Restauration municipale : Gazay privatise, les Aubagnais trinquent, Aubagne gronde !


Exceptionnel. Le Conseil Municipal qui s’est tenu ce mercredi 25 novembre l’a été à plusieurs titres. Convoqué dans la précipitation (l’affolement ?) par un Gérard Gazay pris de vitesse par la très forte mobilisation contre le projet de privatisation de la cuisine centrale, ce conseil municipal a drainé une assistance record (salle Hermès archicomble, près de 300 personnes à l’extérieur).

Le climat de la séance était tout aussi exceptionnel. Fini le ton arrogant et tout en suffisance auquel les élus de la majorité nous ont habitués depuis 18 mois. Le malaise était palpable et l’attitude pour le moins réservée. Chahutés par une assistance surmotivée par des mois de tensions et de pressions, les élus de la majorité ont subi têtes basses les quolibets, invectives et interventions d’une salle surchauffée et d’élus d’opposition offensifs et inspirés.

Il est vrai que l’ordre du jour (exceptionnellement limité à trois délibérations) était explosif. Il s’agissait notamment de débattre des conclusions d’un audit préconisant la privatisation de la restauration municipale et de désigner les représentants de la commission consultative des services publics locaux qui devra se prononcer sur cette décision déjà entérinée par la majorité municipale. Rappelons au passage que les élus d’opposition n’ont pu avoir accès qu’à une version tronquée de cet audit (9 feuillets ont bizarrement disparu) commandé à un ancien cadre de la Sodexo au modeste coût de 15000 euros.

Constamment sur la défensive et manifestement très mal à l’aise, les élus de la majorité ont péniblement justifié le choix de la privatisation en indiquant qu’il s’agissait de rechercher une plus grande diversité des repas en développant notamment le bio et les circuits courts. Trouble de la conscience ou cynisme assumé ? Faire appel à la Sodexo pour améliorer la qualité des repas servis, c’est un peu comme si les pouvoirs publics faisaient appel aux laboratoires Servier* pour améliorer le fonctionnement de la santé publique en France.

Reconnaissons toutefois un mérite à la droite locale. Alors que nous regrettions l’absence d’animation dans notre bonne ville depuis près de 18 mois, elle est parvenue, malgré elle, à mobiliser par un froid mardi de novembre, plusieurs centaines de personnes. Il est dommage que cette séance ne se soit pas déroulée en centre-ville : cela aurait peut-être permis de le réveiller !

Pour la circonstance et en hommage à la mobilisation engagée pour défendre le service public municipal de restauration, nous rendrons compte de cette séance en revisitant quelques classiques du cinéma consacrés à l’art délicat de la cuisine.

Mais la rédaction de Mèfi! étant de nature généreuse, ce plat principal sera suivi de fromages et desserts. D’abord par le traditionnel verbatim des élu(e)s mais aussi par quelques témoignages recueillis dans un public qui s’était déplacé en masse pour manifester son opposition.

 * Le Laboratoire Servier a notamment été condamné dans l’affaire du Mediator.

 

 A l'affiche ce soir !

  • Le Grand Restaurant (Jacques Besnard – 1966).

Dans ce gentil nanar des années 60, Louis de Funès campe le rôle d’un grand chef surexcité et dépassé par les évènements. Dans le synopsis du film, il est également indiqué que ce personnage « n’hésite pas à infliger un traitement infantilisant à ses employés ». Toute ressemblance avec le « grand chef de la ville d’Aubagne » n’est pas complètement fortuite…

  • Cuisine et Dépendances (Philippe Muyl – 1992)

La volonté de privatiser la cuisine centrale municipale semble dictée par une profonde dépendance aux lois du profit et des multinationales. Quitte à sacrifier le service public et à proposer aux enfants aubagnais des plats industriels indigestes…

  • L’Aile ou la Cuisse (Claude Zidi – 1976).

Ou le combat entre une restauration industrielle motivée par le seul appât du gain (au détriment de la qualité et de la santé) incarné par l’infâme Tricatel et une cuisine traditionnelle et de qualité défendue par Duchemin. Film prophétique ? Près de 40 ans plus tard, par la seule volonté de Gérard Gazay, la Sodexo menace de sévir à Aubagne… Au secours !

  • Garçon ! (Claude Sautet – 1983).

Le personnage principal (incarné par Yves Montand) est chef de rang dans une grande brasserie parisienne. Préoccupé par un environnement personnel complexe et motivé par une ambition bien supérieure à ses moyens (il veut créer un grand parc d’attraction…), il « passe les plats » sans zèle excessif ni conviction. A l’image de Bruno Foti, qui aime donner l’image du « gentil garçon » de la majorité municipale, bien éduqué et propre sur lui. Suffisamment discipliné cependant pour présenter et soutenir un projet (la privatisation de la restauration municipale) qu’il décrivait, il y a quelques semaines, comme pure invention. Un passe plat on vous dit…

  • La Grande Bouffe (Marco Ferreri – 1973).

Film culte des années 70, il narre l’histoire de quatre amis, suffisamment désenchantés et épicuriens pour vouloir se donner la mort par indigestion de bouffe et de sexe. Très controversé à sa sortie, le film dénonce les excès de la société de consommation et la perte de sens qui en découle. Sans sombrer dans l’orgie macabre de cette fiction, la majorité municipale, bouffie de certitudes et ivre de son succès électoral de 2014, provoque chez un nombre de plus en plus important d’Aubagnais une nausée persistante.

  • Une Affaire de Goût (Bernard Rapp – 1999).

Dans ce polar délicat, Bernard Giraudeau incarne un personnage glaçant et manipulateur. L’emprise qu’il exerce sur le jeune homme recruté pour être son goûteur (Benoit Magimel) est d’abord mystérieuse puis très vite effrayante. La séduction en moins, le personnage n’est pas sans évoquer quelques traits du Premier Adjoint, dont la silhouette menaçante hante les services municipaux à la recherche d’informations susceptibles de compromettre les agents trop peu malléables.

