Le renouveau du Cercle de l’Harmonie


 staquet

En Septembre 2015, le Cercle de l’Harmonie fêtait ses 125 ans. Cet anniversaire célébré sur 3 jours de festivités et de manifestations a pu rassembler des centaines de personnes, preuve de l’attachement des Aubagnais et Aubagnaises à cet établissement devenu une véritable institution. « Le cercle », comme l’appellent les habitués, a même fait l’objet d’un ouvrage publié en 1980 sous la plume de Lucien Grimaud[1]. Comme un phare dans la tempête, le Cercle de l’Harmonie a toujours joué le rôle de repère dans le paysage local. En ce sens, il vit au rythme des évènements qui secouent la ville et des initiatives qui tentent d’apporter des alternatives. Son président Serge Staquet, gardien du temple et de ses valeurs, revient avec nous sur la situation du Cercle de l’Harmonie et sur les changements qui s’annoncent.

Serge, comment définirais-tu les valeurs du Cercle de l’Harmonie aujourd’hui ?

Le Cercle de l’Harmonie prend actuellement une autre dimension, et avec elle nous sommes amenés à réaffirmer certaines priorités. Nous avons pris la décision d’ouvrir l’accès du Cercle à un plus grand nombre d’associations partageant nos objectifs progressistes. Une étape qu’il nous faut franchir avec l’ambition de mélanger les générations et faire se côtoyer les jeunes et les plus anciens. Notre institution tente donc de restituer à la jeunesse une place qu’elle a perdue dans la ville et dans le débat démocratique.

Le "cœur de métier" du Cercle de l’Harmonie a toujours été de favoriser le débat politique. Aujourd’hui, il y a une volonté partagée de laisser les clés aux jeunes pour qu’ils s’expriment à travers la musique, le théâtre, mais aussi des initiatives citoyennes…

Il abrite de nombreuses associations, quelles sont-elles et quel est leur objet ?

Depuis 2 ans, de nombreuses associations ont pu rejoindre le Cercle de l’Harmonie. Nous abritons à ce jour près de 20 structures. Au total, cela représente 254 adhésions individuelles pour 1000 adhérents. Toutes ces organisations partagent les mêmes envies d’ouverture et du bien vivre ensemble, qui sont celles de la maison hôte.

Sur une année, cette structuration se traduit par l’organisation de près de 200 évènements (loto, AMAP[2], soirées jeux, manifestations théâtrales…). Le champ des activités est très large.

Quelle relation entretiens-tu avec la mairie ? Où en est la question de la Bourse du travail ?

Le Cercle de l’harmonie, tout en défendant les valeurs progressistes qui sont les siennes, s’est toujours gardé de se positionner sur le champ politique et la vie des groupes politiques. Nous hébergeons les organisations syndicales depuis 34 ans par le biais d’un bail avec la mairie, mais nous n’avons qu’un rôle de bailleur.

Aujourd’hui, la Ville d’Aubagne n’honore plus ses obligations financières et s’apprête ainsi à libérer près de 453 m² qui seront remis à disposition d’autres structures. Cette situation marque un tournant symbolique de rupture avec la période d’Edmond Garcin. Il est à craindre des tensions de plus en plus vives sur notre culture historique de la solidarité sous toutes ses formes. Il existe un profond désaccord sur ce point avec la mairie.

Comment vois-tu les prochaines années sur un plan social, économique et politique au plan national et local ?

Sur le plan national, les prises de positions du gouvernement de gauche à l’inverse de son programme initial, sont centrées sur une Europe de la finance et moins des peuples. La France a une place prépondérante en Europe et une réelle capacité à peser sur les évènements. Au lieu de ça, elle continue à écrire l’histoire du capitalisme.

Au niveau local, on retrouve la même logique avec des pratiques qui ne correspondent pas à ce que nous avons connu à Aubagne depuis 50 ans. La ville d’Aubagne a su se développer dans ce contexte en entrainant avec elle les villes de l’Est du département toujours dans un souci d’équilibre entre croissance économique et progrès social. J’en veux pour preuve l’exploitation des opportunités ouvertes par le dispositif des zones franches de la Loi Madelin en 1986 qui a donné un essor sans précédent à la zone des Paluds. La volonté politique de l’époque s’attachait à ce que les petites entreprises de la zone puissent bénéficier des retombées positives de ce mouvement. Une attention particulière avait aussi été donnée au maintien des commerces de proximité.

Cette recherche des équilibres n’existe plus.

Peux-tu nous parler des changements que s’apprêtent à vivre le Cercle dans les prochains mois ?

Le Cercle de l’Harmonie a une responsabilité de rassemblement et doit permettre à ceux et celles qui le souhaitent de se réunir autour d’un projet centré sur le mieux vivre ensemble. Malgré son nom, il a toujours été ouvert aux siens et à sa population. C’est une grande richesse.

Pour s’ouvrir davantage encore, il va devenir l’Harmonie café, un café associatif pour permettre aux structures qui y ont trouvé résidence de s’impliquer pleinement dans la vie du lieu avec leur propre philosophie. Cette nouvelle structuration doit participer à un souffle neuf dans la vie politique de la cité.

 

Propos recueillis par José Da Silva

 

 

[1] Cent ans d’Aubagne à travers l’histoire du Cercle de l’Harmonie, lire l’article lui étant consacré ici.

[2] AMAP : Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. Une fois par semaine, des agriculteurs locaux viennent vendre leurs produits frais issus d’une agriculture raisonnée.

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