Et maintenant, on fait quoi ?


Lundi 7 décembre 2015, lendemain d’élections régionales, je me suis réveillé plus tôt que d’habitude, quelque chose me tracassait… Du coup, j’ai décidé de balayer devant notre porte.

Et maintenant, on fait quoi ?

C’est la question que l’on va certainement se poser les uns aux autres dans les jours, les mois, les années qui viennent. On ne la posera pas à tout le monde, on connaît déjà la réponse de certains : celles et ceux qui ont trouvé leurs têtes de turcs et sont persuadés qu’il suffit de les couper (ou de les faire couper par d’autres, c’est moins salissant) pour que tous les problèmes de la société française soient réglés.

Second tour

On se la posera d’ici dimanche prochain, pour le second tour des élections régionales. Comme vous j’en parlerai avec mes amis (même si je crois savoir ce que je vais faire). Mais comme vous, je n’attends aucune consigne de vote, venant de qui que ce soit et je supporterais mal (comme vous, non ?) qu’on vienne me faire la leçon : faut faire ci, faut faire ça… Surtout si la leçon vient d’en haut, d’un pompier pyromane en chef par exemple.

Union nationale

Mais cette question, « Et maintenant, on fait quoi ? », on se la posera encore dès lundi.

Nul doute que certains clameront qu’ils connaissent la réponse : seule une coalition d’union nationale peut nous sauver à la fois des terroristes et du Front National. Une coalition ni de gauche ni de gauche comme dirait Antoine Monticellu.

Une coalition dirigée par celles et ceux qui savent que la lutte des classes c’est fini ! Car enfin, les capitalistes ont gagné la bataille, ils ont peut-être même gagné la guerre, non ?

Les chefs autoproclamés de cette union nationale, prêts à se sacrifier pour nous sauver, ne manqueront pas : de Valls à Juppé, en passant par Bayrou et Macron (dans le désordre car j’ai bien essayé de les classer sur un axe gauche-droite, mais j’y suis pas arrivé…).

La coalition de celles et ceux qui ont renoncé à transformer la société ou qui n’ont jamais envisagé de le faire, sauf éventuellement avant une élection. Celles et ceux qui prétendent que les détenteurs de capitaux, grimés en entrepreneurs entreprenants (comme Mme Bétancourt ?) sont des bienfaiteurs de l’Humanité dont la bonté naturelle les conduit à donner généreusement du boulot à tous ces fainéants de salariés recroquevillés sur leurs droits sociaux (mais des boulots précaires et mal payés, faut pas exagérer quand même !).

Il ne faut donc surtout pas entraver ces humanistes dans leur quête du profit financier maximum puisqu’ils le font pour notre bonheur !
Le bonheur d’une multitude ingrate qui se rebiffe de temps en temps mais à qui il faut faire comprendre qu’il n’y a pas d’alternative à ce monde merveilleux à grand renfort de pédagogie condescendante et à grands coups d’autoritarisme constitutionnalisé (et quoi de mieux que l’état d’urgence à perpétuité pour maintenir l’ordre social !).

Une réponse de ce type n’empêchera pas la catastrophe annoncée, elle est même de nature à renforcer encore un peu plus le discours prétendument anti-système du FN et favoriser son arrivée au pouvoir et pas seulement à la tête des régions.

Du côté des partisans de l’Égaliberté

C’est donc à celles et ceux pour qui le mot Liberté est vidé de son sens lorsque les inégalités explosent, que, pour ma part, je poserai la question. Aux partisans d’une « Égaliberté (1) » fraternelle.
J’espère que leurs réponses, individuelle et collective, éviteront les raccourcis tentants mais improductifs à mon sens :

