Cuisine centrale : poivre, sel et sucre


Sogeres, filiale de la Sodexo, Elior et Scolarest, les 3 géants de la restauration collective, ont fait acte de candidature pour la  gestion privée de la cuisine centrale et ses 350.000 repas servis annuellement.

C'est l'information donnée mercredi 24 février aux participants à la Commission sur la Délégation de Service Public (*). Cette commission, obtenue de haute lutte, on s'en souvient, par les grévistes de décembre, afin d'obtenir un minimum de transparence dans ce dossier, s'est réunie à plusieurs reprises en présence des responsables de l'administration Gazay... En présence également de Denis Gauthier, directeur du cabinet d'études « Poivre et sel ». Cet ancien cadre de la Sodexo, déjà auteur de l'audit lucratif et contesté sur la cuisine centrale, s'est vu en effet confier une mission supplémentaire d' « accompagnement de la maîtrise d'œuvre » de la DSP... pour 17 500 euros.

Conflit d'intérêt ? Cela en dit long, en tout cas, sur la détermination du maire à ignorer les arguments, nombreux, qui plaident pour le maintien de la cuisine centrale en régie municipale. « A commencer - rappelle Jean-Jacques Maly, au nom de la CGT- par le fait que personne ne contestait, avant l'audit, la qualité de l'équipement et du service. Une chose est sûre : les travaux de la commission n'ont pas fait la démonstration que la Délégation de Service Public soit l'unique moyen d'améliorer ce qui doit l'être, ici ou là. Nous sommes devant une posture purement idéologique : avec le privé ce sera mieux... »

« Nous sommes devant une posture purement idéologique »

Un constat qui vient confirmer localement celui du site internet des consommateurs de l'UFC Que choisir, où l'on peut lire au chapitre Gestion concédée/Régie directe : « Contrairement à l'assertion de certains professionnels, la gestion concédée n'est pas l'assurance d'une meilleure qualité nutritionnelle. Ainsi pour les 10 cantines les plus mauvaises du secondaire privé, 7 sont gérées par les grands groupes de restauration collective (Elior, Sodexo et Scolarest) ». Autrement dit, les trois sociétés qui ont fait acte de candidature pour remplacer la régie municipale suite à l'appel d'offres publié dans la revue professionnelle « L'Hôtellerie »...

Comment seront-elles départagées, si le projet de privatisation va à son terme ? Lors de la réunion de la commission DSP, ses participants ont pu prendre connaissance du Règlement de consultation qui sera remis aux entreprises candidates et tout particulièrement des « critères hiérarchiques » qui détermineront le choix du vainqueur.

 «  En fait, c'est le flou total. Cinq critères ont été retenus : en premier lieu la qualité des repas, c'est normal ; en second, la qualité et la pertinence des aménagements – on nous annonce 3M€ au cours des 7 années à venir pour mettre en self 11 des 20 restaurants scolaires. Mais on nous précise que la Ville n'en a pas les moyens et que cet investissement reviendra au délégataire. Il faudra qu'il ait les épaules solides et que le retour sur investissement soit à la hauteur ! »

La dimension des 3 groupes concurrents laisse peu de doute sur le premier point. Quant au second, pas d'inquiétude pour eux  : 900.000 € de recettes pour 350.000 repas servis annuellement dans les restaurants scolaires, auxquels il convient d'ajouter 150.000 € annuels pour les crèches et les centres de loisirs. Sans compter les services extérieurs.

La cuisine centrale d'Aubagne avait de quoi aiguiser leurs appétits ! 

« Troisième critère : le prix des prestations, quatrième : la qualité des services et cinquième : la qualité et l'expérience de l'équipe soumissionnée. »

« Je vais être clair : c'est le maire »

Des critères qui n'ont de « hiérarchiques » que le nom, ont fait observer les participants à la commission, car il n'est nullement prévu de coefficient pour les distinguer : la qualité des repas, citée en premier ne comptera pas davantage que l'expérience du candidat !

« C'est un ensemble » ont répondu les représentants municipaux.« Nous négocierons avec les entreprises candidates, après réception des offres, le 18 mars ».

Négociations évidemment confidentielles, pour le Directeur général des Services Joël Raffin. Tout comme les raisons du choix final, qui sera fait avant les vacances d'été. Par qui ? « Je vais être clair : c'est le maire ».

On ne saurait mieux souligner l'opacité de la démarche, même si elle est légale, dans la continuité des méthodes employées par Gérard Gazay depuis l'annonce de son projet de privatisation.

Reste à savoir si le recours déposé par les élus d'opposition et la détermination intacte des agents municipaux  qui travaillent à une proposition alternative pour préserver le service public, des parents d'élèves qui se préparent à de nouvelles actions et des Aubagnais de mieux en mieux informés (malgré le silence d'AJJ et du site de la Ville) ne  viendront  pas heureusement stopper cette course à la braderie du patrimoine municipal. 

Dominique Palmi 

(*)  Lire également :  Cuisine centrale : la démocratie à la sauce Gazay

 

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