Emprunts toxiques : parlons-en


emprunts toxiques

Les magistrats de la Cour des Comptes viennent de publier leur rapport annuel où ils regrettent la gestion incohérente par l'Etat des emprunts toxiques souscrits par les collectivités locales. Aubagne ayant été "impactée" par ces emprunts, cela nous donne l'occasion d'y revenir.

D'abord pour dénoncer les annonces politiciennes et mensongères de Gazay et de son équipe sur ce sujet.

En effet, la communication municipale orale (par la voix du maire ou de son élue aux finances pendant les séances du conseil municipal ou dans les réunions des conseils de quartiers) et écrite (en particulier dans AJJ) laisse souvent penser que seule Aubagne aurait souscrit de tels emprunts. Cela permet d'affirmer qu'il s'agissait, à minima, d'une très mauvaise gestion antérieure et qu'aujourd'hui, enfin, les compétences sont là.

Or, que nous dit-on quand on examine les faits ? En premier lieu que ce sont 1296 collectivités parmi les plus grandes qui ont réalisé des emprunts toxiques allant de 1 à plus de 400 millions d'euros chacun.

Mais aussi que c'est le Conseil Départemental du Rhône avec 418,87 millions d'euros qui était en tête de gondole et que pour les communes, c'est Marseille (une ville si chère à Gazay) qui détient le record avec 119,66 millions d'euros.

Marseille, ville record des emprunts toxiques

Il s'agit donc bien là d'une opération nationale, réalisée par les banques sous le quinquennat de Sarkozy, pour tromper l'ensemble des collectivités territoriales quelle que soit leur taille et la compétence de leurs élu.e.s et de leurs technicien.ne.s.

Qui sont donc les vrais responsables ? Doit-on croire Gazay quand il pointe la responsabilité de ses prédécesseurs ?

Rappelons tout d'abord que Mèfi n'est pas comptable des gestions antérieures. Nous n'avons, par ailleurs, aucun goût pour le retour en arrière. Mais nous avons, comme toujours, le souci de la vérité. C'est la condition d'une citoyenneté assumée.

Commençons donc par expliquer ce que sont des emprunts "toxiques". Ce sont des emprunts qui prennent la forme d'un produit structuré qui change selon l'évolution des taux d'intérêt sur les marchés financiers. Les taux d'intérêt sont donc extrêmement variables. Ils peuvent être très attractifs de prime abord (ce qui était le cas) mais aussi très élevés ensuite (ce qui fut le cas).

Qui est donc responsable ? Si on en croît Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste, "la première responsabilité doit se situer avant tout au sein même de la banque Dexia qui faisait le choix de vendre délibérément à des collectivités des produits instables".

N'oublions pas que la banque Dexia est issue d'une fusion avec le Crédit Local de France, établissement public, et qu'elle était donc auréolée d'une crédibilité publique comme étant un établissement bancaire au service des collectivités.

Le président du conseil du département de Seine Saint Denis dit d'ailleurs : "Dexia a profité de sa situation de banquier privilégié auprès des collectivités territoriales".

De plus, dit-il, "les élus ne signaient pas en toute connaissance de cause", Dexia poussait même le vice jusqu'à appeler certains de leurs emprunts toxiques aux taux d'intérêt plus que variable, des "Tofix".

Mais comment a-t-on pu laisser une banque proposer autant de prêts ? L'économiste Jézabel Couppey-Soubeyran répond : "c'est la parfaite illustration des débordements financiers [...] l'affaire Dexia révèle le manque de contrôle chronique du monde de la finance".

Aujourd'hui la Cour des Comptes, dans le bilan de son rapport annuel, note que l'Etat a dû financer 3 milliards de fonds publics pour sortir des emprunts toxiques. 

Cela révèle le manque de contrôle du monde de la finance

Le cauchemar prend fin pour 578 collectivités locales et ce n'est donc pas qu'à Aubagne, mais partout en France, et pas grâce à Gazay mais grâce à un accompagnement massif de l'Etat Français.

Permettons nous encore deux remarques. La première, c'est que l'Etat français l'a fait parce que sa responsabilité était totalement engagée mais surtout parce que tous les gouvernements successifs ont toujours privilégié l'intérêt des grands groupes financiers face à l'intérêt de la France.

Il ne fallait surtout pas que les banques pâtissent de cette affaire et qu'elles ne soient plus traînées en justice comme Aubagne, et beaucoup d'autres, avaient commencé à le faire. 

La deuxième remarque, c'est que la "négociation" qui a fait disparaître les emprunts "toxiques" a augmenté la dette d'Aubagne de 18 millions d'euros. Cela explique, malgré les déclarations enflammées de Gazay, que la dette en 2018 est à la même hauteur qu'en 2014.

Il n'y a plus qu'à espérer qu'à l'avenir toutes les décisions financières et de gestion soient versées dans le débat public. Avec toutes les formations et les explications nécessaires, pour que les gens puissent décider en toute connaissance de cause.

Joseph Lèsperd

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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