  • Super Size Me (Morgan Spurlock – 2004).

L’auteur se donne un défi : Se nourrir uniquement de fast-food pour faire la démonstration que ce mode de restauration est dangereux pour la santé. Giovanni Schipani semble s’employer lui aussi à un défi : se nourrissant jusqu’à plus faim de concepts idéologiques rances, il se croit obligé d’agrémenter chaque conseil municipal d’une ou deux interventions qui peuvent provoquer chez des sujets sensibles une violente envie de dégueuler.

  • Vatel (Rolland Joffé – 2000)

L’histoire de Vattel est connue. Ce cuisinier de Louis XIV est passé à la postérité pour s’être suicidé pendant une réception alors que la livraison de la pêche du jour n’était pas arrivée. Ce n’est pas un suicide qui guette le service public de restauration. Mais la décision de mettre en œuvre une délégation de service public le condamne à une mort assurée.

  • République de la Malbouffe (Jacques Goldstein – 2012).

Ce documentaire dénonce les lobbies, les restaurateurs qui ne sont pas des cuisiniers, les réseaux d’influence qui ont instauré la malbouffe au pays de la tradition culinaire. Selon l’auteur, ce régime nocif pourrait avoir pour devise  « opacité, précarité, obésité ». Bientôt sur Aubagne ?

 

VERBATIM

Gérard GAZAY, ouvrant la séance : « Si j’ai souhaité qu’un Conseil Municipal exceptionnel se tienne, c’est bien parce que j’ai le sentiment que tout le monde ne parle pas la même langue ». Si l’on s’en tient au climat de la séance, il reste encore quelques efforts à faire pour y parvenir…

Gérard GAZAY, toujours : «J’ai commandé cet audit pour avoir une vision objective ». Et le choix de faire appel à un ancien cadre dirigeant de la Sodexo pour le rédiger est significatif de ce souci d’objectivité…

Gérard GAZAY, solennel : « Cette séance est la parfaite illustration de la transparence qui sied à notre démocratie ». Notre démocratie est vraiment mal en point…

Gérard GAZAY, littéraire : « Comme disait Voltaire : je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrais jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ». Réponse de Daniel FONTAINE : « Le calme est en train de se faire. Cela nous permet d’entendre un bruit. C’est le retournement de Voltaire dans sa tombe ».

Stéphanie HARKANE, prévenante : « Désolée, je risque de rentrer dans des détails techniques que vous risquez de ne pas comprendre ». C’est sympa pour les élus… et pour l’assistance.

Monique WECKER, élue FN : « Nous pouvons légitimement nous poser la question de l’opportunité de ce projet ». On a connu le FN plus radical dans son expression…

Monique WECKER, se reprenant : « Pourquoi acheter des abricots espagnols ? ». Nous voilà rassurés, les fondamentaux reviennent vite…

Monique WECKER, menaçante : « Il faut se donner les moyens de mieux recouvrir les factures impayées ». En envoyant la police ?

Jean-Marie ORIHUEL : « Je vais être critique contrairement à mon habitude ». Et lucide en plus ! Que de qualités pour un seul homme…

Jean-Marie ORIHUEL, toujours lucide : « Là, ça va trop vite ». Ce qui pour un centriste n’est pas forcément révélateur…

Laurent COLOMBANI inspiré : « C’est un sujet qui cristallise certaines oppositions ». On ne peut rien lui cacher…

Gérard GAZAY essayant de calmer la salle : « Je vous demande d’écouter les élus. C’est ça la démocratie ». On peut aussi considérer que la démocratie c’est quand les élus écoutent le peuple...

Julie GABRIEL, inquiète : « Je n’ai rien contre les produits surgelés mais là c’est trop fréquent ». Avec la Sodexo, cela devrait s’arranger…

Danièle MENET, en mode traditionnel : « Je voudrais revenir sur le coût de cette cuisine centrale payé par les contribuables ». Raison de plus pour ne pas l’offrir au privé…

André LEVISSE, imparable : « Une DSP ça peut marcher. Ou ça peut ne pas marcher ». Et vice versa…..

Alain ROUSSET, hors sol : « On sait que le carrelage au sol provoque beaucoup de bruit ». Moins cependant que les interventions d’Alain Rousset en Conseil Municipal…

Gérard GAZAY, énervé : « Madame Giovannangeli, vous avez une fâcheuse habitude de ne pas respecter le règlement. C’est moi qui décide ». Voltaire n’aurait pas apprécié…

Bruno FOTI, mystique : « Grâce à Dieu, nous avons eu l’Audit ». Dieu n’est qu’une hypothèse mais il ne mérite pas d’être mêlé à ça…

 

VOUS AVEZ DIT

« EXACTEMENT !!!!!»  : repris en cœur par l’assistance à chaque intervention des élus de l’opposition.

« Monsieur Gazay nous prend pour des jambons » : Un syndicaliste présent devant la salle.

« En Conseil d’école, les élus de la majorité nous ont dit qu’il n’y aurait jamais de privatisation. On ne peut plus leur faire confiance ». Une parente d’élève dans l’assistance.

« La question essentielle est : Est-ce que la Sodexo va faire mieux ? Tout le monde sait bien que c’est non ! ». Un citoyen sur le parvis d’Agora.

« La grève continue et la mobilisation grossit chaque jour ». Un agent municipal déterminé.

« Menu du jour : Tartuffe ». Un autre agent municipal, à la sortie du Conseil Municipal.

 

Merci à tous et rendez-vous pour la prochaine séance, le 15 décembre prochain.

 

David Jame

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