Théâtre : la Compagnie des Passages relie le Nord au Sud


La Compagnie des Passages, en résidence de création du 18 au 24 avril à La Distillerie, a présenté son travail au public vendredi et samedi dernier sur la scène de la rue Louis Blanc. Cette sortie de résidence s’inscrit dans le cadre d’un dispositif intitulé « Place aux compagnies ».

« Place aux compagnies » c’est un coup de projecteur porté sur la jeune création théâtrale régionale par les scènes d’Aubagne (Théâtre Comœdia, Distillerie et MJC-L’Escale) pour « mettre en avant des auteurs, des metteur(e)s en scène, des comédien(n)es vivant et exerçant leur passion sur notre territoire ».

Du 18 avril au 14 mai, ce sont six compagnies qui ont donné ou donneront à voir une étape dans leur travail de création suite à une résidence à La Distillerie et deux autres qui livreront sur la scène du Comœdia leur production aboutie. Le programme complet est consultable en ligne ici

C’est donc la Compagnie des Passages qui a donné le coup d’envoi de ce mois consacré à la création théâtrale régionale avec la présentation d’un travail en cours intitulé « Du Nord au Sud, récit d’une expérience »[1].

Seule en scène mais soutenue par des projections videos et des enregistrements sonores, la comédienne et metteure en scène Wilma Levy nous conte à sa façon l’expérience singulière qu’elle a vécue avec deux classes de lycées marseillais : le lycée Saint-Exupéry dans les quartiers Nord et le lycée Marseilleveyre dans les quartiers Sud.

A l’origine, il y a donc une première création : celle produite par deux classes de section Economique et Social de ces établissements suite à un travail mené par Wilma Lévy en lien avec les enseignants et l’institution scolaire. Pour initier ce projet, les questions posées aux lycéens étaient les suivantes : « Quelles perceptions avez-vous de votre quartier, de votre ville ? Y percevez-vous des frontières ? Comment ? Lesquelles ? ». L’objectif était de faire se rencontrer ces jeunes, de créer un espace d’échange et de partage et in-fine « de les amener à co-construire ensemble une proposition artistique ». Celle-ci s’est intitulée « Du Nord au Sud et réciproquement » et a été présentée à Marseille lors de l’édition 2014 de la Biennale des écritures du réel.

Ce n’est pas un bilan de ce projet que nous propose aujourd’hui la comédienne à travers sa nouvelle création. Il ne s’agit pas de savoir s’il a été une réussite ou un échec, Wilma Lévy assumant d’ailleurs la « naïveté partagée » qui a pu présider à la décision de mettre en œuvre cette tentative de  ‘’rapprochement’’ Nord-Sud.

Ce qui est au coeur de ce spectacle en cours d'élaboration, ce sont les interrogations que cette expérience a permis de soulever. En particulier, dans les têtes des jeunes protagonistes. Sur l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes, des ‘’autres’’, de leur place dans la Cité aujourd’hui ou de celle qu’ils occuperont demain.

Samedi dernier, c’est dans nos têtes de spectatrices et de spectateurs que le récit fait par Wilma Lévy de cette expérience est venu s’installer. Pas à grands coups d’affirmation sociologique ou idéologique comme certain-e-s pourraient le lui reprocher à tort.

Mais par petites touches d’émotion procurées par le témoignage video d’un ‘’passeur d’expérience’’. Par petites touches à la fois humoristiques et touchantes distillées dans les interventions des lycéens jouées avec justesse par la comédienne. Par petites touches d’extraits de livres d’Annie Ernaux inscrivant dans d’autres temps et d’autres lieux la prégnance du milieu d’origine et du lieu de vie, le désir d’en échapper et le sentiment de trahison à le faire.

A l’heure où dans nos sociétés se dressent les murs, s’érigent les frontières entre les pays, entre les quartiers, entre de prétendues communautés fantasmées. A l’heure où les voix qui prônent le repli identitaire envahissent l’espace mental.

A ce moment là de notre Histoire, il est encore plus urgent de donner la parole et d’accorder une écoute bienveillante aux artistes qui tentent de construire des ponts, d’abattre des frontières réelles ou imaginaires, de se confronter au réel avec le désir de le comprendre pour le transformer. Même si la tâche est immense et les balbutiements inévitables voire nécessaires. Merci à Wilma Lévy de nous avoir fait partager son cheminement artistique sur cette voie exigeante mais ô combien salutaire.

 

Redha Romani

 

[1] « Du Nord au Sud, récit d’une expérience », une proposition de et avec Wilma Levy avec la complicité d’Anyssa Kapelusz : dramaturgie et de Jenny Lauro Mariani : regard extérieur. Vidéos : Catherine Legrand. Lumières : Yann Loric.

 

 

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