Le pouvoir corrompt, aliène et asservit


pouvoir corromp

Pouvoir : "puissance particulière de quelqu'un ou de quelque chose" ; "ascendant de quelqu'un ou quelque chose sur quelqu'un" ; "droit pour quelqu'un de faire telle chose par son statut". (source : Larousse.fr) 

Le pouvoir implique la domination d'un groupe ou d'un individu sur un autre groupe ou un autre individu. Cette domination s'exerce au nom du statut du dominant, forcément plus enviable que celui du dominé. Le pouvoir fait donc rayonner celui qui l'exerce, en théorie. En théorie...

Dans la vraie vie, le pouvoir corrompt, même l'esprit le plus innocent

Il y a d'abord le pouvoir du quotidien, celui qui s'exerce dans le cadre de l'entreprise, principalement et qui permet aux dominants de maintenir les dominés dans une organisation essentiellement pyramidale qui voudrait que les dominés-en-chef fassent appliquer les règles auprès des dominés-en-second. C'est l'effroyable réussite d'un système qui a décidé que la masse, instable et ignare, devait être maîtrisée par le sommet de la pyramide, forcément apte, forcément méritant, forcément habilité à maintenir ce système garant de l'ordre. Toute société qui a voulu s'organiser efficacement s'est jetée sur ce concept de la pyramide qui a fait ses preuves et qui est fortement inspiré de la conception platonicienne de la chose publique. 

Ce pouvoir du quotidien est souvent synonyme de responsabilités supplémentaires, et donc d'heures supplémentaires et de comptes à rendre au niveau supérieur. Il est bien exercé par les chefs relativement compréhensifs et humains, et mal exercé par les "petits chefs", tout frétillants qu'ils sont d'imposer leurs règles parce qu'un bout de papier les y autorise.  

Ce qui m'intéresse c'est le pouvoir politique. Je ne le restreindrai pas uniquement au pouvoir des hommes politiques. Pour moi, il s'agit du pouvoir qui s'exerce à grande échelle de la part d'un seul ou de quelques uns sur une majorité. C'est le pouvoir des actionnaires, c'est le pouvoir d'une direction sur des salariés, c'est le pouvoir d'un député sur sa circonscription, c'est le pouvoir d'une célébrité sur ses fans et collaborateurs, le pouvoir d'un rite sur une communauté, le pouvoir d'un livre et de ses défenseurs sur des esprits, etc. 

Le pouvoir change les individus

Prenons un exemple original : Cyril Hanouna.

Aujourd'hui, nous savons tous qui il est : animateur vedette d'un talk show qui réunit tous les soirs entre 1,3 et 1,8 millions de téléspectateurs. Chef d'équipe, ordonnateur des défis, grand interrogateur de ses chroniqueurs dont il exige des réponses honnêtes et souvent privées, spécialiste des surprises gênantes qui, la plupart du temps, opèrent selon un mécanisme vieux comme le monde : le bouc émissaire. Un chroniqueur est choisi et la séquence est destinée soit à jouer avec ses peurs, soit à le moquer, soit à le mettre en scène dans des situations absurdes, soit à le pousser à la faute. Cyril Hanouna joue aujourd'hui avec les images de ses chroniqueurs et exige d'eux, parce qu'il les paye, parce qu'apparaître quotidiennement à la TV est une chance, un dévouement et un engagement total. C'est la même logique qui régit le monde de l'entreprise aujourd'hui : vous êtes payés, vous avez la chance d'avoir un emploi, alors donnez-vous corps et âmes.

Et pourtant... Qui se souvient du Cyril Hanouna de Comedie ? Cet homme avait un humour déjà très "jackass", mais il ne faisait de mal à personne sinon à lui-même. Pas un jour sans qu'il finisse nu dans la rue, pas un jour sans se ridiculiser pour la bonne cause. C'est de la télé insouciante, critiquable certes, mais qui se marrait bien sans faire de mal à personne. Les temps ont changé. Cyril Hanouna a eu du succès et dans ce monde où l'audimat fait le pouvoir, il est devenu le faiseur de Rois de sa chaîne. Il a pu se permettre pas mal de choses, comme d'obliger son ancien directeur des programmes à venir sur le plateau, comme de menacer de rendre l'antenne dans l'histoire de la gifle de Joe Starr à Gilles Verdez, de régler ses comptes en public etc etc. 

Ce petit homme sympathique est devenu de par le pouvoir qu'il concentre un être à l'apparence agréable mais au fond corrompu. 

Accepter d'exercer le pouvoir, c'est se priver de liberté

Le pouvoir nous corrompt car la menace de le perdre nous incite à prendre toutes les mesures pour le garder y compris renier nos convictions. Je ne vais pas vous faire la liste exhaustive de tous les chefs d’État qui ont promis tant et tant parce qu'ils avaient un idéal en tête et qui, une fois au pouvoir, ont tout renié. Hanouna, à qui l'on reproche sans cesse de chercher le buzz, est dans cette même logique : dépasser toujours plus les limites pour ne pas perdre ce pouvoir qui le constitue tout entier aujourd'hui. Et c'est la même chose lorsqu'il décide enfin de s'excuser, après avoir clamé haut et fort qu'il ne comprenait pas le tollé : les soutiens (financiers) menaçant de le faire tomber de son piédestal, il accepte de "s’aplatir", pour sauvegarder son pouvoir. 

Et c'est en cela que l'on peut déduire que personne n'est vraiment libre en ce bas monde, parce qu'à l'évidence, l'esclave est privé de sa liberté par son maître qui exerce le pouvoir sur lui, mais le maître est lui aussi privé de sa liberté par la nécessité de sauvegarder l'existence même de l'esclavage, sans quoi il n'est plus rien. 

Choisir entre la domination du maître et la soumission de l'esclave est un non-choix. Alors, il nous faut être conscients. Conscients que nous ne sommes pas libres, car le savoir c'est déjà être libres un peu. 

Camille Alexandre

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