Le charl'Antan-nisme


charl'Antan-nisme

Qu'est-ce que le charl'Antan-isme ? C'est cette passion de nos élus locaux pour le passé fantasmé, le folklore paysan, la musique de flûte, le moyen-âge retrouvé, bref les gloires de l'Antan. Comme si nous, Provençales et Provençaux d'aujourd'hui, n'étions que des filles et fils de bastidans, de sourciers, de chevriers, de lavandières, et je ne vous parle pas de notre étrange admiration pour des seigneurs et chevaliers du temps d'avant...

En réalité, cette passion des édiles locaux pour le folklorique est à tout le moins de la propagande politique, au pire une "disneylandisation" de notre mémoire. Le drame, c'est que cela plaît énormément. 

Le passé fantasmé

Malgré les progrès en terme d'éducation populaire, nous restons globalement peu informés à propos de notre Histoire. Cette matière est généralement peu appréciée au lycée et les adolescents devenus jeunes adultes, puis jeunes actifs, ne se prennent pas sur le tard de passion pour une science à la fois de chiffres et de lettres.

Après tout, quel est l'intérêt pour nous citoyens de 2017 de connaître les dates du règne de Louis XIV, les passions secrètes de Louis XVI, la date de la signature de l'Edit de Nantes... Peut-être, effectivement, que si l'on enseignait à des enfants du peuple, l'Histoire du peuple et non de ses élites, il pourrait naître, par un jeu d'identification et de projection, une certaine curiosité.

Toujours est-il que l'alchimie ne se fait pas et que faute de véritable éducation historique, nous nous contentons de clichés, de préjugés et, pour couronner le tout, de folklore.

Voici quelques exemples de ce que j'appelle folklore : les fêtes médiévales qui fleurissent partout, les reconstitutions de batailles historiques (même si l'on peut nuancer sur ce point), les défilés de passionnés déguisés en costumes d'époque, les crèches vivantes, etc.

Tout ça ne peut pas faire de mal. C'est bon enfant, guilleret, populaire. Sauf que, comme toujours, pendant qu'on trouve les budgets pour nous abreuver de "pain et de jeux", les fonds se tarissent très vite lorsqu'il s'agit de quitter le "bling-bling" et la fête.

Alors interrogeons-nous. Pourquoi aimons-nous voir le passé tel qu'il nous est présenté lors de ces manifestations locales ? 

D'abord, parce qu'il nous plaît de croire que nous avons un passé commun, même si cela est faux. Le terme de "provençal" n'a plus de sens aujourd'hui, hormis le sens pratique et géographique qui permet de localiser aussitôt le lieu de naissance ou de domicile d'un individu. Monsieur Gonzalez ou Madame Van Bilt n'ont de provençal que le petit écusson qu'ils voudront bien coller au dos de leur véhicule. Ainsi, la "provençalité" est d'abord et avant tout une idée, hors du réel, qui vient nous raconter de jolies histoires dont celle du passé commun à l'instar du slogan national "nos ancêtres les Gaulois".

Mais pas que ! Celle du passé joyeux aussi et je dirais presque, avant tout ! Voyez ces "gueuses" et ces "gueux" qui défilent sous nos yeux, le sourire jusqu'aux oreilles, les tissus finement brodés, aux couleurs revigorantes. C'est gai et plaisant. C'est festif, tout simplement. Et cela jette un joli voile sur ce que fut le quotidien de nos ancêtres.

En réalité, nous allons à ces manifestations comme nous allons au spectacle, prompts à en prendre plein les yeux et plein le cœur à défaut de se remplir la tête de connaissances historiques. Je parlais de Disneyland en introduction, nous ne sommes en réalité pas loin du Puy du Fou : c'est beau et rigolo mais faux... 

A la recherche de l'identité commune

Donc, un passé commun, donc un passé joyeux pour finir par : l'identité heureuse...  

L'identité est ce qui nous constitue. J'ai toujours eu beaucoup de mal à penser que tout un groupe de personnes, formant ainsi un peuple et une nation, pouvait avoir une seule et même identité. Une communauté de destin, oui, une similarité d'identité, non. 

Je ne crois pour autant pas au communautarisme qui n'est que l'addition de groupes renfermés sur eux-mêmes qui ne veulent pas entendre parler des autres groupes. J'ai donc beaucoup de mal à penser que dans les délimitations administratives et géographiques de la Provence actuelle, nous nous sentions tous fait du même bois, habités des mêmes valeurs et également tournés vers le même avenir.

J'ai encore plus de mal à l'envisager lorsque je vois défiler sous nos yeux des cohortes pacifiques de paysannes et de paysans enrubannés débarquées d'un temps jadis qui n'a jamais eu cours mais qui s'impose à nos représentations de cet ancien monde. 

Rien de grave, mais c'est dommage.

On dit qu'un mensonge rassurant vaut mieux qu'une vérité qui dérange en ce bas monde. Je crois qu'effectivement, nous préférons penser que le passé fut tel qu'on nous le présente aujourd'hui plutôt que de nous plonger dans des bouquins et des colloques "rébarbatifs" pour commencer à en discerner les véritables contours.

Les politiques, dont on dit qu'ils n'auraient plus vraiment les mains sur les manettes depuis l'émergence d'un pouvoir financier, ont pour le coup une énorme responsabilité dans cette histoire. Sous couvert de fédérer, de cimenter la société et de perpétuer les traditions, ils nous servent ces manifestations basées sur l'émotion comme des directeurs de théâtre nous présenteraient leurs nouvelles pièces. Existe-t-il dans les services de la ville des conseillers historiques censés valider les rendez-vous historiques ou assumons-nous de faire purement et simplement du divertissement ? Aubagne encense-t-elle la mythologie ou promeut-elle son Histoire ?

Nous connaissons la réponse. En organisant "1895", "les feux de la Saint-Jean" ou encore "La grande cavalcade", la municipalité s'adresse aux cœurs des Aubagnais, pas à leurs têtes. Et en croyant bien faire, elle les trompe en les maintenant dans une douce ignorance. Autrement dit, c'est de la propagande, de la récupération politique, autant d'insultes à la mémoire de ceux qui vécurent jadis.

Comme d'habitude, ce ne sont pas celles et ceux qui vivent leur passion en essayant de reconstituer une vision du passé qui sont en cause, mais celles et ceux qui en font des évènements politisés, qui préfèrent tuer la culture qui vit (par exemple la MJC) et ressusciter celle qui n'est plus (l'Aubagne de Pagnol).

Camille Alexandre

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