  • « C’est tout de la faute au PS et il suffit de s’en démarquer pour voir affluer les électeurs vers nous, la vraie gauche » : c’est la stratégie de Lutte Ouvrière voire du NPA, elle ne semble pas tellement gagnante… et je ne parle pas que de résultats aux élections. Si la responsabilité des dirigeants du PS est en effet immense dans l’effondrement de la gauche et de ses valeurs, est-ce de leur faute si beaucoup d’électeurs ne cherchent pas, pour le moment en tout cas, l’alternative du côté des organisations à la gauche de ce parti ? Ce n’est pas non plus, à mon avis, un éventuel manque de clarté du Front de gauche et d’Europe Ecologie – Les Verts vis-à-vis du parti au pouvoir (Jean-Luc Mélenchon par exemple n’en manque pas, Cécile Duflot non plus) qui explique à lui seul le piètre résultat électoral de dimanche pour la gauche radicale.
  • « Le problème vient d’en haut, en bas ils se font berner, faut juste qu’on leur explique mieux » : certes il faut regarder «en haut ». Mais n’y a-t-il pas un souci « en bas » aussi ? Et je ne parle même pas du racisme ordinaire qui s’affiche ouvertement, dans un taxi biterrois par exemple (une expérience personnelle malheureuse…) mais pas qu’à Béziers et pas que dans certains taxis. Je pense à ces repas de famille élargis, ou ces discussions à bâtons rompus même dans les milieux dits progressistes au cours desquels on entend : la solidarité… OK mais… y en a qui « profitent » … y en a qui ne veulent pas travailler… y en a qui ne veulent pas s’intégrer… Ça ne vous est jamais arrivé à vous ? Vous avez de la chance. La faute aux médias, me direz-vous ? Sûrement ! Mais pas que… non ?
  • « On a perdu notre identité dans le rassemblement, replions nous ! » : si le rassemblement FdG / EELV n’a pas apporté en PACA la dynamique escomptée, ne le jetons pas tout de suite avec l’eau du bain électoral ! C’est malgré tout un signe positif dans un paysage qui n’en compte guère.

Convertir ? Subvertir ?

Même si ces écueils sont évités, je ne crois pas, de toute façon, que la solution puisse venir des seuls militants politiques et syndicaux aguerris (et je fais partie de ceux là) ni d’une « conversion » au militantisme traditionnel d’un plus grand nombre de citoyen-ne-s. Pour les organisations politiques, il ne s’agit plus de convertir mais plutôt d’être converties, d’être subverties par tout ce qui, dans la société actuelle, fait déjà alternative, et par toutes celles et ceux qui tentent de résister au rouleau compresseur libéral, austéritaire et autoritaire ou qui sont susceptibles de le faire.

Je pense en particulier aux jeunes (la moitié n’est pas inscrite sur les listes électorales, la moitié de cette moitié s’abstient), aux habitant-e-s des quartiers populaires, aux salariés en lutte pour défendre l’intérêt général (des agents du service public aubagnais qui refusent la privatisation de la restauration scolaire aux ex-Fralib qui ont mis en échec une multinationale). Je pense à celles et ceux qui luttent contre toutes les formes de discriminations (d’origine, de sexe, de lieu de résidence…), aux Sociétés Coopératives et Participatives, aux AMAP paysannes, au tissu associatif, au monde de la Culture…

Si les organisations politiques existantes ne jouent pas un rôle accélérateur dans leur propre dépassement (condition indispensable à une traduction politique institutionnelle de ces alternatives en germe), elles seront un frein à l’émergence d’un nouvel horizon mobilisateur, à Aubagne comme ailleurs en France.

Cultiver son jardin

Enfin tout en répondant collectivement à la question « Et maintenant, on fait quoi ? », je crois qu’il est aussi urgent que chacun-e d’entre nous continue à cultiver son jardin personnel (le mien est plus musical que botanique), non pas comme un repli sur soi, mais pour en partager les fruits autour de lui ou d’elle dans la recherche d’un profit humain réciproque maximum. On va en avoir besoin !

Olivier Bosch

 

(1) c'est grâce à Roger Martelli que j'ai découvert ce néologisme inventé par le philosophe Etienne Balibar.