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Moi qui suis athée...

Lu sur la page Facebook de Bruno Gaccio :

J'étais loin de Paris.... mes enfants étaient au milieu des fusillades, ça empêche un peu de dormir. Ils vont bien, j'en suis heureux égoïstement. J'ai aussi des amis qui ont perdu des amis, et une connaissance qui a pris une balle dans le bras... Je ne savais pas qu'il aimait le Death Métal comme musique. On ne fait pas assez attention aux autres. Des cons qui préfèrent la mort à la vie ont décidé que cette musique n'était pas conforme. Et aussi décidé que boire un coup à une terrasse était impie sûrement. Visiblement nous sommes tous des cibles, toutes religions confondues... Moi qui suis athée, ça me rapproche un peu de vous les croyants.

Si ces gens aiment la mort qu'on la leur donne, moi qui aime la vie j'aimerais bien qu'on me la laisse. J'ai peur. Et même pas honte d'avoir peur.

Peur pour moi et mes enfants parce que ce réflexe égoïste est naturel, puis peur tout court, pour tout le monde. Pour le monde tel qu'il va devenir pendant un long temps.

Il va y avoir tellement d'actions sanglantes dans les mois et les années qui viennent que ça donne envie de partir loin, ailleurs, mais où se trouve cet ailleurs ? Dans quel mode d'organisation de société je pourrais dire et lire ce que je veux, ne croire en rien si je veux, rire de tout, de rien, me coucher tard me lever tôt avec qui je veux a côté de moi, un homme une femme ou un gnou d'appartement... ? Où ?

Alors je me résigne à soutenir les "autorités" qui vont réagir violemment, bombarder ces gens qui sont des salauds, en abattre d'autres individuellement, sans procès, sans droits, surveiller les allées-venues de tous jusqu'à l'absurde et sans doute tuer des innocents dans le tas - comme disait un auteur ami "on n'encule pas les poules sans casser les œufs"... Il y aura sans doute aussi des restrictions de ma liberté de circulation, peut-être d'expression, en tout cas ma liberté d'être insouciant si je le souhaite et injuste si je le veux. Insouciant je ne le serai plus.

Une partie de moi sera contente quand des salauds se feront buter par nos militaires et une autre ira vomir parce que je fais partie de cette génération "sans guerre" qui aurait aimé que ça dure toujours.
Alors avant de soutenir totalement j'exige de savoir qui finance ces connards de l"Etat Islamique", qui achète le pétrole à ces gens, quelles "grandes familles" alimentent leurs comptes et qui leur vend des armes. Juste parce que couper les vivres serait une façon efficace de me permettre d'aller boire un coup en terrasse sans regarder partout tout le temps.

Et je rappelle à tous les obtus de la religion que dieu n'est qu'une hypothèse.

Amen.

Carnages

La Rédaction de Mèfi! a choisi de partager la tribune de Magyd Cherfi qu'il fait paraître, aujourd'hui 15 novembre, dans le journal Libération. Une fleur sortie du chaos de l'obscurantisme qui appelle encore à l'espoir...

Il y a des jours comme ça où on aime la France, où on a envie de chanter la Marseillaise, envie d’être tricolore comme un supporter insupportable. Il y a des jours où on se reproche de pas être assez français. Des jours où on voudrait s’appeler Dupont quand on s’appelle Magyd. Suis-je toqué ? Suis-je choqué ? Oui je laisse se répandre la douleur en mon cœur et reposer ma tête percutée de plein fouet.

C’était un carnage et c’est mon jour de baptême, je deviens solennellement français, c’est dit. Je promets devant le fronton des mairies d’aimer la France pour le pire et le meilleur, de la protéger, de la chérir jusqu’au dernier souffle. Suis-je sonné ? Miné ? Je nais.

Il y a des jours comme ça où même anar on porte un drapeau parce que c’est tout ce qui reste à brandir après l’embrasement et il est bleu blanc rouge. Il y a des jours où on aime ce pays même quand il a tort, même quand il se trompe parce qu’il est nous jusque dans les entrailles.

Des jours comme ça où on aime ce pays, ses hameaux, ses villages, ses monuments aux morts. Des jours où on regrette de pas la ménager la vieille dame aux quatre cents fromages.

Des jours où on préfère la justice à sa propre mère, des jours où on est à l’envers. Des jours qui dépassent nos propres idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité. Des jours plus forts que la vie et c’est des jours de mort.

C’est vrai, des jours comme ça où on reprocherait à Renaud, Ferré, Brassens d’avoir aimé que la France et pas assez la patrie. Des jours où on voudrait être patriote sans qu’un danger nous guette. Avant le sang, avant le feu.

On devrait avoir envie de sauver la France avant les signaux d’alerte, avant que la mort ne vienne exhaler son odeur dégueulasse. Allez ! Prenons les armes et sauvons ce trésor qui est la république et même la nation. Il y a des jours comme ça où on est de droite, de gauche, de tous les bords tant qu’ils respectent le droit de pas être d’accord. On envie ce pays d’autant tolérer d’avis contraires, d’idées extrêmes et nauséabondes.

Des jours comme ça où on mesure l’état de droit, la liberté, le combat pour la laïcité qu’elle que soit sa maladresse. D’assumer les débats foireux de l’identité nationale, de dire oui à la France quelle qu’elle soit, de tout assumer, Pétain et Jean Moulin, le lâche et le héros, l’orfèvre et le bourrin, l’étroit comme l’iconoclaste ? Des jours où Finkielkraut est un enfant de cœur, où le front national n’est qu’un adversaire de jeu.

Il y a des jours à lire Houellebecq pas pour ce qu’il écrit mais parce qu’il a peur ! Des jours à écouter Zemmour, Morano et Delon et la cohorte des dépités parce qu’ils perdent la boule. Des jours comme ça où on veut s’acheter deux sapins, un pour la tradition, l’autre pour l’effort de porter ce pays qui essaie en trois mots de nous faire une place.

Des jours où on veut manger des crêpes à mardi gras et à Pâques du chocolat.

Des jours où même noir ou même musulman, on veut bien que nos ancêtres soient gaulois.

Des jours comme ça où on s’incline devant la tombe du soldat inconnu, où on rechigne pas à la minute de silence. Des jours de fleurs pour tous les «morts pour la patrie» et qu’ils le soient au front ou à l’arrière-salle d’un restaurant. Des jours où on choisit son camp parce qu’il n’y en a pas d’autres.

Des jours où on applaudit à tout rompre les uniformes, tous les gardiens de la paix, les paras et les flics. Ce jour-là on aime les Français quels qu’ils soient. Des jours, mais il y en aura d’autres.

Magyd Cherfi (Zebda)

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