2nde GUERRE MONDIALE

En 1941, le conseil municipal du Front Populaire est dissous par le régime de Vichy qui propose à Marius Boyer d’être maire à la place de Célestin Espanet. Il accepte et, dans la foulée, propose de renommer le cours Voltaire cours Pétain… ce que celui-ci refuse. Par contre, le boulevard Jaurés redevient (temporairement) Clémenceau !

Dans ces années sombres, menacé de fermeture, le Cercle vacille. Pour survivre, il est obligé de modifier ses statuts trop marqués à gauche et de vendre le Cinéma-Théâtre. Fin 1942, il est même réquisitionné par les allemands et transformé en caserne.

Mais partout en France, la Résistance s’organise. À Aubagne, le Front National de lutte pour la libération et l’indépendance de la France est créé par un jeune militant communiste, Edmond Garcin.

La libération d’Aubagne intervient le 21 aout 1944 et parmi les quinze aubagnais, morts les armes à la main ce jour là, figurent quatre membres du Cercle.

 

L’APRES GUERRE

Lors des municipales de 1947, le socialiste Mario Cresp s’allie avec des gens venus de tous les partis de droite et bat la liste conduite par Edmond Garcin, rejetant les propositions d’union de celui-ci : « Entendez l’appel du Cercle de l’Harmonie qui demande la constitution d’une municipalité républicaine, comme celle du Front populaire ».

Les conditions de cette élection provoquent d’importants remous au Cercle : à la quasi unanimité de l’Assemblée Générale, Mario Cresp et cinq de ses amis sont exclus.

Rebelote en 1959 : la SFIO s’allie avec les partis de droite pour battre (d’une centaine de voix) la liste Garcin (élu conseiller général l’année précédente) soutenue par le Cercle.

Mais ces alliances entre les dirigeants socialistes et la droite sont rejetés par nombre de militants et d’électeurs socialistes qui reviennent vers le Cercle, et l’année 1965 voit l’élection au 1er tour de la liste « Pour Aubagne et son Avenir » conduite par Garcin (déjà député depuis 1962).

 

L’APRES 1965

S’ouvrent alors cinquante années durant lesquelles le Cercle est resté au cœur de la vie politique et sociale aubagnaise. Acteur et témoin de nombreuses victoires électorales : les élections successives d’Edmond Garcin, de Jean Tardito et de Daniel Fontaine à la tête de la Ville. De quelques défaites aussi dont celle, encore douloureuse, des élections municipales de 2014.

L’Histoire détaillée de ces cinquante dernières années reste à écrire. Ce travail de mémoire, à l’instar de celui réalisé par Lucien Grimaud pour la période précédente, sera sans nul doute un élément de la reconquête des esprits et des cœurs déjà en marche dans la Ville.

Fidèle à son histoire, le Cercle doit prendre dans cette nouvelle période la place qui a toujours été la sienne. Comme le dit Edmond Garcin dans la préface du livre de Lucien Grimaud souhaitons « au Cercle de jouer encore plus son rôle de rassembleur dans le combat qu’il ne cesse de mener pour la Dignité, pour la Liberté et pour la Paix. »

Cela commence les 25, 26 et 27 septembre prochains lors des manifestations organisées pour le 125ème anniversaire qui seront l’occasion de réaffirmer cette place irremplaçable du Cercle dans la vie locale.

En attendant, laissons le dernier mot à Lucien Grimaud : « Longue vie à notre Cercle de l’Harmonie. Il est à jamais porté par l’écho des luttes de son passé ! »

Olivier Bosch

 

Photo de 1988 : on fête au Cercle l'élection de Daniel Fontaine comme Conseiller Général du canton d'Aubagne, on voit Edmond Garcin (Député-Maire Honoraire), Jean Tardito (Député-Maire d'Aubagne ), Geneviève Donadini (Maire de La Penne) et Jean Claude Molina (Maire de Cuges les Pins).

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