Manipulation brésilienne ?


Le 17 avril, si les 2/3 des députés votent sa destitution, la présidente, centre-gauche, du Brésil, Dilma Rousseff pourrait être dans l'obligation de mettre fin à son mandat. Le processus est engagé.

Mais ce qui marque cette affaire c'est la manipulation des arguments utilisés par l'opposition. Avec une amplification médiatique à l'échelle mondiale, puisqu'en France même, à l'exception notable de Médiapart, l'Humanité et La Marseillaise, l'ensemble des journaux, télévisions, radios et sites web relaient sans nuance la campagne de la droite brésilienne.

En effet, contrairement, à ce que beaucoup de monde pense et, en particulier, des Brésiliens, Dilma Rousseff ne fait l'objet d'aucune accusation de corruption. La demande de destitution n'a rien à voir avec l'enquête baptisée "Lava-Jato" liée au scandale de la compagnie d'hydrocarbures Petrobas.

Ce qui est reproché à la présidence, c'est d'avoir retardé les transferts du Trésor national aux entreprises publiques chargées, entre autre, d'assurer les financements des politiques sociales. En langage courant, elle a fait "de la cavalerie budgétaire", c'est à dire qu'elle a inscrit des dépenses sur l'exercice budgétaire suivant. Nous avons le sentiment que si tous les responsables de telles pratiques étaient destitués, cela ferait beaucoup de renouvellement en perspective. Dans le monde, en France, et, peut-être même à Aubagne et à Cuges.

Rousseff ne fait l'objet d'aucune accusation de corruption

D'autant plus que les députés qui ont permis le démarrage du processus ne semblent pas irréprochables. La moitié des 65 députés brésiliens concernés sont l'objet d'investigations pour crimes et corruption. Parmi eux, Paulo Maluf, condamné en France pour blanchiment d'argent.

Dans une immense manipulation, préparée sans doute pendant des années et, on peut en émettre l'hypothèse, soutenue par des intérêts extérieurs, tous les opposants au Parti des Travailleurs (PT) se retrouvent pour hisser la bannière de la lutte contre la corruption, entretenant ainsi une confusion assassine pour Dilma Rousseff et son prédécesseur, Lula.

Des opposants de droite qui, comme partout dans le monde, sont de plus en plus réactionnaires : droit au port d'armes pour tous, abaissement de la majorité pénale, refus des politiques "d'assistance", discriminations dans les facs, refus des droits aux homosexuels, vénération de "la libre entreprise" et de la "concurrence libre et non faussée".

Le terme de "corruption" est repris systématiquement par tous les médias et sur le net alors même que l'éviction, si elle a lieu, de Dilma Rousseff n'a rien à voir avec ça.

Une droite de plus en plus réactionnaire

Il est vrai que le gouvernement n'a pas su apprécier les premières manifestations sociales. Celles et ceux qui avaient donné le pouvoir à Lula demandaient plus de droits et de nouvelles mesures sociales. Le PT n'a pas su y répondre et s'est placé sur la défensive. L'amalgame entre crise sociale, mécontentement progressiste et manipulation de l'opposition pouvaient, alors se faire. La tentative de "coup d'état institutionnel" était bien en place.

Mais, contrairement à ce qu'affirme le déferlement médiatique en France, du "Petit Journal" sur Canal+ au "20h de Delahousse" sur France 2, la population brésilienne ne semble pas unanime, loin s'en faut. L'espoir (?) d'un revirement de situation par un autre rapport de force populaire n'est pas à exclure.

Claude Bernardi

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